‹ Les célebrités françaisesChapitre 139 sur 208 · CH E VERT · texte numérisé non relu

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sos cris ne furent pas entendus; et, quand on accourut à son aide, il n'était plus lemps de le sauver1.

Alors Marie Leckzinska ne voulut plus vivre. Une maladie de langueur la conduisit en quelques mois au tombeau, le 5 juin 1758. Comme les médecins cherchaient à ranimer son courage, elle répondit: « Rendez-moi mes enfants, et vous me guérirez. » La cour de Louis XV, cette cour légère et coupable, comprit pourtant qu'elle perdait une reine accomplie, et suspendit un moment ses plaisirs pour pleurer la douce et sainte victime qui venait d'échanger une couronne périssable contre celle des élus.

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A Saint-Eustacho, près la porte d'entrée, se voit un médaillon de marbre blanc qui a consacré l'image de François Chevert avec celte inscription éloquente, attribuée à Diderot :

sahs ȕKin, sans fortune, sans mot,

IL ENTRA AU SERVICE A L'ACE DE ONZE ANS; IL s'ÉLEYA , MALGRÉ I.'eNTIB, A FORCE DE MÉRITE, ET CHAQUE CRADE FIT LE PRI\ D UNE ACTION D'ÉCIAT. LE m: IL TITRE DE MARÉCHAL DE FRANCE A MANQUÉ, NON PAS A (A GLOIRE, MAIS A L'EXEMPLE DE CElï QOI LE PRENDRONT POITR MODÈLE.

Toute l'histoire de Chevert est dans ces quelques lignes; l'histoire la plus simple, la plus honorable, on pourrait dire la plus antique.

Qu'il fût fils d'un bedeau ou d'un maître d'école, il n'en était pas

» On a do Stanislas les Œuvres du Philosophe bienfaisant, A volumes m-12. - Sans y mneer, il s'y est peint lui-même.

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moins sorti de la plus liumblc lige; et encore se trouva-t-il orphelin dès l'âge de onze ans. Comment s'écoula cette première enfance? quelles privations eut-elle à supporter? On l'ignore; mais ce qu'il y a de certain, c'est que l'Ame de François Chevert avait déjà pris quelque chose de viril dans le commerce du malheur. A l'âge où l'on se contente d'être enfant, Chevert voulut être soldat; il suivit une recrue du régiment de Carné qui passait par Verdun.

En mettant le pied sur le dernier échelon militaire, il ne se dissimula aucune des difficultés qui s'amoncelleraient devant lui : il n'avait pas de nom, pas de famille, pas de protecteurs ; son courage, son mérite, sa persévérance, sa conduite à toute épreuve, devaient tout remplacer. Il se dit donc: «J'arriverai! » et il arriva, ce qu'on put considérer comme un miracle, vu les préjugés et les habitudes de l'époque.

Ainsi il y avait quatre ans à peine qu'il se trouvait sous les drapeaux lorsqu'il fut nommé lieutenant au régiment de Bcauce. Il monta ensuite, de grade en grade, jusqu'à celui de Jieu tenant-colonel, et c'est en cette qualité qu'il lit la campagne de Bohème sous les ordres du comte de Saxe.

Ici se place une charmante anecdote qui a toute la valeur de l'authenticité.

Il s'agissait d'emporter la ville de Prague par voie d'escalade. Chargé de commander les grenadiers, Cheve/t, au moment où l'on jyosait la première échelle, assembla les sergents de son détachement : « Mes amis, dit-il, vous êtes tous braves, mais il me faut un brave à trais poils, et le voilà ! » Il désignait un sergent de grenadiers d'Alsace. « Pascal, ajoute-t-il, vous allez monter le premier, je vous suivrai. Quand vous serez sur le mur, le factionnaire criera : Wcr da? Vous ne répondrez pas. Il tirera sur vous et vous manquera ; vous irez à lui, vous le tuerez, et je serai là. »

Celte consigne devint une prophétie exacte.

Au bout de quelques instants, le comte de Saxe entrait dans la ville.

Chevcrl, fait brigadier des armées du roi, Ait laissé à Prague avec dix-huit cents hommes, le 17 décembre I74w2. Assiégé par une puis-

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saule armée, il tint jusqu'au k26, obtint une capitulation honorable et sortit de la ville, le 2 janvier 1745, avec sa garnison et deux pièces de canon.

La camj>agne de Piémont, en 1744, montra tout ce qu'il y avait chez Cheverl de courage, d'habileté, de tactique. Chargé |»ar le prince de Conti du commandement de Pavant-garde, il attaqua successivement les Piémontais à la Gardette, à Rendormi, à Pierre- Longue, et les chassa de ces positions; il s'empara d'Asti, se maintint à Monte Calvo et contint l'ennemi durant une périlleuse retraite. L'ennemi ayant pénétré en Provence, il déjoua ses efforts, couvrit Castellaneet Draguignan, reprit les îles Sainte-Marguerite, gagnant ainsi son grade de lieutenant général des armées du roi.

Une nouvelle guerre, celle de 1757, lui fournit des occasions nouvelles de se rendre utile. A la bataille d'Hastenback, il marcha avec seize bataillons pour tourner la gauche de l'ennemi, qui, caché dans l'épaisseur d'un bois, faisait le feu le plus meurtrier. Trois attaques acharnées le rendirent maître de la position. Cheverl s'était mis à la tôle de ses grenadiers ; les officiers de Picardie le prient de se ménager, de mettre au moins sa cuirasse : « Ces braves gens-là en onlils? » dit Cheverl en montrant les grenadiers. El il s'élança sur l'ennemi. Au plus fort de l'action, ou lui annonce que la jwudre manque. « iN'avons-nous pas de* baïonnettes? » s'écrie-t-il. Et il commande la charge.

Ce fut en 1 70 1 qu'il quitta le service1. On ne le vil pan savourer sa gloire dans l'atmosphère de la cour: il se retira simplement sur ses terres, où il se partagea entre l'étude, la bienfaisance et les conseils qu'il aimait à donner aux jeunes militaires, reçus chez lui comme chez un père. Parfois sa gaieté naturelle s'embellissait de ses souvenirs, qu'il retraçait clans un langage plein de vivacité et de feu. Le soldat était doublé d'un conteur spirituel.

11 jugeail aussi bien les hommes que les positions stratégiques; ainsi il avait un aide de camp fort brave, fort distingué, dont il devina l'aptitude. Mur son conseil, l'aide de camp entra dans la ma-

1 En !7ô4. il avait clé nommé commandeur de l'ordre de Sainl-Louis en 1758, jirandcruii.

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line, et la France gagna en Bougainville un Duguay-Trouin nouveau.

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