REGNARD
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Il V avait environ une vingtaine d'années que l'auteur du Mixaw thrope avait quitté ce monde sans être remplacé, — car il ne pouvait l'être, il ne le sera jamais, — quand Rcgnard se présenta au Théâtre* Français pour recueillir cet héritage abandonné. Jusque-là il s'était
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contenu'; de porter à la Comédie-Italienne des bouffonneries licencieuses. Ce ne fut même qu'après avoir écrit la Sérénatleel Attendezmoi sous Forme, petites pièces sans importance, qu'il donna le Joueur, ouvrage qu'on s'est habitué à considérer comme un cheld'œuvre. On a fait le même honneur à presque toutes ses autres comédies, le Distrait, les Mènechmes, les Folies amoureuses, Démocrite, et l'on a proclamé Regnard le successeur de Molière. Mais on a oublié qu'au théâtre la chose principale est le but moral; qu'il ne s'agit pas seulement d'amuser ces milliers d'oisifs et de curieux qui chaque soir s'entassent dans les salles de spectacle; qu'il faut encore et surtout les instruire, les éclairer, les perfectionner. Or Regnard ne songeait qu'à divertir le public, cl l'on en a la preuve dans celte collection de fripons, d'escrocs, de valets échappés de prison, de vieillards éhontés, tels qu'en offre principalement le Légataire universel. Nous sommes loin de méconnaître la force comique dans bien des incidents ni la verve du style ; mais la trop haute place qu'on a accordée à cet auteur nous fait envisager son œuvre plus sévèrement, et demander si son vers n'est pas souvent d'une incorrection choquante. L'honnêteté n'existe pas dans le théâtre de Regnard, et le talent poétique est loin d'y briller toujours. Boileau, qui s'y connaissait assez bien, réprouvait la bouffonnerie et disait : « Il n'y a que la belle nature et le véritable comique auxquels il appartienne de renvoyer l'esprit légitimement satisfait et plein d'une délectation sans reproche. » Le grand tort de Regnard fut de rester dans la nature exceptionnelle et de peindre des travers plutôt que des caractères. Ses comédies ouvrirent une voie de décadence, et il est à remarquer que ce fut le dix-huitième siècle qui en fit le succès.
La véritable comédie au dix-huitième siècle s'appela Turrarcl; mais celle-là ne fut pas écrite par Regnard.
Quoi qu'il en soit, l'auteur du Joueur eut le privilège du rire franc, de cette joyeuse humeur qu'on a appelée la gaieté gauloise. Et comment ne l'eûl-il pas eu? la vie était si facile pour lui, qui la mena comme les comédies qu'il faisait ! Héritier d'une fortune assez considérable, il n'avait pas d'autre souci que de tenir table, de chasser, boire, recevoir des compagnons de son caractère. En vérité,
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il pratiquait lui-même sou théâtre, et en changeant île scène il ne fit que continuer sa méthode.
On présume qu'il venait d'achever ses éludes quand il se trouva en possession du bien que son père lui avait gagné dans le négoce. Le cœur de Régna ni se partageait entre la passion du jeu et celle des voyages. Pour satisfaire à la fois ces deux passions* il s'en alla en Italie. Il y visita moins les monuments que les maisons de pharaon, d'où il rapporta un gain de dix mille écus. Celle aubaine le mit en humeur de recommencer le voyage : mais comme, pour s'en revenir, il s'était embarqué à Civila-Vecchia sur une frégate anglaise, ce bâtiment fui capluré1 par des pirates barbaresques, el Regnard, la chaîne au cou, se vil conduit en esclavage à Alger.
Ses talenls culinaires le firent, dit-on, très-bien venir de son maître Achmct-T;ilem ; mais ce qu'il y a de plus certain, c'est que le Turc l'emmena à Constanlinople, où il le tint deux ans dans les rigueurs de la captivité. Grâce à une somme de douze mille livres que sa famille envoya pour le racheter, Hegnard put enfin recouvrer sa liberté.
Mais, à peine de retour en France, il se sentit repris du goûl des voyages; celte fois, l'itinéraire fui complètement changé : du Midi, notre touriste s'élanca vers le Nord, en compagnie de MM. de Fercourt et de Corberon. Parti le 26 avril 1081 , il arriva, le 22 août de la même année, au bord «le la nier Glaciale, où, sur la cime du mont Melawara, il grava celle inscription en quatre vers latins :
Gale nos gentâl ; ridtl nos AIYiea; Gansent Hausimus, Euro|i»inqui! oculis luslravinius oiuncm ; Casihus et variis acti lenatmc manque, llic tandem slctimiis, nol» s ul i defuil orim ;.
L'année suivante, Regnard avait repris possession de la vie pari- 1 Le \ octobre 1078.
- Voici la paraphrase que la Harpe a laite de cl- yUalniiu :
Nés Franç-iis, éprouvé par cent périls divers, La Cnnpc nous a rm monter jufju'à cet sources ; L'Afrique itTroalor se» désert»,
L'Europe parcourir ses climats et se* mers;
Vum i le tenue île nos courses, Ll nous nous uriélon> où Huit I univers.