LE BAILLI DE SUFFHEN
arrivée à la cote, je me croyais un grand homme et un grand général ; mais vous m'avez éclipsé, vous seul ôles un grand homme. »
Le 25 août, l'escadre mit à la voile pour Trinquemalé. Attaqués à l'improvistc, les Anglais n'attendirent môme pas pour se rendre que la brèche fût pratiquée, et ce fut ainsi que Suffren se rendit maître en cinq jours d'un des plus beaux ports de l'Inde. Le mois suivant, il y eut une bataille navale qui, par suite d'inexécution des ordres et de confusion, ne tourna point à l'avantage des Français. Suffren luttait au centre avec un acharnement sans égal; couvert de feu et de fumée, il ne s'était pas aperçu que les autres vaisseaux ne le secondaient pas. Se croyant abandonné de son escadre, il résolut de s'engloutir sous les ruines de son navire. 11 regarde sa mâture, et s'aperçoit que son pavillon de commandement est tombé. « Des pavillons! s'écrie-l-il ; qu'on apporte des pavillons! » On le voyait furieux, courant sur la dunette, s'offrir en quelque sorte aux boulets. Mais le génie de la France veillait sur lui : enfin les vaisseaux de l'escadre parvinrent à le joindre, et le combat devint égal.
La fin de la campagne se passa pour Suffren à proléger Trinquemalé et à réparer ses navires, qui avaient tant souffert. Le dernier fait d'armes de Suffren fut le plus glorieux de tous : il consisui à forcer les Anglais, qui ne comptaient pas moins de dix-huit voiles, à lever le siège de Gondelour et à accepter un combat où ils n'eurent pas le dessus.
La nouvelle de la paix signée ù Versailles le 9 février 1785 parvint à Suffren le. 25 juillet. Le 26 mars 1784, il rentrait à Toulon, après une absence de trois ans. Ses concitoyens le reçurent avec enthousiasme ; les états de Provence firent frapper une médaille à son effigie. A Versailles, lorsqu'il entra dans la salle des Gardes, le maréchal de Castries, ministre de la marine, dit : « Messieuis, c'est M. de Suffren. » A ces mots, chacun m leva avec empressement et respect. Louis XYI créa une quatrième charge de vice-amiral en sa faveur. Partout la foule saluait Suffren. Mais il eut à peine le temps de jouir de sa popularité : en 1788, une maladie grave enleva à la France cet homme aussi estimable qu'intrépide, qui joignait des connaissances très-étendues à une grande élévation de caractère;
MALESIIERBES