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Plus d'une fois hi vieille monarchie alla chercher ses émmenls serviteurs hors des rangs de la haute noblesse. Le IVcstrede Vauhan n'était qu'un gentilhomme d'assez petite maison, un gentilhomme de Bourgogne. Son nom modeste était son seul héritage; orphelin, il fut recueilli et élevé par un curé. A peine âgé de dix-sept ans, il fut jeté au milieu des troubles de la Fronde. Un beau matin il s'échappe, va trouver le prince de Condé, qui, discernant son mérite, ne tarda pas à le faire officier. Vauban, dans l'intervalle des batailles, travaillait en homme qui se sent du génie : de sa vocation il fil bientôt sa spécialité. On le connut pour Iwn ingénieur avant qu'il eut fait un siège. Sa réputation le suivildans l'armée royale, où il passa, comme c'était son devoir. Bientôt on jugea ce. jeune officier de vingtcinq ans digne de diriger les sièges de Graveline, d'Ypres, d'Oudenardes. Il n'avait que trente ans quand Louis XIV le mil à môme de faire son premier chef-d'œuvre, en fortifiant Dunkcrquc. Là où il n'y avait qu'une plage incommode à la défense s'éleva un port, créé par deux jetées qui s'avançaient de deux mille mètres dans la mer, un port que de formidables "batteries mettaient à l'abri de toute attaque. Dès lors Vauban devint l'homme du roi pour tous les sièges, pour toutes les fortifications; là où Turenne était absent, Condé pouvait se présenter; et à défaut de Condé et de Turenne on trouvait des Catinat et des Luxembourg. Vauban seul était indispensable.
La vie de cet homme supérieur n'est guère pleine d'événements. Son histoire, c'est l'histoire de ses travaux si utiles à la France, et dont la rapide énumération nous fera comprendre et l'activité de Vauban et sa sûreté de vues. La France manquait de frontières naturelles au nord-est, depuis le Rhin jusqu'à Du nkerque. Plus de fleuve, ps de montagnes : Vauban répara cet oubli de la nature.
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Lille, Metz, Strasbourg, devinrent de redoutables citadelles. La Meuse et la Sambrc virent s'élever Maubeuge et se relever Charlemont. Ces deux places, relices à Philippeville, couvrirent la Picardie et la vallée de l'Oise. Philippcville nous a été enlevée par le traité de Paris en l8l5.Long\vy, élevé par Vauban, ne suffit plus à protéger les débouchés de l'Ardenues. Dans la vallée de Melz, Vauban doubla la force de Metz en construisant Thionville. Entre la Moselle et les Vosges il y a une large trouée. Elle fut couverte par Sarreloujs, que nous avons perdue. Les Vosges furent défendues par Bilche et Phalsbourg. Landau, ravi à la France, était le boulevard de l'Alsace. Huningue, abattu depuis 1815, servait plus que toute autre place les desseins de Vauban en menaçant BAle de son canon et en fermant le pont de celle ville sur le Rhin. Autour d'Huningue se dressèrent Liehtenberg, Haguenau, Schelesladl, Neuf-Bri.sach. Entre les Vosges et le Jura se trouve un intervalle, où Vauban fortifia Béforl. De nouveaux ouvrages furent ajoutés à Besançon, qui garde la frontière du Jura, et à Briançon, qui couvre l'entrée du bassin de la Durance. Au-dessus de Briançon, il construisit Mont-Dauphin sur la crête des Alpes. Ainsi, du nord au sud-est, Vauban avait tout prévu cl laissé peu de chose à faire à ceux qui sont venus après lui.
Au sud-ouest il comprit l'importance des Pyrénées comme ligne stratégique, et la nécessité de les fortifier dans les deux seuls endroits où il v ait accès pour les ennemis, Hayon ne et Perpignan. En avant de ces deux villes, il jeta dans les mon lagnes Saint-Jean-Pied de-Port cl Mont-I/mis. Dans ce même Roussillon il eût voulu faire de Port-Vcndres un port militaire. On commence aujourd'hui à revenir à cette grande idée. Vauban agrandit Toulon; sur le golfe de Gascogne il construisit le fort d'Andaye. Il fortifia la Rochelle et Brest. Ses plans sur Cherbourg ne furent repris que sous Louis XVI. Les travaux du Havre restèrent inachevés.
Ajoutons à tous les chefs-d'œuvre de l'ingénieur des inventions spéciales de la plus haute utilité. Il découvrit la douille, qui permit aux fantassins de tirer tout en gardant la baïonnette au bout du fusil. Il imagina les parallèle*, le tir à ricochet, les boulets creux. Attentif aux œuvras de la paix comme aux travaux de la guerre, il
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n'inquiétait des canaux à creuser el îles écluses à établir, et donnait à ce sujet d'excellents conseils.
Ses conseils, souvent écoutés, furent repoussés avec hauteur et dédain par Louis XIV, le jour où ils s'appliquèrent au gouvernement de l'État. Excédé, comme tant d'autres esprits supérieurs, des maux de cette époque et des souffrances de ses concitoyens, Vauban présenta au roi des Mémoires où il indiquait des réformes nécessaires. L'ouvrage éloquent fut saisi comme sacrilège et brûlé de la main du bourreau. Vauban mourut à soixante-quatorze ans, comme Racine, consumé de chagrin et achevé j>ar cette royale ingratitude. Mais par sa mort même, comme j»ar sa vie entière, il avait mérité que Saint- Simon ajoutât (tour lui un mot nouveau à la langue, le mot glorieux de patriote.