A BAI LARD
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Au moment mémo où, docile à l'appel passionné de Pierre l'Hormile, l'esprit religieux prenait son plus grand essor, au moment où la croix allait enti-ainer Ira nations sur la route sanglante des connûtes lointaines ctjes guider par la grande lumière de la foi, l'espril d'examen allait se manifester, lui aussi.
Abailard avait quille Nantes et parcourait la France, engageaul des passes d'armes de scolastique. Par une élrange conlradietion, l'émancipation de la |>eiisée, la jR-rilleuse souverainelé de la raison datent du joui- mémo où le catholicisme déploya le plus largeinenl ses ailes.
Sa naissance noble appelait naturellement Abailard à porter la cuirasse et l'éjiée: mais la philosophie lui plut bien davantage (pie la gloire militaire, la dispute des mots que le bruit des clairons et le choc des armes. A seize ans, il avait achevé ses études. Lorsqu'on 1 100 il arriva à Paris, tout y retentissait de la querelle des rénlixtcx et des nominaux. L'ascendant de Guillaume de Chanqioaux sur les écoles donnait l'avantage au réalisme. Abailard, pour connaître à fond Ira principes de ce maître, se déclara son disciple ;^>uis il se mil à le harceler si bien que, de discussion en discussion, Ira deux docteurs devinrent ennemis jurés. Sans se laisser intimider par l'âge et l'autorité de son adversaire, Abailard alla fonder à Melun, alors résidence royale, une école qui attira bientôt la foule. Il la rapprocha successivement par étapes, et finit par l'installer sur la montagne Sainte-Geneviève. Guillaume de Cham|>oaux qui s'était retiré à l'abbaye de Saint- Victor, était obligé d'en sortir quelquefois, comme un vieux lion forcé dans sa tanière, pour livrer de nouveaux combats.
De fait, Abailard ne se prononçait pas et il voulait jouer le rôle de médiateur entre les réalistes et les nominaux : il les mit également
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contre lui. Si la jeunesse, la même dans tous les pays, l'adopta avec un tel enthousiasme, ce fut à cause de l'éclat et de la nouveauté de sa parole. Nous aimons à penser que les auditeurs d'Abailard ne soujrçonnaienl pas le péril de ses doctrines.
Cependant le jeune dialecticien se sentait tourmenté du besoin d'ébranler une autre réputation. Il se présenta pour suivre l'école de théologie chez Anselme, qui alors brillait à Laon Anselme ne tarda pas à éprouver les mêmes railleries, à recevoir les mêmes défis que Guillaume de Champcaux. Le vainqueur s'en revint à Paris reprendre son enseignement, et il vit affluer autour de lui des élèves accourus de toutes les parties de la France et même de l'étranger.
Jusqu'ici Abailard n'avait connu que les triomphes : il était jeune, beau, éloquent, téméraire; à la science il joignait le don de la poésie et la connaissance de la musique. Mais ses erreurs contre la doctrine de l'Église, ses défis si nombreux jwrtés aux hommes les plus doctes, les plus vénérés, mirent enfin l'opinion contre lui.
Abailard se relira à l'abbaye de Saint-Denis où, à la suite de débals comme il en faisait naître partout, il fut enfermé par mesure de discipline. Il fallut la généreuse intervention de Suger pour lui faire rendre la liberté. Au sortir de l'abbaye, le docteur ouvrit *ine nouvelle école, où il entreprit, — quelle témérité ! — l'explication rationaliste des mystères de la religion. Deux théologiens, anciens élèves d'Anselme, qui désiraient venger leur maître, Albéric de Reims et Lot 11 1 plie de N'ovare, firent citer l'audacieux novateur devant un synode assemblé^ Soissons. Condamné à l'unanimité, Abailard dut faire amende honorable, livrer lui-même aux flammes son traité de l' Introduction à la théologie; et on l'enferma dans le couvent de Sainl-Médard où il eût passé le reste de ses jours sans l'intervention toute bienveillante du légat.
Dégoûté du monde, effrayé du bruit, Abailard conçut le dessein de se vouer à la solitude. Il chercha sa Thébaïde sur les bords de l'Arduzon, dans un val désert, non loin de Nogent-sur-Seine. A l'instar des anciens anachorètes, il se construisit une hutte de joncs couverte de chaume. Y avait-il une solitude possible pour un homme aussi remuant? A peine le secret de sa retraite fut-il connu, qu'une
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foule de jeunes gens désertèrent les écoles de Pu ris et de Reims, et vinrent en ce lieu sauvage s'exposer aux plus rudes privations pour se nourrir de l'éloquente parole de ce maître. Bientôt des bâtiments s'élevèrent; un oratoire fut érigé et dédié au Saint-Esprit, sous le nom de Poraclet. On s'émut de celle dédicace dans l'enceinte de Clairvaux, où dominait saint Bernard. Ahailard, qui était devenu extrêmement ombrageux, vil dans l'opposition de l'abbé de Clairvaux un caractère de haine qu'elle ne pouvait certainement avoir. Il quitta donc brusquement le Paraelet pour aller prendre, en Basse- Bretagne, la direction de l'abbaye «le Saint-Gildas de Ruys. Là encore cet homme, qui ne connaissait pas le repos d'esprit, ne put se mettre en bonne intelligence avec les religieux qui l'entouraient. 11 disparut dans une nouvelle retraite.
En 1150, nous le retrouvons sur cette même montagne Sainte- Geneviève qui avait été le théâtre de ses premiers succès. La foule égarée continue de l'admirer. Cette fois, il rencontra un adversaire vraiment redoutable, saint Bernard, qui après de longues hésitations se décida, en vertu des témérités dont Ahailard se rendait coupable, à le combattre par SCS lettres. L'orgueil entraîna Ahailard à lui porter un défi, à l'appeler au concile de Sens. Saint Bernard ne voulut point livrer les dogmes aux périls d'une controverse: il désigna dans les livres du philosophe les passages contraires à la foi, et lui donna le choix ou de désavouer ces passages ou de rétracter les erreurs signalées, ou enfin de répondre aux preuves tirées des siintes Écritures qu'on lui opposerait. Ahailard refusa le combat, pour n'être pas enfermé, dans le cercle de l'orthodoxie. 11 en appela au saint-siége : mais, à Lyon, il apprit que h; pape Innocent II avait confirmé la condamnation prononcée par le concile. Il ne lui restait plus qu'à se soumettre ; il se retira à Cluny, auprès de Pierre le Vénérable, rétracta ses erreurs, se réconcilia avec saint Bernard, et mourut au bout de deux ans d'une pénitence exemplaire.
Si SAINT BERNARD