ROLLON
Bretagne. L'entrevue eut lieu à Saint-Clair-sur-Epte. Il y a une vieille anecdote à ce sujet. Quand vint le moment de saluer Charles, le fier Rollon refusa d'abord de se conformer au cérémonial d'usage, qui consistait à mettre ses mains entre celles du roi; à la lin cejiendant il y consentit; mais lorsqu'on lui parla de se jeter aux genoux du prince et de lui baiser le pied en signe de foi et hommatje, il jura sur son épée qu'il ne jlikhirait devant personne. Par accommodement, un de ses officiers remplit ce devoir pour lui. Celui-ci, soit maladresse, soit insolence, leva si haut le pied du roi qu'il lit tomber Charles à la renverse. On prit le parti de tourner la chose en plaisanterie.
L'archevêque de Rouen, Franco, fil toutes ses diligences jmiiii* convertir Rollon à la foi chrétienne et il eut enfin la joie de le baptiser. Rollon eut \nmr parrain Rol>ert, comte de Paris, qui lui donna son nom. Durant les vingt années qui s'écoulèrent ensuite, on vit cet homme, dont l'ardeur guerrière n'avait pas connu de frein, gouverner sa riche province avec un soin, une douceur, une équité sans exemple. Son corps fut inhumé dans l'église de Notre-Dame de Rouen, et l'on grava sur son tombeau une épitaphe latine dont voici la traduction :
Hollon, le fier, le vaillant. 411e la race normande invoque A l'article «le la mort, est renferme dans ce tombeau. Oue sur lui veille la clémence, ô Christ! Pour cju'il le voie éternellement dans la compagnie des ailles.
Longtemps après sa mort, son nom prononcé par le faible était une invocation contre l'injustice. Clameur de haro signifiait: «J'en appelle à Rhou, » l'aventurier qui avait trouvé un duché au bout de son épée et fait souche de rois d'Angleterre.
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GERBERT SI LVESTRE ||)
Il y avait, vers le milieu du dixième siècle, aux environs d'Aurillac, un jeune pâtre qui ne ressemblait en rien à ceux de son âge. Tandis que les bergers se tiennent immobiles dans un silence s tu pi de ou bien égayent leur solitude par de vives chansons, celui-là noyait si* ivgards dans le bleu «lu ciel et laissait voir sur son visage pensif le recueil Ici lient et la méditation. Parfois il arrivait à des bénédictins d'Aurillac d'aller se promener sur les collines avoisinantes pour se donner le plaisir d'interroger le jeune pâtre, et ils étaient confondus d'admiration devant la sagesse de ses ré | nuise*. Ils remarquaient combien il paraissait altéré de savoir et avec quelle attention il contemplait le ciel.
Après avoir acquis la conviction qui- Gcrbert, l'enfant pauvre, le lils d'un obscur vassal, les dédommagerait amplement de leurs soins, ils l'admirent à l'abbaye; et celui qui, la veille, gardait les moulons, se mit à épeler les langues sublimes de Cieéron et de Démosthènes.
Il était digne d'un tel bienfait le pâtre qui devait un jour connaître la puissance occulte des figures et des nombres, animer l'orgue, ' imaginer le léleseo]*' pour suivre le cours des astres, devenir l'arbitre des rois et monter sur le trône pontifical, c'esl-à-dire sur le premier trône du monde.
Il acquit la science et eut l'honneur de revêtir l'habit de bénédictin. Mais un des premiers fruits de cette science tant souhaitée par lui, un fruit rempli de cendres, ce fut la jalousie calomnieuse. Son besoin d'agrandir sans cesse le cercle de ses connaissances fut taxé d'orgueil. Son supérieur, le sage abbé Géra ud, jugea à propos de l'envoyer à Borel, comte de Barcelone. — Gerbert fut placé près de l'évèque Haïlon, qui lui enseigna les mathématiques. Sa soif de savoir le conduisit à Sévillc et à Gordoue, terre musulmane, il est vrai, mais où
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la civilisation était alors si florissante. Nous le trouvons ensuite à Home : il y obtint l'amitié d'Othon le Grand qui lui donna l'abbaye de Bobbio fondée par saint Colomban. Le premier soin de Gerberl fut d'y établir une école où les élèves accoururent des pays les plus éloignés. Mais des factions déchiraient l'Italie, et Gerbert dut quitter son abbaye pour garder sa foi à l'empereur dont il alla élever le fils.
L'archevêque de Reims Adalbéron le prit ensuite auprès de lui en qualité de secrétaire, et ce fut l'époque de sa vie où Gerbert put donner le plus libre essor à son génie à la fois littéraire et scientifique. Rien n'échappait à son immense érudition : langues classiques, rhétorique, astronomie, mathématiques, médecine, musique, et il est resté assez de ses œuvres pour qu'on puisse encore apprécier celle universalité de connaissances.
Mais il appartenait à une époque où il n'était pas permis de monter au-dessus du niveau ordinaire sans être taxé de magie. Ses ennemis — et ils étaient nombreux — le poursuivirent de ces accusations absurdes. Une vie irréprochable, passée à bien faire comme à bien dire, ne les désarma pas. Chacune des actions de Gerberl trouva son blâme intéressé, et ce ne fut pas pour les détracteurs une des moindres preuves de sortilège que l'élévation de l'ancien pâtre à la dignité suprême de souverain pontife.
La papauté était alors si puissante que, sous Robert I", fils et successeur d'Hugues Cap-t, elle mettait la France entière en interdit.
Le pontificat de Gerberl dura quatre ans; il fut actif et glorieux. Sylvestre H rétablit la paix dans l'Église en conciliant les démêlés des prélats d'Allemagne. Ce fut lui qui décerna le titre de roi à Bolcslas, duc de Pologne; lui qui envoya la couronne d'or à Etienne de Hongrie; lui qui, promoteur des croisades, fit entendre aux nations la plainte douloureuse de Jérusalem . Sa grandeur ne lui fit pas oublier las bons religieux d'Aurillac : parmi les présents qu'il leur envoya figuraient des manuscrits... Le savant reparaissait toujours.
Quelles sont ces longues processions de |)énitents qui s'en vont par les campagnes en faisant retentir l'air de lamentations? pourquoi les peuples contemplent-ils avec épouvante une comète qui sillonne le ciel de sa crinière de feu? d'où vient que tous les travaux sont sus-
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fiendus et que l'on attend l'arrivée terrible de l'Antéchrist? — C'est que l'an mil tant annoncé, tant redouté, vient de sonner à l'horloge des siècles. Passé cette épreuve redoutable, les factions et la rébellion recommencèrent à agiter l'Italie. Rome qui, alors comme aujourd'hui, donnait parfois des signes d'antipathie aux Allemands etausaint-siége, outragea Sylvestre II elOlhon III. Cet orage fut conjuré, elle glorieux pape, délivré enfin en 1003 des fatigues de la vie et du poids de l'apostolat, fut enterré dans l'église de Latran. L'histoire, plus équitable que les contemporains, a fait justice des fables qui noircirent la mémoire de ce grand homme dont la France redira toujours le nom avec orgueil : car Cerbcrt fut le premier Français qui s'assit dans la chaire de saint Pierre.