LANTARA
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Celui-ci prouva, une fois de plus, combien le génie a besoin d'être accompagné de l'ordre dans la conduite, et quel fâcheux usage peuvenl faire de ce don précieux les hommes dont le caractère n'est pas à la hauteur de l'intelligence.
Lanlara était né dans un village. 11 devina l'art, puisque* sansavoir rien vu qui pût guider son inspiration, il dessinait des paysages sur tous les murs des chaumières. Nous ne savons quel peintre de Versailles lui donna des leçons; mais bientôt il n'eut plus rien à ajn prendre de son maître.
• Arsène Houssaye, loc. cit.
Le détail de sa vie nous échappe. Mais on le devine. C'est la même histoire que celle d'Adrien Brauwei ; c'est l'histoire de tous ces vagabonds sublimes qui, sans famille, sans amis, viennent s'établir dans une grande ville, et tantôt travaillent, tantôt se laissent aller au eaprice fainéant de l'imagination. Lan tara eut pour sa meilleure amie la bouteille; il lui parlait trop souvent; quand la nécessité le pressait, il peignait quelque chose, et, sans qu'il s'en doutât, il devenait le rival de Claude Lorrain.
Insouciant comme la Fontaine, il eût eu grand besoin de trouver une madame de la Sablière. Nous y eussions gagné bien des tableaux qui se sont noyés dans le fond du verre. Lantira payait son écot par un croquis que le cabaretier vendait à des amateurs. Qu'importait à Lantara le sort de ses œuvres? la plupart du temps il ne les signait pas. Jamais il ne fut plus malheureux, plus tourmenté, que certain jour où le comte de Caylus lui paya un tableau cent écus ; cette haute fortune lui révéla qu'il pouvait y avoir des voleurs, — chose dont il ne s'était pas encore douté. 11 se hâta de trouver des compagnons pour l'aider à boire cet argent incommode; il en trouva.
Quand il eut trente-trois ans, il s'en alla, sous la conduite de sa muse la misère, mourir à l'hospice de la Charité. Le temps a assigné une grande valeur à sus œuvres.