‹ Les célebrités françaisesChapitre 174 sur 208 · JOSEPH VERNET · texte numérisé non relu

JOSEPH VERNET

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Quelque grande qu'ail été l'École française sous Louis XIV, on se tromperait fort en s'imaginanl qu'au dix-huitième siècle il y ait eu eomplèle décadence. Assurément le style cesse d'avoir eetle sévérité, celle majesté d'étiquette qui l'avait mis en harmonie avec les splendeurs de Versailles; mais un charme nouveau apparut dans l'art, désormais réduit à des proportions plus modestes. S'il est vrai qu'il puisse porter l'estampille du siècle où il a fleuri, c'est bien avec . Boucher, Lancret, Watteau, et même Greuze, qu'on peut lire les mœurs des temps de Louis XV et de Louis XVI. L'air galant, dégagé, les rubans, les jupes bouffantes, les bergers coquets, les villageoises d'opéra-comique, les pierrots aux belles façons, les nymphes de trumeau, toute cette paysannerie pimpante, toute cette mythologie fa milière, s'accorde merveilleusement avec les façons de cour qui régnaient alors ; et les petits vers musqués semblent n'avoir été qu'une paraphrase de la petite peinture élégante.

Cependant qu'on se garde bien de mépriser une école qui nous a donné les talents les plus aimables comme les plus variés. Pour prouver qu'elle pouvait être sérieuse à ses jours, nous inscrirons tout d'abord le nom d'un vrai grand peintre, Joseph Vermet, le fondateur de cette dynastie qui aura par trois fois tenu un rang si honorable1.

Lorsque Joseph Vernet parut, Boucher jouissait d'une vogue immense, et il avait malheureusement entraîné à sa suite une foule d'imitateurs maladroits, le sernim peem : il était bien à désirer que surgissent des talents sains et vigoureux pour ramener l'art dans une

1 Nos lecteurs auront nommé déjà Carie et lloracu Ycrnol.

tI4 LUS AUTISTES M DIX-HUITIEME SIÈCLE

direction droite, et tempérer quelque jkiu l'exubérance de la fantaisie. Joseph Vernet accomplit cette œuvre utile. Né à Avignon, il eut |K)iir premier maître son père, Antoine Vernet, qui ne manquait pas d'un certain mérite. Antoine comprit ce que son lil> pourrait devenir, et il eut la sagesse et le courage de se séparer de lui et de s'imposer les plus grands sacrilices pour l'envoyer en Italie Joseph avait dix-huit ans seulement lorsqu'il arriva à Rome. 11 avait fait le voyage }>ar mer, heureuse circonstance, puisqu'elle détermina sa vocation pour la marine! Le jeune homme avait passé toutes les nuits sur le pont à contempler les splendeurs de la Méditerranée; il se promit de les retracer sur la toile, et il se tint parole.

Ce n'est pas que, dans l'atelier de son maître Lucatelli, la vie lui ail été d'abord très-facile : le pauvre Vernet subit des commencements obscurs; il sentit la rude étreinte «le la pauvreté, et il dut céder à vil prix un de ses tableaux, qui, peu d'années après, se vendait mille écus. Mais son ardeur grandissait au milieu même des épreuves. Plusieurs paysagesque Vernet fut chargé de peindre pourlagalerieBorghèse, puis pour IcpalazzoRondanini, et qu'il exécuta dans la manière rude et sauvage de Salvator Rosa, établirent soudain sa réputation.

Libre désormais de suivre les plus fortes études, Vernet parcourut les mers d'Italie et de Grèce, ne se laissant arrêter par aucune difficulté, par aucun péril. En 1743, il était reçu à l'Académie de Saint-Luc et épousait miss Virginia Parker, fille d'un Anglais catholique au service du Saint-Père. 11 y avait vingt-deux ans qu'il habitait l'Italie, et sa réputation avait franchi les Alpes, quand, vaincu par les instances du marquis de Marigny, ce zélé protecteur des arts, il se décida à revenir en France.

Dans sa traversée de Livourne à Marseille, il s'éleva une violente tempête. Les passagers se réfugièrent dans la cale : Vernet refusa de les y suivre; il se fit attacher au pied du grand mat, et là, les yeux fixes, les cheveux au vent, il étudia, calme et intrépide, cette tempête mugissante, ces éclairs, cette foudre qui sillonnait les nues, et ces vagues qui, hautes comme des montagnes, venaient battre le puni de la felouque. A h ! c'était bien le champ de bataille d'un grand peintre de marine !

LES AUTISTES Dt 1H X- H U IT I K M K SIÈCLE

Dès son arrivée en Franco, Vernet fut mandé à Versailles par le roi, qui le til introduire avec le cérémonial en usage |>oiir les ambassadeurs. L'Académie de peinture le reçut avec acclamation. Le marquis de Marigny le chargea de peindre les ports de France. Olte collection, composée de quinze tableaux, coûta dix ans de travail à son auteur. Personne n'a jamais donné à la mer la transparence admirable qu'on remarque dans la vue du Vieux Port de Toulon et celle du Port de la Rochelle.

A partir de 1 70*2, ayant accompli cette lâche laborieuse, il put revenir à ses études favorites ; on jugera de son activité par le chiffre de vingt-cinq tableaux qu'il exposa au Salon de 1705. La reine lui dit gracieusement :

« Monsieur Vernel, je vois bien que c'est vous qui faites toujours ici la pluie et le beau temps. »

Et, par contre, un paysan lui décernait naïvement cet éloge magnifique, devant un lever et un coucher du soleil : « Morgue! c'est ce que je voyons tous les jours dans nos camjwgnes ! »

Impossible ici d'énumérer ses œuvres, si nombreuses et toujours si favorablement accueillies et payées si cher. Vernet n'était heureux «pie le pinceau à la main ; et l'on peut dire qu'il le tenait lorsque la la mort le surprit, à l'âge de soixante-quinze ans. Jamais existence ne fut mieux remplie, plus honorée et suivie de plus de regrets.

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