‹ Les célebrités françaisesChapitre 163 sur 208 · PARU ENTIER · texte numérisé non relu

PARU ENTIER

ignorent le nom do ce philanthrope! On s'exerce à loger dans sa mémoire des listes de batailles et des souvenirs de massacre, et l'on reste indifférent pour des découvertes qui peuvent, à certains jours, sauver tout un peuple.

Ce fut au fond d'une prison que Parmentier conçut la première pensée du bienfait qui devait l'immortaliser et qui, à Athènes, eût fait de lui un demi-dieu. En 1 757, la guerre de Hanovre ayant éclaté, le jeune Parmentier, qui était arrivé rapidement au grade de pharmacien en second dans l'armée, se fit distinguer non-seulement par l'habileté qu'il apportait dans ses fonctions, mais encore par l'intrépidité dont il donna des preuves éclatantes lors d'une épidémie qui lit de grands ravages. Ce n'était pas seulement dans les hôpitaux, face à face avec la fièvre et le typhus, qu'il s'exposait ; sans doute il allait sur les champs de bataille, devançant Larrcy, relever les blessés et leur adminislrer des secours immédiats, sous le feu même de l'ennemi. Autrement, il serait difficile de comprendre qu'il eût été cinq fois fait prisonnier. Nous l'avons dit, c'est pendant une captivité militaire que Parmentier, réduit à la modeste ration des prisonniers, au lieu de s'indigner contre son frugal régime de pommes de terre, se prit philosophiquement à réfléchir sur la nature et l'utilité du solanum tuberosum, qui, transporté du Pérou en Europe dès les premières années du seizième siècle, avait été loin de partager la fortune immense du tabac et du café. Vainement Turgot, le grand économiste, chercha-t-il de son côté à propager en France celle plante essentielle: la routine et l'ignorance, qui toujours ont régné despotiquement dans notre pays, repoussaient la pomme de terre, In regardaient comme malsaine el l'abandonnaient aux plus vils animaux. Et quand on pense qu'une ressource si utile était négligée à une époque où, faute d'un bon système de circulation de grains, il y avait de fréquentes et épouvantables disettes ! Qui ne se rappelle ces malheureux paysans, sous Louis XIV, dévorant un pain de paille hachée et de terre, el n'en ayant même pas assez pour s'empêcher de mourir? Les longues misères du peuple, sans faire excuser les crimes de la [{évolution, peuvent jusqu'à un certain point les faire comprendre.

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