‹ Les célebrités françaisesChapitre 155 sur 208 · B2 BUFFON · texte numérisé non relu

B2 BUFFON

Pour comprendre l'étendue cl les difficultés do ce travail, il faut songer que Buffon y consacra cinquante ans de sa vie, et que, malgré les additions faites par Laeépède en ce qui concerne les cétacés, les reptiles et les poissons, il est resté la lacune des animaux sans vertèbres et des végétaux.

Cet illustre auteur eut la joie de goûter pleinement sa gloire : les savants lui prodiguèrent leurs hommages, les souverains lui donnèrent à l'envi des preuves de considération ; Louis XV érigea en comté sa terre de Ruflbn ; une statue même lui fut dressée de son vivant, par les soins de M. d'Àngcvilliers, surintendant des bâtiments, à l'entrée du cabinet du roi, avec cette inscription : Majextati naturœ par inqcnium1.

Les beautés de son style sont restées : la grandeur des images, l'élévation de la pensée, séduiront toujours; mais la science a fait depuis de tels progrès, qu'on a dû reléguer au rang des fables les systèmes de Buffon sur la théorie de la terre, sur cette comète qui enlève des parties du soleil, sur ces planètes vitrifiées et incandescentes qui se refroidissent par degrés. Cependant Buffon a eu le mérite de faire sentir qu'une foule de changements ont dû précéder l'état actuel du gloDe. Il les devina plutôt qu'il n'en saisit les traces; mais c'était beaucoup d'avoir le premier mis le pied dans celte voie.

On peut dire que, par les soins multipliés qu'il donna au grand établissement confié à ses soins, il a créé la splendeur qu'on y admire aujourd'hui. Ce n'était que par le travail qu'il se reposait du travail. Les cabales de cour le laissaient indifférent, et il ne s'attardait pas à répondre aux critiques. Sa longue existence, qui se termina à Paris le 10 avril 1780, fut donc calme et heureuse.

Telle ne fut pas la destinée du lils de Buffon, colonel de cavalerie . ce jeune homme péril sur lechafaud révolutionnaire. L'infortuné s'imaginait désarmer ses bourreaux en criant : « Je suis le lils de Buffon 1 » Un terroriste répondit : «Qu'est-ce que ça nous fait que lu sois le fils d'un bouffon? » En ce temps-là le rire et les larmes se confondaient.

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