LE CARDINAL M AU H Y
fera l'un des meilleurs évèchés d'Italie, Monleliascone et Corneto unis; enfin, comme comble à tant d'honneurs, Maury eut, en 1794, la barrette cardinalice.
Mais, si l'ancien constituant avait fui à temps la Révolution, celleci le poursuivit en Italie. L'entrée des Français à Rome, en 1798, fut le signal de la dispersion du Sacré Collège. Maury avait de bonnes raisons pour ne pas attendre ses compatriotes; il s'enfuit à Venise, et de Venise il ne s'arrêta qu'à Saint-Pétersbourg. A cette honnête distance, il pouvait se croire en sûreté.
Les succès des Russes en Italie l'encouragèrent à revenir à Venise pour le conclave couvert par la mort de Pie VI. A cette époque, Louis XVIU, réfugié, comme on sait, à Mitlau, le nomma son ambassadeur près le Saint-Siège. 11 s'acquitta de ses fonctions avec beaucoup d'ardeur, et ne laissa pas échapper une seule occasion d'écrire contre Bonaparte.
Mais, lorsque Bonaparte s'appela l'empereur Napoléon, Maury, soit qu'il fût fascine par le prestige d'un génie extraordinaire, soit qu'éprouvant le mal du pays, il attendit de la bienveillance «lu nouveau souverain un terme à son long cl pesant exil, écrivit à l'Empereur.
La réponse fut une autorisation de rentrer en France.
Maury y fut comblé de faveurs; il reçut le titre de cardinal français, les fonctions de premier aumônier du roi Jérôme, rentra à l'Académie, et fut, en 1810, nommé par l'Empereur archevêque de Paris, en remplacement du cardinal Fcsch. Ceux qui ont tant reproché à Maury d'avoir accepté ce titre ne s'inquiètent pas d'examiner s'il pouvait le refuser: l'ex-ambassadeur de Louis XVIII avait bien pu croire qu'un empire fondé par tant de victoires et qui faisait trembler l'Europe avait la base la plus solide. Délîons-nous des jugements trop sévères.
Quels qu'aient été les torts de Maury, il les expia cruellement. Banni du royaume en 1814, il reprit lentement la roule d'Italie; à jHiine arrivé à Rome, il fut enfermé au château Saint-Ange : sa captivité dura six mois. Au bout de ce temps, il fut confine dans le couvent des Lazaristes, avec défense de chercher à voir le pape; après six
autres mois, il fut libre, sauf qu'il dut se démettre de son titre épiscopal. Il acheva tristement ses jours eu 1817.
Sun meilleur ouvrage est Y Entai sur Y éloquence de la chaire.
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Celle histoire, qui commence par une idylle et linilpar un drame, est une des plus douloureuses qu'on puisse, raconter, et nous n'en aurions pas assombri ce livre >i notre conscience ne plaçait l'infortunée Marie-Antoinette parmi les plus hautes illustrations de la France.
Oui, de la France : car celte reine fut Française: de cœur et d'esprit, et en mourant elle n'eut pas une parole amère pour sa patrie d'adoption. Elle ne sut que pardonner.
Personne n'ignore que Marie-Antoinette était fille de l'empereur François-Klienne de Lorraine et de Marie-Thérèse, reine de Hongrie et de Bohême, l'héroïque héritière de Charles VI. On prit les plus grands soins de son éducation; elle parlait le français, l'italien et le latin comme sa langue naturelle. Ses augustes parents avaient supprimé l'étiquette dans l'intérieur de leur palais; en France, elle les imita à cet égard, et on lui lit un crime de sou naturel, de même qu'on lui reprocha ses aimables talents. Jamais femme plus charmante ne s'assit sur un tronc, et jamais l'injustice et la haine ne surent mieux empoisonner les actes les plus innocents.
Le mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette fut négocié par le duc de Choiseul. Depuis Strasbourg jusqu'à Compiègne, la princesse traversa la France dans une continuelle ovation. On lui en avait fait un pays de féeries. En se rendant à Versailles, Marie-Antoinette voulut s'arrêter chez les Carmélites de Saint-Denis |iour recevoir la
bénédiction de la princesse Louise, la propre sœur du roi, qui vivait confondue parmi ces religieuses.
Le lendemain, dans la chapelle de Versailles, elle unissait sa destinée à celle de ce prince qui devait être un martyr.
Immédiatement après la cérémonie, le ciel se couvrit de nuages épais, et, dans l'après-midi, deux violents orages obligèrent la foule à se retirer.
Les fêtes de la ville de Paris avaient été fixées au 30 mai l. Date funeste! C'est le 30 mai que la place Louis XV, où devait être tiré le feu d'artifice, devint le théâtre de la plus épouvantable catastrophe. La panique se mit dans la foule... Douze cents personnes périrent là où elles étaient venues chercher un plaisir.
Cependant les Parisiens ne furent pas assez injustes pour imputer aux jeunes princes le malheur qui avait ensanglanté les fêles de leur mariage. Les quatre années que Marie- Antoinette passa comme Dauphinc de France furent les plus'bclles de sa vie. D'innombrables actes de bienfaisance les remplirent, cl l'amour des Français les entoura de transports qui tenaient du délire.
Quand Marie-Antoinette fui sur le trône, elle ne changea ni de manières ni de sentiments : à sa bonté naturelle elle joignit la clémence en s'empressant d'oublier toutes les offenses qu'on pouvait lui avoir faites, renouvelant, sans y songer, la conduite de Louis XII; ménagère de l'argent des sujels, (die renonça au droit connu sous le nom de ceinture de la Ileinc} el toute la part qu'elle prit au pouvoir fut le plaisir de soulager l'infortune. Nous citons un trait au hasard.
« Traversant un jour à pied le village de Saint-Michel, près Versailles, elle vil de loin une femme infirme et fort avancée en âge, qu'entouraient plusieurs petits enfants. Elle s'avança fers cette paysanne, et lui demanda, avec la plus grande bonté, de lui rendre un compte fidèle de sa situation, Elle en apprit qu'elle était l'aïeule el le seul soutien des enfants qui l'environnaient, el que le ciel avait privés de leur père et de leur mère. La reine, émue aux larmes de ce
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récit, do ce spectacle, fit donner ù celte bonne femme une somme d'argent qui put la mettre au-dessus du besoin, et, jetant ensuite des yeux attendris sur le plus jeune de ces enfants, âgé de trois ans, elle l'inonda de ses larmes et voulut lui servir elle-même de mère. Elle ordonna qu'on l'emmenât au château et qu'il fût élevé sous ses yeux. Elle eut en effet pour lui les soins les plus tendres'. »
Les profusions de Marie-Antoinette allèrent loin, c'est vrai; mais elles furent surtout exercées envers les malheureux; car la reine se montrait fort économe à l'égard des personnes de sa cour, jugeant que leur patrimoine et le traitement attaché à leur place devait leur suffire.
Sa haine de l'étiquette- eut peut-être un résultai funeste en servant de modèle à l'aristocratie, qui, avec l'exagération habituelle aux copistes, se mit à se dépouiller du prestige de costumes, de ton et de langage qui servait de barrière entre elle et le bas peuple. On commença à voir les plus grands seigneurs cheminer par les rues, avec d'épaisses chaussures et un gros bâton à la main. C'est par mille détails de ce genre qu'une société se désorganise. Si ce n'eût pas été un parti pris de censurer la jeune reine et de ne lui rien pardonner, on n'eût certes pas songé à incriminer l'innocente familiarité de sa vie au petit Trianon; personne ne l'eût blâmée d'aimer à jouer la comédie, que, par parenthèse, elle jouait fort mal; on se fût rappelé que Louis XIV avait dansé dans les ballets.
La naissance de Madame Royale, puis celle du Dauphin, en 1 78 i , mirent le comble au bonheur de la reine. En cette dernière occasion, la ville de Paris donna des fêtes le 21 janvier. Qui eût pu prédire que celte date serait celle d'une catastrophe? — Pendant le cruel hiver de 1785 à 1784, la conduite du souverain et de sa noble compagne fui réellement admirable.
Mais avons-nous besoin d'insister sur les grâces charmantes, sur la bienfaisance, sur les mille qualités de la reine? Le temps était venu où les esprits égarés ne voyaient plus juste, où la défiance était entrée dans tous les cœurs, où la royauté, représentée par un saint,
< Muntjo\.\ Histoire de Mnnc- Antoinette, lomc I".
allait payer pour 1rs fautes de lous les devanciers. Ce fi.l surtout un malheur que la révolte eût, pour la soutenir, la soudoyer, la guider, un prince qui avait le pied sur les marches du trône.
L'affaire du collier ne fut pas moins déplorable. Des intrigants qui paraissaient agir au nom de la reine s'étaient fait fournir, par deux joailliers de Paris, un collier de diamants estimé seize cent mille francs. Bien que Marie-Antoinette fût complètement étrangère à cette ignoble machination, la calomnie en profita contre elle. Quand les finances de l'État furent embarrassées, on eut l'infamie d'attribuer cette crise à la reine qu'on n'apjielail plus que madame Déficit, en attendant que la Révolution l'appelât Y Autrichienne. Pauvre femme! elle avait le courage de se faire rendre compte, chaque matin, par le lieutenant de police, de tous les libelles outrageants qui paraissaient contre elle, et il faut reconnaître qu'il ne manquait pas alors d'écrivains faméliques pour pratiquer cette lAche méthode d'attaque.
Le ministère Necker, succédant à la déplorable administration de M. deCalonne, la réunion des états généraux, provoquèrent un nouvel ordre de douleurs pour la reine, qui, éprouvée de toute manière, perdit son premier fils à l'âge de neuf ans1.
Les événements révolutionnaires ne doivent pas, autant que possible, trouver leur place dans un livre qui montre la France de tous les siècles grande par ses enfants. Il est des convulsions, des cataclysmes, dont il faut détourner les yeux, quand on n'a pas mission de les soumettre à une longue et sévère analyse.
Qu'il nous suffise donc de dira que désormais Marie-Antoinette, désignée la première aux vociférations et aux coups des assassins, se trouve face à face avec l'émeute. Elle y est lors de l'envahissement de Tenailles; elle y est au 10 août, quand les Tuileries sont emportées d'assaut.
Quelle admirable réponse elle fit aux commissaires du Chàtelel qui informaient sur les crimes des émeutiers des 5 et 0 octobre : « Messieurs, fai tout ru, j'ai tout entendu, et j'ai tout oublié. »
1 Le second lits de la reine, le duc de Normandie, prit le titre de Dauphin de France. C'est cet enfant infortuné qui eut pour royaume la |wison où il mourut.
Pendant le règne de la seconde Assemblée, tous les mouvements dirigés contre la famille royale eurent pour chef caché l'exécrable Philippe-Egalité, et pour moteurs visibles le maire de Paris, Pétion, le féroce Santerre et le violent Manuel, procureur de la commune. Le roi n'avait plus d'amis, plus de troupes-, il avait été arrêté dans sa fuileà Varennes. Ce fut un miracle s'il ne périt pas à la journée du 20 juin 92. Ouelques gardes nationaux sauvèrent Louis et Marie- Antoinette : la reine avait vu défiler les emblèmes infâmes, les instruments de mort, et elle eut le courage de répondre à la harangue des mégères : «J'ai toujours désiré votre bonheur; je vous plains de votre égarement ; je ne veux point croire que vous ayez le coeur coupable : j'aime trop les Français pour me livrer à une idée aussi affligeante. »
L'Assemblée législative, lorsque Louis XVI vint chercher
un asile dans son sein, avait pris l'engagement de rendre dans les vingt-quatre heures un décret sur le traitement qu'il conviendrait de lui accorder. Cet engagement aboutit à livrer à Santerre la famille royale, qui fut conduite au Temple...
Dès lors la France entière devint une immense prison : chacun fut exposé aux perquisitions, aux visites domiciliaires, et jamais la liberté ne fut plus absente qu'en ce temps où on l'invoquait si haut.
Ouand les prisons furent jugées suffisamment pleines, la commune de Paris lAcha les assassins des 2 et 3 septembre, à raison de six livres par jour pour leurs travaux.
Les mollis qui nous ont empêché de nous étendre sur les événements néfastes de la Révolution ne nous permettent pas davantage d'insister sur les souffrances inouïes des augustes prisonniers du Temple. On le sait, du reste, tout ce que la férocité put inventer de raffinements dans le mal semblait trop doux aux Hébert et autres tigres.
Avant de mourir, le roi désira voir sa famille. Marie-Antoinette, préparée depuis longtemps à cette cruelle séparation, ne donna aucun signe de faiblesse dans celte entrevue suprême : elle s'y montra épouse tendre, mais courageuse. Elle enviait le bonheur de Louis XVI... Le bonheur alors était dans la délivrance.
Louis XVI espérait être la seule victime. 11 avait lait demander à la Convention quel sort elle réservait à sa famille, cl la Convention avait répondu : « La nation, toujours grande, toujours piste, prendra soin d'elle. »
Marie-Antoinette obtint la permission de porter le deuil du roi. Elle n'aspirait qu'à être réunie à son époux... Vainement on lui proposa des projets de fuite; elle repoussa toutes les propositions de ce genre, car elle savait bien qu'une tentative d'évasion serait le signal d'un redoublement de rigueur contre sa sœur et ses enfants.
Un jour, on lui arracha son fils pour le livrer au cordonnier Simon...
Quelque temps après, le 5 août 1795, on vint, au milieu de la nuit, séparer brutalement la reine de sa fille et de madame Elisabeth. Elle leur dit un adieu qui devait être le dernier, et fut emmenée à la Conciergerie. Elle y arriva à minuit, et fut écrouée en vertu d'un ordre du comité de salut public. Le nom de la prison l'instruisit de sa mort prochaine. C'était pour elle un espoir consolateur. Elle fut logée dans un cachot qui s'appelle la chambre du conseil. Le gardien Richard et sa femme furent admirables de prévenances et de respect pour l'auguste prisonnière : c'est un fait qu'il est consolant d'avoir à enregistrer.
La Convention eut l'air d'oublier d'abord Marie-Antoinette; mais Billaud-Varcnncs ne s'endormait pas; il monta à la tribune et proposa la mise en jugement. Il est remarquable que dans cette même séance on décréta que Philippe-Égalité serait livré au tribunal révolutionnaire. La Providence opéra ce rapprochement.
Fouquier-Tainville amoncela contre la reine les accusations les plus infâmes comme les plus absurdes. Qui le croirait? Marie- Antoinette trouva un défenseur en Manuel ! Bailly déposa aussi honorablement en sa faveur. La plupart des témoins n'articulèrent aucun fait à la charge de la reine; et ceux qui l'accusèrent ne purent fournir les preuves de leurs imputations.
Les réponses de la reine furent simples, précises et fermes. Après tant de douleurs, il était étonnant qu'elle eût conservé tant de dignité et de calme. Il n'y eut qu'un point qui l'émut. Hébert avait
forgé la calomnie la pins monstrueuse : selon lui, la reine aurait corrompu les mœurs de son fils!... Marie-Antoinette se tourna vers l'auditoire et jeta ce cri sublime : « J'en appelle à toutes les mères gui peuvent se trouver ici! »
La défense fut présentée d'office et avec courage par MM. Chauveau-La garde et Tronson-Ducoudray.
Quatre questions furent posées ensuite aux jurés par Herman, président du tribunal. Elles portaient toutes sur le complot avec l'étranger.
La réponse des jurés ne manqua point d'être affirmative. ^Marie-Antoinette entendit sans émotion apparente sa condamnation à mort.
Lorsqu'elle monta sur la charrette, le prêtre assermenté
Girard, qu'on lui avait donné pour l'assister, lui dit :
a Voici, madame, l'instant de vous armer de courage.
— Du courage, reprit vivement la reine, i7 y a si longtemps que j'en fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en mangue aujourd'hui. »
Les furies de la guillotine avaient été mises en réquisition pour escorter la victime et animer la foule contre Y Autrichienne. Mais partout sur le passage de la reine, dont le front portait l'expression d'une sérénité admirable, le peuple garda un religieux silence.
Arrivée à la place Louis XV, la reine donna un dernier regard au jardin des Tuileries.
Un moment après, le sacrifice était consommé. Ce crime porte la date du 10 octobre 1795.
HOCHE
f.iXXlV
HOCHE
SÉ X VKMAILIRI t.1 llii — MORT E* 1 707
Les deux dates que nous venons d'inscrire sont bien rapprochées. Hoche ne fit en ce monde qu'une courte apparition, mais une apparition brillante. Il passa comme un de ces météores qui sillonneni l'espace et semblent disparaître dans les profondeurs de l'Océan.
Si l'on veut trouver Hoche aux jours de son enfance, il faut se transporter par l'imagination au marché de Versailles, où un petit garçon se tient, timide et doux, auprès d'une brave marchande de légumes. Le petit Lazare a perdu sa mère en venant au monde; son père, simple garde au chenil royal, est fort occupé de ses fondions modestes. Mais la tante a pris l'enfant, et elle a dit : « Je l'élevcrai. » Ce fut ce qu'elle fit. Et non-seulement elle donna à son neveu le pain qu'il mangeait, mais elle devina, en voyant combien Lazare Hoche était intelligent et désireux de s'instruire, qu'il y avait pour lui bien des choses utiles à apprendre dans les livres. Elle s'imposa donc tous les sacrifices possibles pour cette éducation élémentaire.
Lazare ne tarda pas à comprendre que le fardeau devait être lourd pour la digne femme. Il voulut travailler, et, grâce à la protection d'un piqueur du chAteau, il entra comme palefrenier dans les écuries du roi. Encore un peu de temps, et, le vent d'une révolution soufflant, l'obscur palefrenier guiderait les armées et aurait la gloire de pacifier la Vendée.
Il est vrai que ces miracles-là n'arrivent pas tout seuls, et que le travail y doit aider pour beaucoup. Ainsi Lazare Hoche étudiait avec ardeur; il s'était passionné pour la lecture de l'histoire romaine : se doutait M alors que jamais il deviendrait un héros taillé d'après l'antique?
Peut-être cependant avait-il le pressentiment d'un sort plus conforme à sa pensée; sans doute même il sentait bouillonner le cou-
m HOC II E
rage dans ses veines d'adolescent, car, enflammé par les récits qu'on faisait de Washington, il voulut s'engager pour les Indes. Le racoleur auquel il s'était adressé eut le bon esprit do deviner qu'un beau garçon de celle trempe avait mieux à faire qu'à s'exiler pour Pondichéry; par son conseil et ses soins, Hoche fut enrôlé dans les gardes françaises.
Au régiment, il déploya tant de zèle pour s'instruire, qu'il sut en un mois ce que les recrues mettent un an à apprendre.
Mais il lui fallait des livres, et pour avoir des livres il faut do l'argent. Il imagina d'imiter par industrie ce (pie bien des officiers faisaient par désœuvrement ou galanterie, c'est-à-dire de broder des ouvrages délicats qu'il déposait dans un petit café «le la rue de la Harpe : la recette lui servait à acheter des livres. Une autre ressource consistait pour lui à louer ses bras à des maraîchers pour puiser et transporter de l'eau.
Dans cette jeunesse si studieuse, si appliquée, il n'y eut que deux faits violents, et encore le principe en fut-il généreux.
Quelques gardes françaises ayant eu une rixe avec des bourgeois, un de ces soldats fut malheureusement tué. C'était le meilleur ami de Hoche. A la vue du cadavre, celui-ci s'exalte; il se met à la tète de ses camarades, pénètre dans la maison où le meurtrier s'élait réfugié, cl, ne le trouvant pas, brise et saccage tout.
Sur la plainte des bourgeois, Hoche fut condamné à trois mois de prison, et sa peine fut aggravée par l'inimitié de l'officier rapporteur. Plus tard, devenu général, il eut sous ses ordres cet officier, et il le combla de bienfaits.
La seconde affaire fut un duel qu'il eut avec un sous-oflieier nommé Serre. Ce dernier, du caractère le plus vil, opprimait le soldat et faisait aux supérieurs des rapports qui étaient des délations. Spadassin à toute épreuve, il pesait sur le régiment du jwids de son insolenee. Hoche, se dévouant pour ses camarades, provoqua cet homme. Le. combat eut lieu, le 51 décembre 1788, dans les carrières de Montmartre, et Serre fut frappé mortellement.
Quand éclata la Révolution, il y avait cinq ans que Hoche servait, et il était arrivé au grade de... caporal.
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On n'a pis oublié que, sous l'ancien régime, l'avancement de Fabert et de Chevert fut attribué à la eoojtération du diable. Il n'est que trop vrai que si la noblesse donnait largement son snng sur les champs de bataille, en revanche elle accaparait tous les grades.
Hoche ne se préoccupa point du choc des partis à l'intérieur : il continua de perfectionner son éducation militaire, et il attendit patiemment son jour.
Peu de temps après la prise de la Bastille, il avait été incorporé dans le 10V régiment avec le grade d'adjudant sous-ofïieier. — Un jour de grande manœuvre, aux Champs-Elysées, un commandant de |M>loton était absent : Hoche le remplace; sous les yeux de Servan, ministre de la guerre, il fait exécuter tous les mouvements avec une admirable précision. « Ce jeune homme n'est pas à sa place, » dit le minisire. Le même jour, Hoche reçoit son brevet de lieutenant au régiment de Houërgue.
Ce fut du 34 juin 1792 que commença sa carrière active. Ix? général Leveneur, qui commandait l'armée des Ardennes, apprécia Hoche, lui conlia un régiment de hussards et le chargea de trouver «les approvisionnements dans le pays. I<e jeune officier s'acquitta à merveille de ces difficiles fonctions d'administrateur. Quand Leveneur lut obligé d'abandonner le siège de Maastricht et de repasser l.i Meuse en tonte hàle, ce fut Hoche qui, par un coup demain hardi, sauva les munitions, les blessé», le numéraire.
Ou lui dut aussi le salut de Dunkerquc, que menaçaient dix-huit mille Anglais et vingt-deux mille Autrichiens. Hoche, chargé de la défense, sous les ordres du général Souham, n'avait que sept mille hommes découragés, et il devait faire rentrer dans le devoir les matelots, frappés d'une terreur panique.., 11 lit face à tout. Au l>out de huit jours, l'armée ennemie battait en retraite.
Le grade de général avec le commandement en chef de l'armée de la Moselle fut la récompense de Huche. A peine avait-il vingt -cinq ans.
Il trouva une année désorganisée, sans munitions, sans discipline. Il ne désespéra pas de tout rétablir, et il y réussit.
Voici quelques lignes de l'instruction qu'il adressa à ses officiers généraux :