‹ Les célebrités françaisesChapitre 16 sur 208 · GUILLAUME LE CONQUÉRANT · texte numérisé non relu

GUILLAUME LE CONQUÉRANT

liles règlements, et dans le nombre nous rangerons la Trêve de Dieu et le Couvre-feu. Mais l'événement le plus important de sa vie allait se produire par la mort du roi Edward d'Angleterre.

En 1065, Harold, grand sénéchal, fut envoyé à Guillaume par Edward, qui l'avait désigné \wur son successeur. Harold fut accueilli ainsi que devait 1 être le porteur d'une aussi bonne nouvelle, promené de féte en fête, armé chevalier par le duc ; et dans le grand conseil des hauts hert ou barons, il jura sur les saintes reliques d'aider Guillaume de tout son pouvoir à ceindre la couronne d'Angleterre.

Le moment venu, Harold oublia son serment et prit pour luimême cette couronne.

Guillaume, malgré son indignation, se donna le temps de sonder le terrain. Il s'assura prudemment de l'appui du Saint-Père qui lui envoya un étendard bénit ; puis, malgré le mauvais vouloir de Philippe de France et le refus de participation de ses principaux voisins, il trouva moyen de réunir, à l'embouchure de la Dive, une armée- de cinquante mille combattants et une flotte considérable. Malhilde eut la régence du duché: on conserve précieusement à Bayeux la tapisserie qu'elle fit de ses royales mains, pour tromj>er l'ennui de l'absence.

L'armée normande pssa la mer dans la nuit de la féte de saint Michel, et le lendemain 29 septembre 1000, Guillaume aborda sans résistance dans le comté deSussex. On rapporte qu'en descendant de son vaisseau il (il un faux |>as et tomba. — Mauvais présage!... murmurait-on déjà. — Parla splendeur de Dieu, s'écria-t-il, vous ne voyez donc pas que je prends possession de l'Angleterre !

On sait aussi qu'il lit mettre le feu à sa flotte afin de ne pas laisser à ses soldats d'autre alternative que la victoire ou la mort.

Harold refusa le combat singulier offert par Guillaume, selon les mœurs du temps. Il résolut de livrer bataille dès le lendemain.

Les deux armées se préparèrent à la lutte : les Anglais, par l'orgie ; lis Normands, parla prière.

Au point du jour, les Normands s'élancèrent au cri de : Dieu aide! Noslre Dame! Dieu aide! Ihs Anglais, en criant : Sainte croix de IHeu toul-pumant !

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Un moment, la bataille fnl perdue pour les Normands; mais Gnillanmc, qu'on croyait mort, jeta son casque au loin et barra le passage aux fuyards en criant : « Me voilà ! me voilà ! » Il avait gagné un royaume et fondé sa dynastie à Haslings.

Au bout de peu de jours Londres se rendait, et le prudent Guillaume, avant de se basarder à l'habiter, y faisait construire la fameuse Tour où ont gémi tant d'illustres prisonniers.

L'impartiale vérité dira (pie Guillaume se souvint trop bien des usages jadis en honneur chez ses ancêtres" Scandinaves , et qu'il dépouilla sans pitié ni merci les malheureux Saxons vaincus pour enrichir les aventuriers qui l'avaient suivi. Un seul chevalier nommé Guilberteut la générosité et le courage de refuser sa part du butin; il répondit que son modeste héritage lui suffisait, et qu'il ne voulait faire tort à personne.

Plusieurs années se passèrent pour Guillaume à étouffer les séditions, à comprimer le mécontentement des provinces et à combatli-o les Écossais et les Danois qui prêtaient appui à la révolte. Maître enfin rie l'Angleterre, Guillaume la divisa en baronnies, et lit rédiger le livre authentique conservé jusqu'à nos jours et nommé Hôle royal.

Ce n'était pas de sa conquête, mais de la Normandie même (pie devaient venir les chagrins qui empoisonnèrent la lin de sa vie si brillante. Son filsainé Robert, Courte-Heuse, avide de plaisir et de domination, réclama une part des Étals paternels, se. mit en révolte ouverte et erra pendant cinq ans à l'étranger, vivant des secours que sa mère lui faisait passer en cachette. Celte désunion du père et du fils navra tellement le cœur de Malhildc, (pie la pauvre duchesse y prit le germe d'une maladie lente qui la conduisit au tombeau où la suivirent les regrets d'un jKMiple entier.

Guillaume lui survécut quatre ans seulement. Personne n'ignore qu'ayant voulu se venger d'une plaisanterie du roi de France il alla briller Manies, et que son cheval effrayé par la vue des flammes et le» cris des combattants, le renversa. Celle chule coûta la vie au conquérant. Parmi les serviteurs de Guillaume, il n'y en eut qu'un seul, llerluin, qui se chargea des funérailles de son maître. Les autres avaient fui. Au moment c,ù l'on allait descendre le corps dans la

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fosse, un bourgeois de Caen lit entendre ta clameur de haro, disant que « cette place avait été celle de la maison de son père, laquelle lui avait été ôtée de force par l'usurpateur Guillaume. » On dut désintéresser immédiatement I*' plaignant. « Ainsi, dit l;i chronique, celui qui avait été prince de tant de villes, de forts et de provinces, eut peine à trouver une sépulture ! »

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