‹ Les célebrités françaisesChapitre 122 sur 208 · VILLA US · texte numérisé non relu

VILLA US

provisionncmcnts, tandis qu'ils poussaient le siège de Landrecies. C'est sur ce point que \ il lare porta subitement son attaque, et ce fut avec une incroyable vigueur qu'il força une suite non interrompue de retranchements et de redoutes, qui s'étendait dans un espace de plus de trois lieues. Le prince Eugène accourt; ses troupes sont hachées. Villars, ne songeant qu'à profiter de sa victoire, va investir Marchiennes, principal dépôt de l'ennemi ; il s'en empare, reprend plusieurs places, fait mettre bas les armes à plus de cinquante bataillons, oblige Eugène de se retirer jusqu'à Bruxelles, reporte la guerre sur le Rhin, prend Spire, Landau, Fribourg, et peut enfin traiter de la paix ; ce fut la paix dTlrecht.

Fidèle à la mémoire de Louis XIV, Villars défendit dans le parlement les dispositions qu'avait faites le feu roi. Il eut l'estime du Régent et l'amitié de Louis XV, qui se plaisait à lui entendre raconter ses batailles. La mort du cardinal Dubois, qui n'aimait pas le grand capitaine, affermit le crédit de Villars. Le Régent avait le bon esprit de le consulter sur tout ce qui concernait les départements de la guerre et des affaires étrangères ; mais nous avons le regret de dire que le cardinal Fleury opposa trop souvent dans le conseil son influence à celle du maréchal. Celui-ci cependant fut chargé, à l'âge de quatre-vingt-un ans, de commander l'armée qui allait opérer en Italie. Il retrouva en face de l'ennemi sa vigueur d'autrefois; car, « trop vieux pour attendre, » il entreprit, au cœur de l'hiver, et accomplit la conquête du Milanais et du duché de Mantoue. Mais les fatigues de deux campagnes l'avaient épuisé ; en repassant par Turin, il sentit que Dieu lui envoyait le suprême repos. Une fin chrétienne couronna celte vie de quatre-vingt-deux ans, qui avait été si glorieusement pleine.

Vil lare a laissé des Mémoires; le premier volume seul est de lui, les deux autres sont l'œuvre d'un compilateur.

LtS M A lli: N S

» N GO - JACQUES CARTIER - O'ANNEBAUT — D'ESCOUBLEAU DE SOU RDI S LE MARQUIS DE BRÉZÉ — ABRAHAM DUQUESNE* — OUGUAY- TROUIR» - TOU RVILLE ' - JEAN B ART * - tE COMTE DE FO R Bl N

La liste des navigateurs que la France a inscrits dans ses glorieuses annales serait assurément fort longue, comme celle de ses grands hommes en tout genre. Forcé de nous borner, nous ne remonterons pas au delà du seizième siècle, où deux noms éclatants, Axgo et Jacques Cartier, appellent notre respectueuse attention.

Ango était de Dieppe, et à deux lieues de là, à Varangeville, on montre encore sa maison. Entreprenant comme la plupart de ses compatriotes, il alla en Afrique et longea les côtes des Grandes- Indes. Ces voyages et le négoce dont ils furent l'occasion enrichirent Ango, qui revint habiter Dieppe, où il étala un luxe extraordinaire pour l'époque. Quand François T visita la ville, ce fut l'opulent armateur qui le reçut, et le récit des fêtes qu'il donna au souverain semble tenir de la féerie. Pour récompense il fut nomme gouverneur de Dieppe.

Pour montrer jusqu'à quel point allait l'importance d'Ango, il suflit de dire qu'il équipa et envoya une flotte contre Lisbonne, pour punir les Portugais d'avoir, en pleine paix, capturé un de ses vaisseaux, et il obtint satisfaction. Plus tard, la ruine succéda à ses prospérités, et le chagrin le délivra d'une vie qui, privée de faste, ne pouvait plus lui être qu'à charge.

Plus utile encore à son pays, Jacques Cartier (de Saint-Malo) a été le premier navigateur qui nous ail fait connaître le fleuve

1 Né en 1575, morl en 1628.

« Né en 1610, mort en 1688.

3 Né en 1675, mort en 1736.

« Ne en 161Ï2, mort en 1701.

' Ne en lOâO, mort en 1702.

Saint-Laurent. l'hili|>])o de Chabot, grand amiral de France, devina le mérite de Cartier, approuva son projet de visiter l'Amérique septentrionale, autrement «lit les Terres-Neuves, et présenta le brave marin à François Ier.

Cartier, autorisé par le roi, partit de Saint-Malo, en avril 1531, avec deux navires et cent vingt-deux hommes d'équipage. A la suite; d'une navigation heureuse il vint mouiller sur la côte orientale de Terre-Neuve; ensuite il remonta au nord et entra dans le détroit de Belle-Isle. Lorsqu'il arriva à l'embouchure du Saint-Laurent, il n'osa s'y engager à cause du mauvais temps et de la violence des courants ; mais il y revint dans une seconde expédition, et pénétra fort avant. Il avait l'art de se concilier l'esprit des indigènes. Pendant l'hiver, le scorbut, maladie nouvelle chez les gens de mer, décima ses équipages; il fut obligé d'abandonner un de ses bâtiments, faute de bras pour le manœuvrer.

Un troisième voyage, entrepris en 1540, ramena Cartier dans le Saint-Laurent.

Telle fut l'origine de nos établissements du Canada. En Europe, l'honneur de notre marine était dignement soutenu par d'Annebaut, amiral de France, lequel, conjointement avec le baron de la Garde, général des galères, .s'empara de l'île de Wighl, o|)éra des descentes en Angleterre, délia la flotte anglaise, qui n'osa bouger, bien qu'elle fût de cent soixante voiles, et rentra après avoir montré le pavillon de la France maître de la mer.

Mais ce n'était qu'un avantage momentané : notre marine tomba peu à pou durant les guerres civiles. Le cardinal de Richelieu entreprit de la relever, et, disons-le, il sut discerner un grand homme de mer dans Hemu d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, qui l'avait accompagné au siège de la Rochelle.

La France n'eut jamais de plus intrépide guerrier, déplus habile marin que ce prélat, Énumérer les victoii*cs de l'archevêque de Bordeaux, c'est une véritable difficulté, — Il parcourt tout le littoral de l'Océan pour le mettre en état de défense et pour armer une flotte dont il dirigera les opérations avec le litre de chef des conseils en l'armée natale . Cette flotte passe dans la Méditerranée et y bal

les Espagnols; elle l'ait cesser aussi les déprédations des Barbaresques. — En 1058, de Sourdis est chargé de seconder avec vingt-six voiles les opérations de l'armée d'invasion du Roussillon. Il attaque à (iuélaria, dans le golfe de Gascogne, une flotte espagnole composée de quatorze galions, deux vaisseaux et trois frégates, et la réduit en cendres. Il finit par inspirer une terreur telle à l'ennemi, rpie celui-ci n'osait plus l'attendre : ce fut ainsi qu'après avoir prolongé le défi tout le long de la côte d'Espagne, de Sourdis rentra triomphant à Belle-Ile. Quand il s'agit de bloquer Tarragone, il iil plusieurs fois éprouver des pertes sensibles à l'ennemi.

Son digne successeur, le marquis de Brézé, vainquit, à la hauteur de Barcelone, une Hotte de quarante-huit vaisseaux espagnols, et la poursuivit à outrance jusqu'aux îles Baléares.

Tombée complètement sous la minorité de Louis XIV, notre marine prit avec le'grand roi, avec Colberl, son infatigable ministre, une puissance qu'elle n'avait jamais connue à un égal degré. Et, de môme que, pendant ce prodigieux règne de soixante-douze ans, toutes les supériorités des lettres et des arts se groupèrent autour du souverain, de même la Providence voulut envoyer à ce roi qui aspirait à la prépondérance maritime les Duquesne, les Tourville, les Duguay- Trouin, les Jean Bart.

AnitAiiAM Duquesne se présente le premier par la date de sa naissance (1 010). Il appartient à Dieppe, comme Ango. Bien ne dérangea sa vocation; la mer l'appelait, et il y fut poussé par sa famille. Il était à peine hors de l'enfance qu'il avait visité nos principaux poi ls, étudié la construction et entrepris plusieurs voyages sur des vaisseaux marchands. Il eut le bonheur de servir d'abord sous les ordres de cet amiral prélat, de cet intrépide de Sourdis dont nous avons parlé précédemment. Il se trouvait à l'attaque des îles Saint-IIonoral et ,Sainle-Marguerite, qui furent prises aux Espagnols. Comment n'eùl-il pas été brave, il combattait sous les yeux de son père! Mais, dans l'expédition «les îles de Lérins, ce père, dont Duquesne était justement fier, fut tué à bord de son navire, et le jeune homme jura de le venger. 11 tint j»arole.

Ses exploits en Biscaye, à Loredo, dans le golfe de Naples, sur la

côte «li* Catalogne, furent prodigieux. Il contribua à toutes les victoires navales remportées sur les Espagnols.

Pendant la Fronde, il n'y «Mit rien à faire pour la marine. Impatient de son inaction forcée, Duquesnc alla offrir ses services à la Suède alors en guerre avec le Danemark. On doit bien penser qu'une telle épée fut acceptée avec reconnaissance. Grâce à Duquesnc, la Hotte danoise fut écrasée dans deux rencontres. Mais le héros pensait à sa patrie et s'indignait de combattre pour d'autres que pour elle. Il revint en France assez à propos, car il s'agissait d'empêcher les Espagnols de secourir Bordeaux révolté contre la régente. Il arma une escadre à ses frais, partit, rencontra en route les Anglais, qu'il battit, et ferma aux Espagnols l'entrée de la Gironde. Anne d'Autriche reconnut ce senice important par le don du château et de l'île d'Indret en Bretagne.

La guerre de 1672, entre la France et la Hollande, alors la première puissance navale, mit en pleine évidence le courage et les talents de Duquesnc. A la bataille de Soulh-Bay, Duquesnc commandait la seconde division de l'escadre française. La nuit seule put mettre fin à une lutte acharnée qui, au dire de Uuyter, fut la plus terrible qu'il eût jamais vue.

En 1674, Duquesnc fut envoyé en Sicile avec le duc de Vivonne pour secourir Messine révoltée contre les Espagnols. Ceux-ci trouvèrent l'appui de la Hollande et de Buyter. La partie étant trop inégale, Duquesnc vint à Versailles solliciter des renforts. Louis XIV eut la sagesse de le nommer lieutenant général de ses armées navales, quoiqu'il ne fût pas noble, et de lui confier trente vaisseaux de ligne.

Le moment était solennel. Duquesnc atteignit Buyter à la hauteur de File Stromboli, le 7 janvier 1676. — La bataille s'engagea, et la victoire resta au glorieux Dieppois. Le *2'2 avril, il y eut, dans le golfe de Catane, une seconde bataille qui devint une effroyable mêlée. Uuyter y fut atteint mortellement d'un boulet.

Sans laisser aux alliés vaincus le temps de respirer, Duquesnc les poursuivit à Syracuse et acheva de les écraser dans la baie de Palerme.

Pour mettre fin à la piraterie des Barbaresques, Duquesnc lit conlre

Page 1