‹ Les célebrités françaisesChapitre 131 sur 208 · REGNARD · texte numérisé non relu

REGNARD

vi-ajçf : « Monseigneur, voici un livre que huit hommes seulement, en Europe, sont en état de comprendre, et l'auteur n'est pas de ces huit-là. »

Fontenelle travailla dans la première partie de sa vie aux jouissances de la seconde. Il put savourer la volupté d'une gloire acquise et non disputée, et suivre paisiblement ses jours si nombreux dans les relations de l'homme du monde et du savant. Il avait des amis, bien qu'on ait exagéré contre lui le reproche d'insensibilité. Il se plaisait à l'entretien des femmes; mais ce qu'il évitait soigneusement, pour ne point déranger l'équilibre de sa santé, c'étaient les discussions ardentes. « Quand j'aurais les mains pleines de vérités, disait-il, je ne les ouvrirais pas. » Il avait tort au point de vue social, mais raison pour lui. Et, si l'on doutait qu'au besoin sa parole fût franche, le fait suivant serait un démenti. Un jour le Régent lui disait : « Fontenelle, je crois peu à la vertu.

— Monseigneur, répondit le philosophe, il y a pourtant d'honnêtes gens; mais ils ne viennent pas vous trouver. »

Heureux jusqu'au bout, Fontenelle n'eut pas même de souffrance pour mourir. Il allait avoir cent ans lorsqu'il sentit, selon sa propre expression, « une difficulté d'être. »

Que l'on compare la vie de Fontenelle à celle de Pierre Corneille, la vie du neveu à celle de l'oncle, et l'on reconnaîtra aisément combien l'esprit est un bagage plus léger et plus commode que le génie

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