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beaucoup el combla, autant que possible, les lacunes de son éducation.
Diverses aulres aventures le conduisirent, en qualité de précepteur, chez M. de Mably, grand prévôt de Lyon. Comme de coutume, il ne resta pas longtemps dans cette maison. Mais, riche de quinze louis et portant dans son carton un système de notation musicale par les chiffres, duquel il attendait gloire et fortune, il fit son second voyage à Taris. Malheureusement, le système de notation musicale, soumis à l'Académie des sciences, ne valut à son auteur que les conclusions sévères de Rameau.
Pour en finir des diverses professions du pauvre diable, nous le voyons secrétaire de l'ambassadeur de France à Venise; puis, déchu de cette grandeur, il revient à Paris copier de la musique el occuper un emploi de commis chez M. Dupin, fermier général.
Il avait près de quarante ans, et son génie ne s'était pas révélé. Mais c'était on foyer qui n'avait besoin que d'une étincelle pour s'enflammer. Une annonce insérée au Mercure opéra ce prodige. « Le progrès des sciences cl des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer les mœurs? » Telle était la question posée par l'académie de Dijon. Elle vibra dans le cœur de Rousseau. Cet homme qui avait amassé tant de ressentiments contre la société, à qui il imputait les secousses perpétuelles de son existence; ce rêveur qui s'était souvent posé le problème d'une civilisation plus équitable, trouvait donc enfin l'occasion d'épancher l'amertume qui débordait en lui ! Il allait pouvoir déclarer la guerre au vice, lui qui frémissait au souvenir de ses fautes et qui avait toujours brûlé pour la vertu d'un amour stérile! Il écrivit son premier pamphlet; el, comme c'était un paradoxe sincère et éloquent, ce paradoxe eut le mérite d'une originalité qui frappa l'attention générale. — Un autre sujet, proposé par la même académie : De l'origine et des fondements de l'inégalité parmi les hommes, • appela Jean-Jacques sur le terrain de la discussion. Il avait sapé les lettres, il attaqua l'ordre social.
Ce fut un second triomphe dont il alla jouir à Genève, où il rentra dans le sein du calvinisme. Il revint, attiré par l'amitié de madame d'fipinay, habiter la vallée de Montmorency. C'est là qu'il composa
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son roman de la Xourelle Héloïse, où il y a plus de passion que de vérité, el où les caractères sont aussi faux que les tirades sont déclamatoires.
Son caractère inquiet l'ayant brouillé avec madame d'fcpinay, il trouva une généreuse hospitalité au petit château de Montmorency, appartenant au maréchal de Luxemhourg. 11 y écrivit Y Emile el le Contrat social ; ce fut aussi à cette époque qu'il encourut la disgrAce «les encyclopédistes et l'inimitié jalouse de Voltaire. Criblé d'épigrammes par ce dernier, il eut la dignité de ne jamais répliquer.
Emile suscita contre Rousseau les poursuites les plus v iolentes. Le parlement condamna le livre au feu et décréta l'auteur de prise de corps. Rousseau n'eut que le temps de devancer par la fuite l'exécution de l'arrêt. Mais il avait espéré vainement trouver un asile dans sa patrie; il fut poursuivi à (ienève comme il l'avait été à Paris, et Berne lui ferma ses portes. Le proscrit dut se réfugier dans le canton de Neuchatel, sous la protection du roi de Prusse. 11 s'établit à Moliers, y fut bien accueilli par Milord-Maréchal, gouverneur de Neuchatel, el prit le costume arménien. Mais il eut le malheur d'écrire ses lettres de la montagne, qui excitèrent parmi les Suisses une tempête contre lui. Hume le détermina à passer en Angleterre et à se lixerà Vooton, dans le comté de Derbv. Dans celle retraite il écrivit
en trois mois les six premiers livres de ses Confessions, qui font éprouver le besoin de relire les Confessions de saint Augustin , à qui le philosophe emprunta son titre sans lui prendre son humilité si éloquente.
Il revint à Paris, en 1767, un an après sa rupture avec Hume. Bien que l'arrêt de prise de corps rendu contre lui n'eût pas été révoqué, personne ne l'inquiéta. Il se logea rue Plàtrière, où il vécut de ses peliles économies el de son travail de copiste, fermant le plus possibles porte aux visiteurs qui affluaient. Vers la fin de mai 1 77S, il accepta l'hospitalité que lui offrait M. de tiirardin dans sa magnifique terre d'Ermenonville. Jamais il ne s'était senti plus heureux; mais pour lui le bonheur ne devait être que l'aurore du jour sans fin. ï^e T» juillet, il se sentit indisposé, au moment où il s'habillait pour aller faire sa promenade habituelle. Tout à coup il tomba la face cou-
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Ire WTre, foudroyé par un épanchcment séreux au cerveau. Celle mort subite donna lieu à d'absurdes commentaires : on répandit le bruit que Rousseau s'était tué d'un coup de pistolet. Des témoignages irrécusables ont fait justice de cette fable; Jean-Jacques eut par-devers sa conscience assez de fautes sans qu'il faille y joindre le crime du suicide.
If. de Cirardin fit déposer les restes de l'illustre mort dans l'île des Peupliers. C'est là que la Révolution vint les chercher pour les transporter pompeusement au Panthéon. Elle voulut payer ainsi le Contrat social.
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Fils d'un notaire, François-Marie Arouet cul dès l'enfance la curiosité avide, l'amour du bruit et du mouvement, le désir impérieux de la gloire. Chez les jésuites du collège Louis-le-Grand on ne le voyait pas jouer pendant les récréations, mais s'animer dans de longs entretiens avec ses professeurs, le P. Corée, le P. Tarleron, le P. Tournemine, qui se plaisaient à celte verve innée et à ces qualités heureuses de l'enfant, Ionien s'alarmant d'audaces précoces. Déjà Arouel avait l'esprit en éveil sur toutes les affaires publiques, sur tous les incidents de la vie littéraire. L'ambition lui montait au cœur. A peine sorti du collège, il se produisit avec hâte, avec turbulence. Il afficha la protection de Ninon de l'Enclos; il se fit admettre dans la spirituelle et scandaleuse société du Temple. I,c scepticisme avait passé dans sa nature. \\ était bien à sa place parmi ces roués de la Régence, ces incrédules qui avaient été les insouciants précurseurs du jeune téméraire.
Ce n'était pas sans rencontrer une vive opposition dans sa famille
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qu'Arouel s'engageait dans celle vie d'entreprises littéraires cl de mondaines aventures. Son père le menaça souvent dosa colère; il le sommait de prendre un état. Un jour il le lança vertement sur certaine équipée : le jeune homme s'était trouvé disposer de mit louis; il avait eu l'étrange idée d'acheter un équipage, une livrée, de louer di s domestiques, et de visiter ainsi tous ses amis. M. Arouel était frappé de la nécessité d'arracher son (ils à ces liens de la vie à la mode. Il le lit partir pour la Hollande en qualité de page du marquis de Château neuf, l'ambassadeur français. Une intrigue surprise lit brusquement revenir le jeune Arouel. Son père le plaça chez un procureur, ce qui ne l'em|HVhait pas de poursuivre ses relations et ses essais poétiques. Son début ne fut pas heureux. Une pièce qu'il envoya au concours de l'Académie française fut rejelée. Mais son véritable début fut la tragédie (Y Œdipe, qu'il fit jouer sous le nom de Voltaire. Il l'avait composée à la Bastille, où on l'avait emprisonné sous le soupçon d'avoiccomposé une pièce de vers satirique. Tiré promptement de prison, favorisé par le rare et glorieux succès de son Œdipe, il fut présenté au Régent et bien accueilli par cet homme d'un esprit aussi libre et aussi prompt que le sien. Cependant les maximes de scepticisme semées dansŒdipc firent bien des ennemis à Voltaire. On réussit même à le faire momentanément éloigner de Paris. A Paris, où il ne tarda pas à revenir, il trouva la maison de sou pèreàpeu près fermée; mais les plus grands seigneurs se disputaient le plaisir de lui offrir l'hospitalité. Le maréchal de Yillars et sa femme, entre autres, avaient fait de Voltaire un de leurs commensaux le plus aimés. Il brillait en première ligne aux célèbres fêtes de Maisons, chez, le président de ce nom. Il composait à cette époque la llenriade. A peine avait-il terminé ce poème qu'un de ses ennemis, l'abbé Desfontaim s, se procura une copie de l'ouvrage et le fit paraître avec des additions et des retranchements sous le litre de la Ligue. Celle contrefaçon eut un grand succès.
La liberté d'esprit de Voltaire lui suscitait à chaque moment des inimitiés. Un grand seigneur, le duc de Hohan-Chabot, blessé d'un trait satirique, le lit quelque peu bétonner. C'est à ce sujet que Voltaire, irrité de n'avoir pas obtenu le concours du duc de Sully pour
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rédamer une réparation, s'en vengea en remplaçant Sully par Mornay dans son poème. Vengeance bien mesquine et vraiment indigne d'un homme supérieur, mais qui n'avait pas, il est vrai, l'Ame aussi haute qu'il avait l'esprit élevé! Le crédit de Rohan fit encore exiler Voltaire. 11 passa celte fois en Angleterre.
Son voyage ne fut pas sans influence sur les destinées du dix-huitième siècle. Voltaire rapporta d'outre-mer la philosophie de Locke et le libéralisme constitutionnel. Il fit paraître à Londres sa Henriaile. Il y commença ses Lettres philosophiques sur les Anglais, résumé de ses impressions si nouvelles à celte époque.
De retour en France, il fit sa fortune dans des spéculations. Bientôt il fut riche, et son prestige s'en accrut. L'opposition de ses adversaires n'en était pas moins vigilante. Us firent brûler par la main du bourreau les Lettres philosophiques. Au théâtre, les succès de Voltaire étaient moins orageux. Zaïre marqua dans l'histoire littéraire comme un succès inouï. Cependant là encore il avait des déconvenues : Adélaïde du Guesclin ne réussit pas; Brutus passa inaperçu. Jules César fut imprimé malgré la défense de l'autorité. De nouveau Voltaire quitta Paris. Il se retira à Cirey, chez la célèbre madame du Chàlelel, une mathématicienne du temps, et composa pendant celle Iréve Ahire, Mahomet, Méiopc et \c Siècle de Louis XIV. Ces ouvrages et surtout ces pamphlets, les épîtres railleuses qu'il y joignait, étaient souvent poursuivis par la justice. A chaque nouvelle persécution, Voltaire disparaissait habilement. Quelques ouvrages de circonstance le rapprochèrent du roi Louis XV, qui lui était naturellement hostile. Auprès du souverain il avait un protecteur puissant, le «lue de Richelieu, qui lui fit commander la Princesse de Mararre pour le mariage du Dauphin, le Poème de Fontenoy, le Temple de la Gloire, un opéra de courtisan. Madame de Pompadour fut encore pour Voltaire une protectrice des plus actives, sinon des plus avouables.
Ce fut la favorite qui aida Voltaire à forcer les portes de l'Académie. Elle lui fit obtenir le brevet d'historiographe de France et une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Les succès tragiques de Voltaire continuaient sans interruption, malgré
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tint; cabale qui lui opposai! les œuvres inégales du dur Crébillon. Il entreprit de refaire le théâtre de son rival, et, avec plus de bonheur, traita à nouveau les mêmes sujets. La froideur toujours persistante du mi de France, la mort subite de madame du Chàlelet, décidèrent Voltaire à accepter les offres souvent renouvelées de Frédéric II, roi de Prusse. Ce prince, l>el esprit et esprit fort, ami des poètes et des philosophes, avait souvent engagé Voltaire à venir se fixer à Berlin.
Un jour on vit arriver à la cour de Frédéric le poêle nomade. Chambellan du roi, admis dans sa familiarité, il jouit de tous les honneurs. Mais là encore il excita des inimitiés ; son caractère moqueur et un peu cruel dans l'épigramme lui suscitait aussi bon nombre de ces haines. Les plaisanteries contre Frédéric, rapportées au souverain, jetèrent du froid entre celui-ci et son hôte. Voltaire fut obligé de se séparer du roi de Prusse. Arrivé à Francfort, il fut rejoint par un envoyé du monarque, eseorlé de soldats, qui l'arrêta pour lui réclamer Yœuvrc de poésie du roi son maître. Il fut gardé à vue, fouillé, maltraité et tenu prisonnier, jusqu'à restitution du volume, qui était resté à Leipzig.
En France, Voltaire comprit que le séjour de Paris lui était devenu impossible. La répugnance de Louis XV à son endroit ne faisait qu'augmenter. Ce fut dommage pour Voltaire. La vie de la capitale l'aurait astreint à de certaines convenances dont il s'affranchit complètement. Son scepticisme devint l'impiété la plus violente. A partir de ce moment, ses attaques contre le christianisme prennent un caractère haineux et systématique, il y entre de la mauvaise foi, de l'injustice, de l'inintelligence des grandeurs poétiques et des réels bienfaits du christianisme et même des autres religions, que Voltaire confondait dans son hostilité méprisante.
Voltaire s'établit à Ferney. Ka résidence fut bientôt fréquentée par l'élite des grands seigneurs, des savants, des hommes d'État, des poètes. H y exerçait la plus brillante hospitalité, et, au milieu des fêles et des plaisirs, il travaillait sans relâche. A ses ouvrages et à ses pamphlets se joignait une improvisation intarissable de petits vers et de lettres qui sont d'une perfection incomparable. Il composait aussi à loisir un poème immoral qui n'est qu'un long outrage à la mé-
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moire do la libératrice de la France, île eelle Jeanne «l'Arc saluée par la religion, le patriotisme el la poésie. Il soutenait en même temps une polémique cruelle et meurtrière» contre ses ennemis, souvent méprisables, il faut le dire, el indignes de soutenir les causes respectables qu'ils défendaient contre lui. Il écrjvit à l'adresse de Fréron sa comédie diffamatoire de ï Ecossaise. 11 accabla à outrance Jean-Jacques Rousseau, contre lequel il laissa couler de sa veine bilieuse les vers de la Guerre de Genève. Successivement il écrivait V Essai sur les mœurs, grand ouvrage d'histoire universelle où le moyen âge est plutôt défiguré que peint, où les origines du christianisme sont altérées par la calomnie, l' Histoire de Pien e le Grand, ['Histoire du Parlement de Paris. Tous ces ouvrages, ainsi que Y Histoire de Charles XII et le Siècle de Louis XIV, malgré leurs défauts incontestables, servirent beaucoup au progrès des études historiques. Voltaire est, pour ainsi dire, le créateur de l'histoire en France. Son théâtre ne lui a guère survécu. L'entente de la scène, l'innovation fréquente, ne su misent pas pour faire admettre l'enflure ou la faiblesse alternative du style de ces pamphlets mal rimés. Ses comédies n'ont pas survécu; de ses tragédies il ne reste que des morceaux et des titres. Ses romans, Candide, Zadig, etc., sont, avec sa correspondance, les œuvres les plus durables de ce fécond génie qui couvrit plus d'étendue qu'il n'en occujmi réellement.
Voltaire ne revint à Paris que vers la fin de sa vie, jwur èlre le héros d'un triomphe et d'une sorte d'apothéose anticipée. On lui envoya des députations; la foule escortait sa voiture. On applaudit avec transport la dernière et la plus faible de ses tragédies, Irène. Il fut reconduit dans son hôtel comme un triomphateur romain. Mais les fatigues de ces derniers temps, l'épuisement de sa constitution, déterminèrent peu de temps après chez Voltaire une maladie qui l'cmporla à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. On refusa la sépulture ecclésiastique à ce corps qui devait èlre porté au Panthéon dès le lendemain de la Révolution française. Homme multiple et infini, Voltaire avait fait beaucoup de mal; mais on ne saurait contester à ce fatal génie la part de bien qui se trouve dans son existence. Si l'amour de Dieu et même le sentiment des choses divines lui mau»
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qua, ii eut souvent au plus haut degré l'amour de l'humanité. Il fit beaucoup pour ses vassaux de Ferncy. Sa bienfaisance s'étendit sur tout le pays. Ses efforts généreux en faveur de la famille de Calas injustement condamnée, la défense de Sirven, la protection qu'il accorda à la petite-nièce de Corneille, et toutes les idées généreuscs, tous les plans de réformes salutaires qu'il eut dans la tôle, qu'il mit sur le papier et qu'il propagea dans l'Europe, tout cela doit compter à l'honneur de cet homme, contre lequel il faut s'armer de justice et de sévérité, en écartant ce triste auxiliaire de la calomnie dont il a fait tant de fois un si lamentable usage. Pour l'ennemi du christianisme ne soyons pas avare de nos blâmes ; accordons les louanges qu'il mérite à l'ancêtre de 89.
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