‹ Les célebrités françaisesChapitre 194 sur 208 · BÉ ES IH» — MORT ES ISIS · texte numérisé non relu

BÉ ES IH» — MORT ES ISIS

Le grand et malheureux artiste qui a légué ce glorieux nom à la France est un exemple de plus de la fausseté du paradoxe qui veut que le génie finisse invariablement par triompher. Prudhon se trouva, par ses quai ités particulières, par le naturel de ses compositions, par sa grâce élégante, en opposition involontaire avec l'école de David : ce fut sa perle. Il ne voulut pas s'assujettir aux contours roides, à un faux archaïsme substitué à l'antique; il resta pittoresque, et il fut proscrit.

Nul homme n'a été plus méconnu, plus dédaigné de son vivant et n'a tiré par sa mort une plus éclatante revanche des mépris de ses contemporains.

Fils d'un maître maçon de Cluny, il reçut de la charité des moi no de l'abbaye une instruction qui, si elle ne fut pas complète, servit du moins à élever son âme et à la mettre sur la voie des idées qu'il développa plus tard. La vue de quelque tableau médiocre suflil pour éveiller sa vocation ; dès l'âge de quatorze ans, il était possédé d'un tel besoin de peindre, qu'il se fabriquait des pinceaux et des couleurs. Instruit de ces rares dispositions, l'évéquc de Màcon envoya le jeune homme à l'école de Dijon, qui alors était florissante.

Les état» de Bourgogne avaient fondé un prix triennal de peinture qui consistait dans l'envoi à Rome avec une pension. Prudhon concourut, et l'on rapporte à ce sujet une anecdote qui honore son cœur. Comme il était en loge, il entendit à travers une cloison un de ses concurrents qui se lamentait, craignant de n'avoir pas achevé son tableau à temps. Il réussit à communiquer avec lui, travailla à sa toile, et fil si bien, que le prix fut adjugé au C ncurrent. Mais ce dernier eut la loyauté de réclamer contre un honneur immérité, cl de faire restituer le prix à son généreux rival.

m l'IU DHON

Prudhon, qui, à Rome, s'élail lié avecCanova, ncjouil pas longtemps de l'utile séjour «le la ville éternelle. Des embarras d'argent l'en chassèrent. Il s'imagina que Paris lui offrirait plus de ressources; mais il ne s'élail pas suffisamment rendu compte de l'affreuse position où il se plongeait, quand, à dix-neuf ans, il s'élail marié à une femme vulgaire, indigne de lui, et qui devait empoisonner sa vie entière par les plus odieuses tracasseries.

C'est à celte union déplorable qu'il faut attribuer la plupart des chagrins de Prudhon, sa pauvreté, l'obscurité même où il languit si longtemps; car, obligé de faire exister sa famille, il dut se multiplier dans une foule de besognes rebutantes, et Dieu sait tout ce qu'il composa de vigne(tes pour les confiseurs et les bijoutiers.

En 1794, il eut la bonne fortune de se lier avec M. Frochot, depuis préfet de la Seine, qui lui accorda une protection constante.

La première fois qu'il sortit de son obscurité, ce fut avec un grand dessin qui représentait la Vérité descendant des deux et conduite par la Sagme. Il se révélait comme un maître, prenait place parmi les peintres d'histoire, et obtenait un logement et un atelier au Louvre. C'était plus qu'il n'en fallait pour exciter contre lui des jalousies implacables. Au reste, il est aisé de comprendre combien les encouragements devaient manquer à Prudhon, au milieu de l'engouement fanatique dont David ne cessait d'être l'objet. N'être pas de l'école de David, c'était être relégué parmi les médiocrités.

Oublié du monde, tourmenté dans son intérieur, Prudhon était arrivé presque au déclin de l'âge sans avoir donné la mesure exacte de son talent, lorsqu'il céda aux conseils de ses amis, et se sépara judiciairement de sa femme, en Rengageant à lui payer une pension. 11 respira, il devint lui-même. Soutenu par le dévouement de sa meilleure élève, mademoiselle Meycr, il entreprit le plafond de Diane implorant JupiVr, qui décore l'une des salles du Musée des antiques. C'est un de ses plus beaux ouvrages, comme un des mieux conservés.

Peut-être Prudhon, qui, par suite des cruelles nécessités de sa vie, ne put produire qu'un nombre restreint de peintures, ne s'est-il jamais montré plus abondant, plus original, plus varié, que dans se>

Page 1