GILBERT
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Un jeune homme, né au village de Fonlenoi-le-Chàleau, près Nancy, fils de simples cultivaleurs, élevé avec le plus grand soin, s'est imaginé que s'il réunit quelques essais poétiques, premiers jets de son imagination sans expérience, et les portes» Paris, il trouvera tout de suite des amis, des protecteurs, la gloire et la forlunc.
Conduit par ces illusions comme tant d'autres qui l'ont devancé, il part, cl le voilà dans cet océan d'hommes qui s'appelle la capitale. Il avait des recommandations pour quelques écrivains en crédit, entre autres pour d'Alembert. 1^ philosophe pouvait lui procurer une place de précepteur; il la lui promit en effet et y mit de pré férence un de ses amis. De là l'irritation du jeune poète contre ce d'Alemberl,
chancelier du Pnniiis»1,
Oui sp croit un grand homme et lit une préface.
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Mais, hélas! n'est-ce pas l'histoire de tous les lemps; el aujourd'hui encore agit-on avec beaucoup plus de cérémonie à l'égard des nouveaux venus qui disent : «J'ai quelque chose là!... Écoutez-moi, jugez-moi ! »
Ce poêle, qui du reste n'eût pu, par ses premiers essais, donner la véritable mesure de son talent, s'appelait Gilbert.
Son nom et sa fin déplorable sont devenus une sorte de plaidoyer perpétuel contre l'égoïsme de la société d'autrefois. Qu'est-ce à dire cependant? Le dix-neuvième siècle n'a-t-il pas eu son Hégésippe Moreau ?
(iilberl, du moins, trouva des prolecteurs en Baculard d'Arnaud, Fréron, l'abbé G rosier, el obtint, par la bienveillante recommandalion de M. de Beaumont, archevêque de Paris, une pension donl il jouit jusqu'à sa mort.
Le tort de Gilbert, il faut le reconnaître, fut de ne savoir pas attendre, de vouloir avancer l'heure de la renommés, et de trop s'inquiéter du dédain des hommes à la mode, c'est-à-dire des philosophes. Il est évident que des philosophes n'aiment jamais à partager le gâteau.
Il essaya du concours de l'Académie française par l'envoi de son épîiresur le Poêle malheureux. L'épîlre échoua complètement, el la Harpe ne lui a point ménagé sa critique haineuse. Gilbert éprouva semblable échec auprès des mômes juges pour son ode sur le Jugement dernier. C'en était trop, il prit en main le fouet de la satire; n'ayant pu se créer la sympathie, il sema la haine. La haine n'est jamais lente à répondre.
Le Dix-huitième Siècle parut (m 1775). Cette satire, dédiée à Fréron, ressuscitait les accents dcJuvénal; elle dépassait les plus grandes hanliessesdeBoileau;elle nommait tout le monde; elle déracinait les plus hautes réputations; elle montait même jusqu'à Voltaire. Il n'y eut qu'un cri, surtout après que la deuxième satire (Mon Apologie) eut paru. Ce fut une pluie de libelles et de critiques; et, par malheur, Gilbert, qui savait attaquer si vivement les aulres, ne supportait pas patiemment les attaques qu'on lui faisait subir.
Une circonstance cruelle vint achever de déranger sa raison déjà