PARMENTIER
Parmcntier avait ce génie pratique qui permet de deviner les ressources de l'avenir. Une fois qu'il eut son but devant les yeux, recherches, travaux, sollicitations, et même jusqu'à d'innocents artifices, rien ne coûta à cet homme ardent et infatigable pour le bien. Un trait seulement : dès trois heures du malin, il se mettait à travailler dans sa pharmacie de l'hôtel des Invalides, afin d'être plus libre dans la journée de courir chez les personnages puissants et d'obtenir leur protection en faveur de son œuvre favorite.
Toutle mondea entendu parler de la concession qui lui fut faite de cinquante arpents stériles dans la plaine des Sablons; il va sans dire qu'il y planta de la pomme de terre. Chacun de bafouer le bonhomme qui espère faire sortir l'abondance de ces sables; mais voilà que les liges paraissent, que les fleurs se forment et que les dociles tubercules vont atteindre leur maturité. Louis XVI, ce roi plus progressif qu'on n'a bien voulu le dire, daigna accepter dans une réception solennelle un bouquet de ces fleurs et le mit à sa boutonnière. Aussitôt les courtisans ne voulurent plus porter que des fleurs de tolanum.
Mais ce n'était pas assez que les tubercules fussent populaires à la cour, il fallait qu'ils devinssent populaires chez le peuple. On plaça des sentinelles autour du champ d'essai. Cette précaution ne manqua pas d'exciter la curiosité et la convoitise de la foule. — « On vient la nuit voler vos pommes de terre, dit-on en toute hAtcà Parmentier. — On les vole? le succès est assuré! » s'écria le philanthrope, qui, dans sa joie, donna une gratification au porteur de cette bonne nouvelle. Ce ne fut pas tout : il voulut que les savants, ayant à leur tète Franklin et Lavoisier, prissent part à un repas splendide où la pomme de terre, déguisée sous toutes les formes, fournit seule la substance de tous les mets, jusqu'aux liqueurs, qui avaient été ex- Iraites par la distillation de la glucose.
Nous n enumérerons pas les nombreux Mémoires que Parmentier écrivit sur les méthodes alimentaires. Les hommes de la Révolution ne comprirent pas qu'en restant étranger aux discussions politiques il se tenait modestement dans un rôle plus utile. On commença par se méfier de lui; on le priva de son logement aux Invalides, on lui enleva sa pension. « Ne nous parlez pas de ce Parmentier, s'écriait
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un orateur de club, il ne nous ferait manger que des pommes de terre; c'est lui qui les a inventées. » Mais le jour vint où l'on fut trop heureux d'utiliser cet homme mis d'abord au nombre «les suaprclx.
I.e gouvernement lui confia le soin de réorganiser le service pharmaceutique des armées, d'améliorer le pain des soldats et le biscuil des marins. Il régénéra les hôpitaux de Marscille.se rendit indispensable dans les conseils de salubrité et fut utile jusqu'à son dernier jour.
François de NcufchAteau avait proposé d adopter et de populariser le nom de parinenlihe, en souvenir du bienfaiteur; mais celle pensée de justice n'a pas prévalu; et, de même que l'Amérique n'a pas élé baptisée par Christophe Colomb, qui l'a découverte, de même la |>omme de terre n'a pas reçu ce nom patronymique, dont elle eûl du dire parée
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