ROBERT GUISCARD
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Il y avait, vers le milieu du onzième siècle, dans un petit castel du Colentin (diocèse de Coutancos, en basse Normandie), unjKiuvrc gentilhomme bannere! nommé Tancrede île Hauievillo. Deux maria-
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ges lui avaient onné quinze enfants, et e'étail à j>einc s'il juuvaii suffire à l'éducation toute militaire de cette nombreuse lignée qu'il espérait mettre au service de quelque prince puissant.
A ee début, ne croiriez- vous pas lire le conte du petit Poucet ? .. Perrault connaissait certainement l'histoire de Robert Guiscard, et il a dû en faire son profil.
Parmi les fils de Tancrède, les trois puînés, Guillaume Bras-de-Fer, Drogon et Humfroy, étaient déjà en âge de s'illustra1. Robert, surnommé Guiscard ou l'anse, n'avait encore que douze à treize ans.
C'était l'époque où les aventuriers normands tournaient leurs regards vers l'Italie pour chercher fortune dans ce pays des Grecs et des Lombards. Guillaume, Drogon et Humfroy y passèrent, et ils n'en revinrent pas.
Au bout de quelques années, grande rumeur dans le caslel : on y a appris que chacun des frères ]>ossédait une ville avec le titre de comte, et que Guillaume nommément commandait une armée dans la Pouille! En fallait-il davantage pour enflammer l'imagination de Robert Guiscard, alors âgé de vingt-quatre ans et le plus beau chevalier qu'on eût jamais vu au pays de Normandie? Un de ses frères, quatre chevaliers et treule hommes d'armes s'associèrent à son entreprise. Sous des déguisements qu'ils avaient pris pour échappera la surveillance de la cour pontificale, ils arrivèrent à Melfi où résidait le comte de la Pouille.
Ce titre était alors dévolu à Drogon, \mv suite de la mort de Guillaume. Drogon reçut froidement le frère qui venait lui demander place au banquet de la gloire. Robert, dénué de toute ressource, dut se mettre à la solde des princes lombards.
G'pendant les exactions et l'insatiable avidité des Normands avaient allumé la haine au cœur des Italiens. Véritable représentant de la cause nationale, le pape Léon IX se met à la tête de la réaction, obtient de l'empereur d'Allemagne un contingent souabe et lorrain, arme les Romains et entre eu campagne avec plus de douze mille hommes.
Les Normands ne se dissimulèrent pas la gravité du péril. Humfroy, le nouveau comte de la Pouille, élu après la mort de Drogon
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gui avait été assassiné dans une église, appelle à lui tous les aventuriers, y compris Robert G tiiscard qui voulut bien oublier les torts de son frère.
Quand les armées se rencontrèrent près de Civilella, en Capitanate, les Normands, se comptant avec effroi, virent qu'ils n'étaient que trois mille. Us eurent toutefois promptement raison des Italiens : la résistance ne vint que des Allemands; elle fut terrible, et |>eut-étre la victoire eût-elle été acquise à Léon IX si Robert Guiscard, accourant avec ses Calabrais, n'eût pris en flanc les Impériaux. Trois fois désarçonné, trois fois il' se releva plein d'une nouvelle ardeur. \às pape tomba au pouvoir des vainqueurs.
Qui le croirait? le béros de Civitella réclama vainement le prix de ses service*. Tout ce qui lui fut accordé, ce fut de chercher fortune . en Calabre, c'est-à-dire en pays grec. 11 alla dresser ses tentes à l'entrée du val de Crati. Sans approvisionnements, sans argent, il fallait qu'il tirai tout de la force ou de la ruse. Voici deux exemples de sa fécondité d'expédients que la bonne foi eût désavoués; nous les empruntons au récit de M. C. de Cherrier :
« Suivant une coutume chevaleresque fort en vogue dans le onzième siècle, un riche Grec, nommé Pierre, rhef de la ville de Bisignano, avait fait projwser au commandant de San-Marco de l'adopter pour son fils d'armes. Guiscard accepte avec empressement et demande une entrevue qui est aussitôt accordée. Les deux escortes restent en arrière : Robert et l'officier grec s'avancent l'un vers l'autre : mais, pendant que celui-ci offre le baiser de paix, le Normand se jette sur lui, le renverse de cheval et lui attache les mains. Les cheval ie in, accourus à la voix de leur chef, mettent en fuite les Calabrais et conduisent le prisonnier au camp de San-Marco. — «Tu es mon père, lui dit Guiscard, lu es riche, tandis que je suis pauvre; le devoir d'un père est de secourir son fils : j'exige de toi vingt mille sous d'or. » Pierre cédant à la nécessité, paya cette rançon exorbitante, que le héros normand restitua lorsque la fortune l'eut appelé à des destinées plus dignes de lui.
« . . . . Cosenza, Bisignano, avec la plupart des places du val de Crati, se soumirent ; Malvito, situé sur un sommet escarpé.
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lit une opiniâtre résistance. Los Normands, ayanl perdu «levant relie dernière ville plusieurs des leurs, feignirent de vouloir se retirer. Une sorte de trêve s était établie entre eux et les Grecs, lorsqu'un jour Guiscard fait prier les moines de Malvito d'enterrer dans leur église un de ses compagnons qui venait de mourir. A ce nom redouté, les religieux tremblent, ils n'osent refuser leur ministère et vont enlever la bièn* que des guerriers sans armes escortaient en silence; mais à peine le cortège funèbre est-il entré dans la ville, que le chevalier mort, jetant le drap qui le couvrait, se lève, distribue à ses compagnons des é|Krs cachées dans son cercueil;' puis tous ensemble poussent leur cri «le guerre et tombent sur les Grecs épouvantés de cette attaque imprévue. Guiscard suivait de loin avec le reste de ses gons; on ouvre une porte dont il s empare; la garnison met bas les armes, et le drapeau rouge «les Normands flotte sur les murs de Malvito. »
La mort de Ilumfroy permit à Robert de m* faire élire comte de la Pouille. Ce litre ne suffisait pas à son ambition; il se fit proclamer par ses soldats duc de la Pouille et de la Galabrc. Répudiant sa première femme sous prétexte de parenté, il contraignit Gisulfe, prince de Salerne, à lui accorder la main de Sichel-Gayla, sa sœur. La nouvelle duchesse, non moins ambitieuse peut-être que Guiscard, le seconda dans tous ses projets; elle le suivait à la guenr, et plus d'une fois, l'armure qu'elle (Mutait fut teinle de son sang.
L'habile Guiscard voulait échapper pour sa descendance à la loi d'élection qui maintenait la puissance d'une aristocratie turbulente. Par un traité fort bien fait avec Nicolas II, ou plutôt avec le cardinal Hildebrand, cet homme de génie qui s'appela depuis Grégoire \ II, le duc se reconnut feudalaire du sainl-siége: ce traité le mettait dans une jiosiiion à peu près semblable à celle «les ducs de Bourgogne ou de Normandie, grands vassaux du roi de France et souverains chez eux avec le principe d'hérédité.
Aidé de son dernier frère Roger qui, après la mort du vieux Tancrède, était venu le rejoindre, Guiscard s'empara «le Reggio et força les tirées à abandonner la Galabre.
Le chemin de la Sicile était ouvert. Roger s'y fil appeler par un