‹ Les célebrités françaisesChapitre 20 sur 208 · SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD

|iôre de Homard lui-même, le vieux Tesoelin, qui était resté seul dans son manoir, vint un jour frap|>cr à la porte de Clairvaux, afin de mourir auprès de eeux que le service de Dieu lui avait enlevés.

Le calme et la retraite que Bernard avait rêvés devaient lui échapper, sitôt que le bruil de ses vertus el de son génie se fut répandu partout au dehors. Un simple moine allait devenir l'arbitre des rois et des peuples.

Un différend s'élève entre l'archevêque cl les habitants de Reims : c'est Bernard qui est appelé à le juger.

Le sacré-collége s'est divisé dans l'élection du successeur d'Honoré III : les uns ont nommé Innocent II, les autres Anaclcl. Bernard est mandé par le roi de France au concile d'Élampes. Le concile annonce qu'il s'en remet à la décision de l'abbé de Clairvaux. Celui-ci se prononce en faveur d'Innocent II; aussitôt tous les prêtais jurent une fidélité inviolable au pape que Bernard vient de désigner.

C'est encore Bernard qui, en 1 15*2, réconcilie Gènes el Bise, ces deux sœurs rivales. Il va à Milan pour détacher cette ville du parti de l'antipape. Son séjour y est un triomphe.

Maintenant nous allons le voir à l'apogée de la grandeur, pour mieux mesurer sa chute quand Dieu voudra lui inlliger la plus cruelle épreuve.

Louis le Jeune méditait son expédition en Terre Sainte. Ses barons consultés par lui s'en référèrent, d'une voix unanime, à l'opinion de Bernard, qui invoqua, avant tout, la décision du pape Eugène III. Lorsque le pape eut répondu par un avis favorable, il fut facile de reconnaître, à la joie et à l'empressement de l'abbé de Clairvaux, que l'autorisation pontificale était d'accord avec ses sentiments secrets. L'assemblée fut tenue à Vézelai, en Bourgogne. Jamais Bernard n'avait été plus éloquent. Sa parole dissipa toute irrésolution; le roi se jeta aux pieds du religieux et lui demanda la croix; tous les assistants l imitèrent. Il n'y eut pas de château, pas de chaumière qui ne fournit un combattant; en Allemagne, où Bernard alla prêcher la croisade, l'enthousiasme fut aussi grand qu'eu France. Louis VII se rendit à Saint-Denis, reçut l'oriflamme des

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mains de Suger, et, suivi de quatre-vingt mille soldats, se mit en route pour la Palestine.

Bernard avait écrit au pape : « On ne voit que des veuves et des orphelins dont les maris et les pères sont vivants. »

Au bout de quelques mois, il eût été plus exact d'écrire : « On ne voit que des veuves et des orphelins qui pleurent leurs maris et leurs pères. » Ixjs désastres subis par les croisés ne furent plus un mystère pour jHTsonne : Louis le Jeune ramena à peine une poignée d'hommes!

Le ressentiment public dirigea les plus cruels reproches contre l'instigateur de la croisade, et les peuples maudirent son éloquence, ignorant que l'indiscipline et une valeur téméraire avaient causé en glande partie le désastre des croisés.

Dès ce moment, Bernard se relira des affaires politiques pour se renfermer exclusivement dans la défense des dogmes, hardiment attaqués par les hérésiarques qui faisaient appel aux passions de la foule. Tour à tour il combattit Abailard, Henri, disciple de Pierre de Bruis, et Gilbert de la l'orée. Tandis qu'il terrassait l'erreur, il enseignait dans un livre leurs devoirs aux souverains pontifes, et certes il n'y ménagea point les vérités sévères.

l ue tendre amitié l'avait toujours uni à Suger. Aussi éprouva-l-ii, de la mort de ce grand ministre, une douleur profonde. 11 lui avait écrit : « Souvenez-vous de moi quand vous serez arrivé là où vous me précédez, afin qu'il me soit donné de partir bientôt et d'arriver où vous serez. »

Au bout d'un an, ce désir était exaucé. Bernard se reposait enfin des immenses fatigues de sa vie.

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