‹ Les célebrités françaisesChapitre 146 sur 208 · JE AN- JACQUES ROUSSEAU · texte numérisé non relu

JE AN- JACQUES ROUSSEAU

sent peut-être instruit une nature moins capricieuse. Son Ago moi lui ouvrit de vastes horizons que Jean-Jacques sembla prendre plaisir à se fermer. Sa vieillesse offrit le déplorable spectacle d'un caractère qui n'était pas à la hauteur de la gloire acquise après tant de luttes.

Rousseau vécut pauvre et mourut pauvre par sa faute. 11 eut des protecteurs cl se les aliéna ; des amis, et brusquement il rompait avec eux.

Et cependant son action sur son siècle cl principalement sur la fin de ce siècle fut immense. A cet homme né dans une république et proscrit par ses concitoyens, il fut donné de corriger l'éducation par son kmile et de préparer la Révolution française par le Contrat social. Voltaire ébranla les mœurs et les croyances; Rousseau, j>orlanl des coups bien plus solides, déracina les principes. L'un fut libéral en flattant bassement les rois; l'autre, en anéantissant les institutions et créant l'idéal d'un monde sans sciences ni arts. \ollaîre rendit la vérité malfaisante; Rousseau entoura le paradoxe de trop d'illusions et d'amorces. Quoique ces deux hommes ne se soient pas aimés, on a eu jusqu'à un certain point le droit de les placer en regard : car tous deux, par des moyens différents, ont travaillé à la même œuvre.

Jean-Jacques a raconté longuement sa vie dans ses Confessions, . et personne ne pourra prétendre à le peindre mieux qu'il ne s'est peint. Mais tantôt il s'est trot) chargé, tantôt il s'est excusé trop complaisamment. Il ne s'agit pour nous que d'exposer les principaux événements de cette existence si agitée : le lecteur appréciera.

Orphelin dès sa naissance, Jean-Jacques manqua de cette éducation maternelle tpie rien ne remplace. Il n'eut d'initiation que par les sentiments et les paroles médiocrement sensées de son père, simple horloger qui se consolait de sa pauvreté dans la lecture des romans. A peine avait-il huit ans lorsqu'il se trouva plus seul que jamais, son père s'élant soustrait par la fuite à la persécution. Là commença sa longue odyssée, qu'il nous faut retracer en peu de mots : il entra chez M. Lambercy, ministre à Russey, et y apprit un |>eu «le latin; puis au greffe du tribunal de Genève, d'où on le

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renvoya pur cause d'incapacité; «le là, il passa dans l'atelier du graveur Ducommun, homme Irop bien nomme. Il n'y apprit que le mal. Il s'évada et arriva à Annecy, où madame de Warens, charmée de sa physionomie, l'areucillit avec bonté. Celte veuve était récemment convertie; et, dans son ardeur de néophyte, elle engagea son jeune protégé à abjurer le calvinisme. Rousseau fut donc placé à Turin dans l'hospice des catéchumènes.

Le voilà converti, et il n'a guère pris le temps d'examiner ce qu'il faisait. Il entra comme laquais chez madame de Verscllis; c'est là que, de son propre aveu, il laissa accuser et chasser une pauvre servante pour le vol d'un ruban qu'il avait dérobé lui-même. Au reste, sa faute indigne ne lui porta pas bonheur: il fut bientôt congédié, et il le fut également de chez le comte de Gouvon, écuyer de la reine de Sardaigne.

Il retourna chez madame de Warens, qui le reçut avec sa bienveillance infatigable. Elle tenait au salut de son protégé, qu'elle mit au séminaire d'Annecy ; mais Rousseau, qui ne se sentait pas de vocation pour l'étal ecclésiastique, ne larda point à se lasser du séminaire. Alors madame de Warens le plaça chez le maître de musique de la calhédrale. L'artiste el son élève s'en allèrent ensemble à Lyon; un incident brusque les sépara, et encore une fois Rousseau chercha madame de Warens à Annecy. Elle n'y était plus. Qu'imagine alors notre GilBlas génevois? d'utiliser la musique qu'il ne sait pas, de se rendre à Lausanne et d'y prendre brevet de compositeur. Ouand on eut entendu le charivari qu'il donna pour un concerto, ce fut un toile général. L'auteur futur du Devin du village dut s'enfuir avec sa musique et ses espérances. Il rencontra un charlatan qui se paraît du litre d'archimandrite et l'engagea à l'accompagner à Jérusalem ; mais leur pèlerinage s'arrêta à Soleure, où on les mil en prison. L'ambassadeur de France tira Rousseau de ce mauvais pas, et lui procura même généreusement les moyens d'aller à Paris.

Paris était pour le jeune aventurier la terre promise; mais son illusion ne tarda point à tomber. Dans sa perplexité, il apprend que madame de Warens est à Chambéry : il y court pour demeurer quelques années auprès de sa bienfaitrice. Pendant ce temps il étudia

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