JEAN-1UPTISTE DR LA SALLE
ses jeunes frères et de l'arrangement des affaires domestiques. Le fardeau était lourd, mais ne l'effraya point.
Tout jeune encore, il s'était préoccujié au plus haut point de la fondation d'écoles chrétiennes où les enfants des deux sexes fussent séparés, et reçussent une instruction élémentaire suffisante pour le reste de leur vie. Il eut de grands obstacles à combattre avant d'obtenir les lettres {latentes; car, à Reims, Messieurs de Ville craignaient d'augmenter le nombre des communautés. A peine de la Salle eut-il établi l'ordre et la règle dans sa maison, que le monde commença à le censurer; mais il méprisait les censures du inonde. Il lui fallut vaincre la répugnance qu'il éprouvait au fond de l'âme pour vivre avec des gens aussi grossiers que l'étaient les maîtres d'école à cette époque. Mais, les ayant réunis autour de lui, il prit de l'ascendant sur eux et les amena à accepter et aimer le règlement.
Outre Reims, Rethel, (iuise et Lion furent dotés d'écoles. Cependant mille orages grondaient sur la tôle du vertueux instituteur; on lui reprochait surtout de s'être démis de son canonieat, de s'être dépouillé de tout, « afin de se rendre jwrfailement conforme à Celui qui, étant infiniment riche, s'est fait pauvre pour nous. » Les clameurs devinrent bien autrement furieuses quand il eut réglé la forme, l'étoffe, la couleur du costume des Frères, ce costume si simple, si grossier même, tel que nous le voyons encore aujourd'hui. Le peuple insultait les Frères; ils ne pouvaient mettre le pied dehors sans être l'objet de la dérision générale. Leur fondateur n'était pas plus à l'abri que les autres; et il ne recevait pour récompense que les insultes de ceux qu'il avait nourris de son pain.
Depuis ce moment, sa vie ne fut qu'une lutte pour la propagation de son institut; il réussit à établir un noviciat à Vaugifard; ce fut là qu'il rédigea ses règles. Le nombre des disciples croissait de jour en jour malgré la pauvreté, malgré les persécutions, malgré la misère des temps. Calais, Troyes, Avignon et une quantité d'autres villes reçurent les instituteurs nouveaux. Ce qu'il y a de particulier, c'est que jamais homme ne fut plus méconnu, plus calomnié que Jean- Daptistc de la Salle; que plusieurs fois il vit son œuvre près de crouler; que ses pouvoirs lui furent plusieurs fois retirés, et que la persé-
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cution le poursuivit même jusqu'à sa mort, qui fut admirable de recueillement. Avant d'expirer, Jean-Baptiste de la Salle avait donné à ses Frères des enseignements, des conseils, qui sont encore des lois pour eux.
G4t homme, qui fut sans cesse humilié, blAmé, contredit, Irailé d'orgueilleux, eut l'âme la plus simple, la plus droile, la plus humble. Son œuvre a réussi au prix de quarante années de travaux, de peines, d'alarmes continuelles, qu'il a terminées comme il les avait commencées, dans l'ignominie.
Mais, comme si le succès n'avait pu venir qu'après la mort du saint fondateur, l'institut obtint presqu'en même temps du roi Louis XV des lettres patentes, et de Benoit Xlll une bulle d'approbation de ses règles et d'érection de sa société en Ordre religieux.
Dire aujourd'hui ce que sont les Ecoles chrétiennes, ce serait proclamer un fait qui frappe tous les yeux ; les Frères dépassent le nombre de cinq mille, et ils sont loin de pouvoir suffire aux besoins des peuples qui invoquent leur concours charitable.
Jean-Baptiste de la Salle a légué aux siècles un immortel héritage de vertu et de civilisation. Partout où il y aura un Frère de la Doctrine chrétienne et une Sœur de Saint-Vincent de Paul, il y aura un principe social.