GODEFROI DE BOUILLON
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« Diri el mit! Diei el ro/l/... » C'est à ce cri sublime que toute l'Europe s'était levée pur aller délivrer les chrétiens de terre-sainte opprimés depuis deux siècles par les Sarrasins. La voix éloquente •l'Urbain II, retentissant dans le concile deClermont, avait déterminéla croisade. On vit alors se diriger vers ('.onstanlinoplc tout ce que la chrétienté comptait de braves soldats et de valeureux chevalier*
Parmi ces guerriers, parmi ces souverains qui s'éloignaient suis regret de leurs filats, priant la croix rouge sur lejiaule droite, aucun ne fut aussi grand que le duc de Lorraine, (iodefroi de Bouillon, il capitano, dont le souvenir ouvre si glorieusement le poème de la Jérusalem délivrée. L'ascendant de ses vertus et de ses talents militaires lui assigna, sans qu'il l'eût demandé, le commandement de cette armée si nombreuse et si formidable qu'en la voyant approcher du haut des remparts de Constantinople, Anne Comnènc, la fille de l'empereur Alexis, s'écriait : « Les |M>rtes de l'Occident viennent fie s'ouvrir, vomissant des multitudes qui dépassent le nombre des étoiles du soir et des sables de la mer, el qui descendent vers l'Orient comme îles torrents irrésistibles. »
(iodefroi était né dans un manoir, près de Nivelle. Son père, Euslaehe II, comte de Boulogne, était prince souverain; cl s;i nière
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VHe, la propre sœur de Godefroi le Barbu, duc de Lorraine, descendait de Charlemagnc.
Il n'avait pas atteint l'Age de seize ans, quand son oncle lui laissa l'héritage de Lorraine. C'était une couronne lourde à porter; car il fallut d'abord la défendre, les armes à la main, contre Henri IV, empereur d'Allemagne, lequel revendiquait la Lorraine comme fief relevant de son autorité. Le jeune duc accepta la guerre et la soutint douze ans sans rien abandonner de son bon droit. On montre encore, au pays de Bouillon, les ruines du château où il se mesura vaillamment contre les troupes (le l'Empereur. Réconcilié avec Henri IV qui s'estima heureux d'avoir pour allié un tel adversaire, il le suivit au siège de Rome, el bientôt il planta sa bannière toujours victorieuse sur les remparts de la ville immortelle.
Mais à cette expédition succéda pour lui une maladie grave : en face de la mort, il interrogea sa conscience, se reprocha d'avoir tiré l'épée contre l'église et promit à Dieu de combattre désormais pour la délivrance du Saint-Sépulcre.
Il se mit en marche vers l'Orient, le \ 5 août 1000. Quatre-vingts mille fantassins et dix mille cavaliers le suivaient. Vainement Alexis chercha-t-il à l'arrêter par sa politique astucieuse, à le séduire par des présents magnifiques. Non-seulement il résista aux pièges du despote byzantin, mais encore il y arracha les princes latins dont l'ardeur s'était amollie, au sein d'une cour corrompue.
Quel spectacle pour lui lorsque, traversant les plaines de laBithynie pour aller attaquer Nicée, il retrouva les restes des trois cent mille malheureux qui, comme un trouj>cau sans ordre, s'étaient précipités, à la voix de Pierre l'Hermile ! .. L'ardeur de l'armée se ranima devant ce tableau de deuil. Nicée apparut avec ses fortifications redoutables; Nicée où les Musulmans avaient réuni toutes leurs forces, l ue bataille gagnée sous 1rs murs de cette ville effraya les habitants qui se rendirent, mais qui, séduits par les propositions de Bulumite, officier grec, arborèrent l'étendard d'Alexis sur leurs murailles, au moment où Godefroi allait y planter sa bannière.
L'illustre chef continua sa route en divisant ses forces, circonstance qui faillit perdre les Croisé». Attaqués à l'improviste dans la
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vallée de Gorgoni, Bohêmond, Tancrèile et le duc de Normandie eussent succombé si GodeCroi, arrivant comme la foudre, n'avait arraché la victoire aux Sarrasins auxquels il tua plus de vingt mille hommes.
L'ennemi fuyait; mais, dans sa retraite, il brilla toutes les ressources que pouvait offrir la Phrygie; et lorsqu'à son tour l'armée chrétienne dut traverser ce pays, elle n'y trouva plus que des ruines. Les provisions s'épuisèrent; la faim et la soif exercèrent d'affreux ravages. La douleur de Godefroi n'était comparable qu'à l'étendue de tant de maux :
• Molto solTri net glorioso acïju:stu. »
a dit avec raison le Tasse. Devant Anlioche, les Croisés eurent, durant un siège de plus de six mois, à supporter les tourments réunis de la disette, du froid, de la pesle et de la guerre la plus acharnée. Tout fut surmonté...
» E invaii' l'Infrrno a lui s\)|»jk>s«, e invaiio « S'armii d'Asia o di Liliia il |Mij»nl mislo. »
Jérusalem ! Jérusalem !... enlin lu apparus à Godefroi. « Diexel volt! » s'écria l'armée tout entière; et après avoir baisé la terre que foula le Sauveur, Godefroi et les chefs s'avancèrent, pieds et tête nus, jusqu'au penchant du Cédar et du mont des Olives où ils établirent leur camp.
11 ne fallut pas moins d'un mois pour apprêter les machines de guerre. Avant l'assaut, l'armée lit un jeûne de trois jours. Puis la lutte s'engagea, avec une résistance d'autant plus grande que le nombre des assiégés dépassait de beaucoup celui des assiégeants. Le second jour, les chrétiens commençaient à fléchir quand Godefroi s'élance sur sa tour roulante, la fait toucher aux remparts, abat ceux qui les défendent, arrive à travers les cadavres jusqu'à la jwrte Saint- Etienne, l'enfonce à cou|>s de hache et se précipite dans Jérusalem.
C'était le vendredi 15 juillet 1099, à trois heures du soir, le même jour et à la même heure où Jésus était mort pour racheter le monde.
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I,c carnage des Sarrasins fut terrible. Réunis sous le portique de la mosquée d'Omar, ils tentèrent une résistance inutile. Au dire des chroniqueurs, les chevaux avaient du sang jusqu'au poitrail. Godefroi essaya d'arrêter le masstere; voyant que ses ordres étaient méconnus et que la fureur du soldat ne tomberait pas tant qu'il resterait un ennemi debout, le pieux capitaine ne songea plus qu'à rendre grâces à Dieu de sa victoire. Suivi seulement de trois serviteurs, il courut à l'église du Saint-Sépulcre, et s'y agenouilla devant le Maître de toutes choses. VaîI exemple fut puissant à apaiser la fureur des Croisés : un moment après, tous jetaient leurs armes ensanglantées et partageaient la prière de Godcfroi comme .ils avaient partagé ses l'alignes.
Celui qui avait pris Jérusalem en devint le roi. Un diadème lui fut apporté dans si tente; mais il refusa de l'accepter, disant qu'il ne devait jkis ceindre une couronne d'or là où Jésus-Christ avait eu au front une couronne d'épines.
Après la victoire d'Ascalon qui fut son dernier exploit, il renvoya en Europe, ceux des soldats qui ne lui étaient plus nécessaires, et, en compagnie de Tanerèdeet de trois cents chevaliers qu'il garda, il (Ktursuivit dans la Palestine entière son œuvre de régénération.
Une mort prématurée l'enleva à l'amour de ses sujets. Un prétend «pie, dans une entrevue avec l'émir deCésarér, il fut empoisonné par un fruit que celui-ci lui présenta. Uuclle qu'ail été la cause de celte lin enveloppée de mystère, on ne peut, sans regret, songer que Code (roi n'eut pas le temps de se montrer aussi grand roi qu'il avait été grand guerrier.
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