LE CHANCELIER D AGUESSEAU
La famille d'Aguesseau avait exercé de grandes charges dans la magistrature. Le père du chancelier remplit longtemps les fonctions difficiles d'intendant de Limoges, de Bordeaux, de Languedoc. C'était
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un homme honnête, bienfaisant, désintéressé ; en outre, fort instruit el qui avait contribué activement au succès des plans de Itiquel. Henri-François d'Ague.«seau trouva donc, au foyer de famille, le meilleur exemple à suivre. Il n'eut presque d'autres leçons que celles de son père.
Né à Limoges, en 1668, il était déjà avocat du roi au Chàtelet en 1600. L'année suivante, Louis XIV lui conférait une troisième charge d'avocat général au parlement qu'on venait de créer. D'Aguesscau y parut avec tant d'éclat, que le célèbre Denis Talon ne put s'empêcher de dire « qu'il voudrait finir ctmme ce. jeune homme commençait. »
Au bout de dix ans d'exercice, il fut nommé procureur général, sur l'éloge que le premier président de Harlay avait fait de lui au roi. Son activité répondit à l'étenduede ses fonctions; rien n'était négligé; il réglait les juridictions, entretenait la discipline dans les tribunaux, redressait les abus, maintenait l'ordre des magistratures. Le chancelier de Pontchartrain, qui le consultait souvent, le chargea de la rédaction de plusieurs lois ; il inspirait une égale confiance au contrôleur général Desmarets. Ainsi, sans briguer la faveur, sans vouloir jouer un rôle important, il était indirectement mêlé aux décisions prises dans le conseil de Louis XIV. Jusqu'à ce souverain qui le consultait sur des questions délicates. D'Aguesseau aimait à composer, au sujet des affaires de l'État, des Mémoires qu'on relit encore avec intérêt. Il était très-versé dans l'instruction criminelle et en même temps très-avare de la vie humaine. 11 portait aux faibles el aux malheureux un attachement extraordinaire. Un jour qu'on lui conseillait de modérer ses travaux il répondit: «Puis-jc me reposer, tandis que je sais qu'il y a des hommes qui souffrent? » Aussi descendait-il dans les plus petits détails de l'administration des hôpitaux.
Jamais son humanité ne se montra plus grande ni plus vigilante que pendant le cruel hiver de 1709, où la disette, jointe aux maux de la guerre, désola la France. Il se fit solliciteur, à la cour, pour les infortunés qui mouraient de faim; il éveilla la charité dans les cœurs les plus insensibles. Joignant l'autorité du magistral au zèle