‹ Les célebrités françaisesChapitre 190 sur 208 · CAItDINAL MAUHV 4tt · texte numérisé non relu

CAItDINAL MAUHV 4tt

Il lie perdait pas de vue l'Académie, et il y envoya, en 1770, un Eloge de Fénelon. La Harpe obtint le prix, et Maury l'accessit. Mais Maury avait su intéresser à lui les académiciens; et, lorsqu'en 177*2 il prêcha devant eux le panégyrique de saint Louis, l'illustre auditoire fut tellement satisfait, qu'il demanda un bénéfice pour le jeune abbé, qui fut nommé par le roi à l'abbaye de Frénade.

En 1785, Maury succédait à Lefranc de Pompignan, et il avait l'art de faire en termes modestes son discours «le réception. Si nous ajoutons que, jxïu de temps après, il perdait son meilleur ami, l'abbé de Boismont, qui lui résignait en mourant son prieuré de Lions, bénéfice de vingt mille livres de rente, on jugera que la fortune lui avait payé largement l'arriéré de son enfance.

Le bailliage de Péronne le nomma député aux états généraux.

Ce n'est point aux débuts de cette assemblée qu'il faut chercher Maury. Il y a plus: une panique inexplicable s'empara de lui; il prit la fuite, fut arrêté à Péronne et obligé de revenir prendre sa place. Mais soudain cet homme, coupable d'une première hésitation, se dessine dans la discussion sur le veto royal'. A partir de ce moment, son courage égale son éloquence. Point de sujet qui ne le trouve prêt, grâce au fond immensede ses connaissances. Le 18 mair 1790, il attaqua vivement Necker; il signala aussi à l'indignation des honnêtes gens les attentats des 5 et G octobre; il défendit la prérogative du roi, de faire la paix et la guerre, combattit la réunion d'Avignon à la France» et soutint les droits du clergé dans les séances mémorables des 17 octobre et 27 novembre 1790. Il protesta enfin, — et c'est son principal titre de gloire, — contre les décrets qui constituaient prisonnier le roi et sa famille. Depuis ce temps, il aborda rarement la tribune, comme s'il avait compris qu'un orateur royaliste n'avait plus que faire de lutter contre un torrent.

Le rôle qu'il avait pris à l'Assemblée n'élait certes pas de nature à le rendre populaire. Aussi Maury, qui ne se faisait aucune illusion sur les sentiments de la multitude à son égaftl, ne marchait-il pas sans avoir en poche une paire de pistolets qu'il appelait ses burettes. LV

• Septembre 178!».

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ni inusité publique n'éclata jamais plus fort contre lui qu'après la discussion sur les assignats; lorsqu'il sortit de l'Assemblée, quelques misérables crièrent : « .4 la lanterne, l'abbé Maury l » Celui-ci, sans s'émouvoir, va droit à eux et leur dit, en les regardant fixement : « Eh bien, le voilà, Vabbé Maury; quand vous le mettriez à la lanterne, en verriez-vou$ plus clair? » Celte saillie désarme la foule; celui qui tout à l'heure était menacé de mort a tous les rieurs de son côlé.

L'abbé Maury avait un organe sonore, une grande facilité de débit; son exorde était toujours lucide; il résumait à merveille les opinions de ses adversaires; mais, si l'on venait à l'interrompre, si des cris violents s'élevaient de toutes parts, alors il se troublait par le désir de répondre à la fois à tous les interrupteurs, il perdait le fil de son discours, et il lui arrivait de conclure dans un sens opposé à ses prémisses.

M. de Pradt a . bien défini Maury et Mirabeau : « Maury eût pu être l'orateur et l'interprète d'un parti; Minibeau en aurait été le créateur et le conducteur. Le premier ne voyait dans les hommes qu'un auditoire; le second ne voyait dans un auditoire que des hommes et des machines de guerre. »

Il y eut un jour où Maury eut la vue plus longue que Mirabeau : ce fut quand il combattit le papier-monnaie en rappelant les funestes effets de la banque de Law. Hien n'est beau comme ce mouvement oratoire qui lui fit tirer de sa poche quelques billets de cette banque, et s'écrier : « Les voilà, ces papiers désastreux, couverts des larmes et du sang du peuple ! les voilà, ces papiers qui doivent être placés comme des fanaux pour marquer les écucils contre lesquels le vaisseau de la patrie peut se briser !... »

On ne l'écouta point; et de nouveau les larmes et le sang coulèrent sur des assignats.

Après la clôture de la session, l'abbé Maury sortit de France. En Belgique, en Allemagne, il reçut l'accueil le plus empressé. A Rome, son entrée ressembla à un triomphe. Pic VI le nomma archevêque de Nicée in parlibm, l'envoya, en qualité de nonce, à Francfort, pour assister à l'élection de François II; puis, à son retour, lui con-

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