ROBERT GUISCARD
émir sarrasin qu'un do ses voisins avail dépouillé. Mais l'entreprise était prématurée; il fallait d'abord chasser complètement les Grecs de l'Italie, et ce fut à celle œuvre que Guiscard donna tousses soins. Il y réussit |>ar la prise de Tarenle, de Matera, d'Olrantc et de Bari.
A leur tour, les Sarrasins de Sicile éprouvèrent l'irrésistible effet de l'impétuosité normande. Palerme fut pris d'assaut ; le butin fui immense.
Ce fut l'apogée de la grandeur de Robert : l'aventurier était devenu l'un des plus puissants princes de la chrétienté; ses lilles s'étaient unies à des souverains ; le pape avait été obligé de composer avec lui. Mais Guiscard n'était pas homme à se reposer sur son admirable fortune ; et il en devait être ainsi par la permission de la Providence qui veut que les conquérants ne sachent jamais s'arrêter, et qu'ils perdent tout |*>ur avoir eu le désir de tout gagner. Son ambition lui désignait Gonslantinople.
Une bataille gagnée près Durazzo sur Alexis Comnène eût peutêtre livré à Guiscard l'empire grec, si des circonstances impérieuses n'avaient rappelé en Italie l'intrépide Normand. Il s'agissait de sauver le pape Grégoire VII, à la fois combattu par l'empereur d'Allemagne, Henri IV, et jwr les Romains révoltés Guiscard revient, trouve une armée, prend Rome par escalade el y met le feu, comme « à un antre de serpents. » En Orient, pendant son absence, l'expédition a péri ; Guiscard part de nouveau: battu deux fois par les Vénitiens, il triomphe dans une troisième rencontre; mais une maladie contagieuse se déclare parmi ses troupes: en peu de temps dix mille soldats périssent. Il dut quitter cette côte funeste... Guiscard lui-même, atteint d'une lièvre violente, succombe à Céphalonie. Il avait soixante-trois ans ; et il semblait que sa vie eiU duré deux siècles, tant elle avail été remplie. Sa courageuse femme Sichel-Gayta ne l'avait pas quitté ; elle eut jn'ine à calmer la terreur panique qui s'était emparée des soldats privés de leur invincible chef. On fit voile pour Otrante, mais une leni|>ète furieuse sépara la flotte et submergea le navire sur lequel on avait placé les resles de Guiscard. Le cercueil englouti, puis retiré à grand'peine, fut Iransporlé à Venosa
2i GUILLAUME LE CONQUÉRANT
et enterré dans l'église de Sainte-Sabine, à côté des comtes de la Pouille, de la famille de Hauteville.