‹ Les célebrités françaisesChapitre 114 sur 208 · LULLI 1 QUINAULT · texte numérisé non relu

LULLI 1 QUINAULT

Nous ne saurions séparer ici ces deux hommes, qu'une collaboration continuelle a unis. Lulli et (Juinault représentent pour nous l'expression la plus haute de l'art musical au théâtre sous Louis XIV. — Le Florentin Lulli appartient bien à la France, où il vint fort jeune, amené par le chevalier de Guise, à qui il plut par sa vivacité. On a lieu de penser que le protecteur ne tint pas très-scrupuleusement ses promesses, et que le protégé n'eut d'autre ressource que d'entier en qualité de marmiton chez mademoiselle de Montpcnsicr. Il se délassait avec un mauvais violon; son talent précoce le fit remarquer* Il eut des maîtres et devint bientôt un maître lui-même. Chassé de chez Mademoiselle pour avoir écrit de la musique sur des paroles satiriques composées contre celte princesse, il se fil recevoir

• Nu en 1653, inorl en 1G87.

' Ne en 1 «55. mort en 1088.

LULLI, (Jll.N AULT 365

dans In grande bande des violons du roi. Louis XIV, l'ayant entendu jouer, fut tellement satisfait de lui, qu'il créa, à son intention, la bande des petits violons, et lui en donna la direction, encore qu'il n'eût que dix-neuf ans.

À celle époque, le roi se plaisait à organiser dix ballets ou mascarades; il y dansait avec une majesté et une grâce que la cour admirait. C'est pour ces sj>ectacles que Molière composa la Princesse d'Elidc, l' Amour médecin, avec des divertissements dont Lulli écrivit les morceaux. De plus, noire Florentin joua avec beaucoup de verve le rôle de Pourceaugnac et celui de Mufti dans le Bourgeois gentilhomme.

La faveur dont Lulli jouissait à la cour n'avait pas de bornes. Dans l'espace de vingt ans, ouïra les gratifications sans nombre qu'il reçut, il obtint du roi neuf brevets et des lettres patentes (1672) qui lui accordaient la permission d'élablir à Paris une Académie royale de musique (Opéra). Lulli fut non-seulement un directeur infatigable, mais encore un créateur; tout était à former, acteurs, danseurs, orchestre. Il trouva le temps de produire dix-neuf opéras, en collaboration avec Quinault, dont il avait su deviner le talent spécial, cl qu'il s'atlaclia par un traité. Tant qu'il vécut, la prospérité de son théâtre fut continuelle. (Cependant Lulli donnait aussi des heures à l'orgie; homme de plaisir, esprit plein de boutades comiques, il était recherché par les grands seigneurs, qui allaient souvent chez lui le voir travailler. Pendant une maladie grave qu'il eut avant la représentation A'Armide, son confesseur avait exigé qu'il brûl;U la partition de cet opéra. \jc prince de Conti étant allé le voir le même jour : « Eh quoi ! Baptiste, lu dit ce prince, tu as pu jeter au feu un si bel ouvrage? — Paix, paix, monseigneur, répondit-il, j'en ai une autre copie. » Il n'avait que cinquante-quatre ans lorsqu'il mou* rut, à la suite d'un accident. Il laissait six enfants, quatre bonnes maisons et des œuvres considérables par le nombre, si l'on songr qu'il composa plus de douze tragédies lyriques, des mascarades, des ballets, des symphonies, des airs religieux, etc., etc.

La musique de Lulli a vécu plus d'un siècle; il ne fallut rien moins que Gluck |>our détrôner ce maître tant attaqué, tant critiqué,

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mais toujours vainqueur. Combien il esl à regretter que chez Lulli le caractère n'ait pas été à la hauteur du talent! C'était un fourbe, un flatteur, plat avec les grands, despote avec les petits.

La tradition fait naître Quinault chez un bouhnger de la rue de Grenelle. 11 se poussa sous les auspices du jioële Tristan l'Ermite. Son goût l'entraînait vers le théâtre, où, depuis les Rivales, par quoi il débuta, il donna, chaque année, une ou deux pièces. Boileau, d'abord très-sévère à son égard, lui rendit plus tard pleine justice. Si l'on considéra que Quinault épousa une femme très-riche qu'il aimait; que sa fortune lui permit d'acheter des charges importantes; que le succès de ses opéras le fil décorer par Louis XIV du cordon de Saint- Michel, auquel le roi joignit le brevet d'une pension de deux mille livres; enfin qu'il fut de l'Académie française et de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on peut affirmer que Quinault fut un homme heureux.. Pour juger de son talent, de la douceur et de l'harmonie de sa poésie, qui était par elle-même de la musique, il suffit de lire son Atys et son Ârmide.

Il laissa une fortune évaluée à trois cent mille livres, ce qui ne l'avait jws empêché de se plaindre en ces termes de sa trop nombreuse lignée :

C'esl, avec peu île l>ien, un terrible devoir Ile se senlir pressé d'être ciiK] fois beau-père.

Quoi ! cinq ades devant notaire

Pour cinq lilles qu'il faut pourvoir !

0 ciel ! peut-on jamais avoir

Opéra plus fâcheux à faire?

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