ROLLIN
limier de l'occuper qu'à titre de survivance et sans émoluments.
En 1094, il fut nommé au rectorat. Son zèle grandit, s'il était possible, avec ses devoirs ; il visitait les collèges, révisait les règlements, défendait les privilèges du corps enseignant, étudiait dans les moindres détails tous les besoins et tous les progrès. La nuit même n'interrompait point pour lui l'œuvre du bien. Rollin faisait pour la jeunesse les livres les plus saints, les plus savants à la fois, résumé des grandes idées d'un esprit éclairé et des belles pensées d'une âme honnête; il écrivait le Traité des élude*, qui sera le guide éternel des maîtres et la lumière des élèves. Il élevait cet immense monument «le V Histoire ancienne, qui exigea tant de savoir, de patience et d'ardeur. Il est vrai que Rollin ne compta jamais avec sa peine.
La voix autorisée de Chateaubriand a loué ainsi le bon recteur : « La narration du vertueux Rollin est pleine, simple et tranquille, et le christianisme, attendrissant sa plume, lui a donné quelque chose qui remue les entrailles. Nous ne connaissons pas d'ouvrage qui repose plus doucement l'âme. Rollin a répandu sur les crimes des hommes le calme d'une conscience sans reproche... »
Après l'exercice de son rectorat, il reçut brusquement l'ordre de quitter le collège de Beauvais ; on le punissait de ses tendances jansénistes. Qu'importe ! Rollin n'avait pas besoin de dignités, il les portait toutes en lui; ni de gros traitements, car, avec trois mille livres de revenu, il trouvait moyen de faire de larges aumônes. Les plus honorables amitiés le suivirent dans la modeste retraite qu'il s'élail choisie rue Neuve-Saint-Étienne, où il recevait à sa table frugale, et sous l'ombrage de ses deux arbres, des hommes tels que d'Aguesseau, Boileau, le Nain de Tillemont, Jean Racine, qui lui confia l'éducation de son fils, Jean-Baptiste Rousseau, qui eût dû apprendre de lui la douceur et le pardon des injures. Qu'on juge, en effet, de l'humeur inoffensive de Rollin : un critique nommé Gibert ayant publié contre le Traité des études un volume de cinq cents pages acrimonieuses, Rollin ne conserva le souvenir de cet homme que pour lui offrir, en 1740, son crédit et sa bourse, en apprenant qu'il avait encouru la disgrâce et l'exil.
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SÊDAINE 365
Quoique aucun discours n'ait été prononcé sur sa tombe lorsqo il cul achevé, en 1741, sa quatre-vingt-unième année, la voix de la postérité l'a vengé de ce silence politique. Rollin est devenu l'objet de la vénération générale; Louis XVI, qui se connaissait bien en vertus et en mérites, ordonna que la statue de Rollin fût placée parmi celles des grands hommes du siècle de Louis XIV. Le digne souverain ne se trompait pas : c'est être un grand homme que de bien préparer les générations qui doivent faire la force et la splendeur de la patrie.