L'ABBÉ DE SAINT-MER HE
lement que plusieurs de ses idées ont été mises à exécution. Son projet d'une Diète européenne qui aurait connu des différends entre les peuples n'était pas si fort à mépriser; et c'est peut-être le seul moyen qui puisse mettre fin, parmi les chrétiens, à cette chose abo minable qui s'appelle la guerre.
Ce qui a nui beaucoup à la vulgarisation des ouvrages de l'abbé de Saint-Pierre, ç'a été l'orthographe bizarre, — barbare môme, — dont il s'est plu à les affubler, quoique son titre d'académicien dût lui interdire une innovation de ce genre. En voici un échantillon tiré du Recueil de vérités morales et politiques ' ;
« Le bon Ciloïen est un homme que toute Société dezireroit pour membre, si l'on conoissoit ses talans et ses bones inlansions. Non seulement il est juste, il cherche à randre aux autres tout ce qu'il leur doit, et à ne leur demander que ce qu'ils lui doivent, mais il est bon ou bienfaizant, c'est-à-dire qu'il cherche à leur doner plus qu'il ne leur doit, et à leur demander moins qu'ils ne lui doivent. Il regarde la Tranquilité Publique comme la baze de la Félicité du Peuple. Ainsi il craint surtout les divizions cl les partis qui peuvent diminuer cète Tranquilité. »
11 y a une vingtaine de volume» ainsi orthographiés; jugez si la lecture en est possible. D'ailleurs, l'ardeur même avec laquelle l'abbé de Saint-Pierre abordait toutes les questions du moment a enlevé à ses traités presque tout leur intérêt, car c'étaient des actualités qui sont devenues des vieilleries. Il ne serait cependant pas impossible de tirer quelques idées utiles et pratiques de cej fatras suranné et indigeste; et, encore bien que les « om rajes » de l'abbé de Saint- Pierre soient tombés au rang de simple curiosité, la mémoire de leur auteur est restée comme l'emblème des convictions loyales et généreuses. Écoutons, à son sujet, Jean-Jacques Rousseau :
« C'était, dit-il, un homme rare, l'honneur de son siècle cl de son espèce, et le seul peut-être, depuis l'existence du genre humain, qui n'eût d'autre parti que celui de la raison. »
« Tome X', édition de Rotterdnin.