‹ Les célebrités françaisesChapitre 201 sur 208 · EUGÈNE DE BEAU HARNAIS · texte numérisé non relu

EUGÈNE DE BEAU HARNAIS

roi d'Italie cl a si bien gouverne ce pays, le moins gouvernable du monde, cl Hortense, qui devait un jour porlersur son fronl radieux de grâce cl de beauté la couronne de Hollande.

Les destinées et le mérite du prince Eugène et de la reine Horlense leur assignent ici une place que notre impartialité ne saurait leur refuser.

Quelle épreuve pour Eugène que ce début dans la vie, et de quelle générosité n'était-il pas animé, lui qui n'éprouva point de ressentiment contre ses compatriotes égarés!... On lui avait pris son père; sa mère languissait sous les verrous : il ne songe qu'à obéir au dernier vœu de l'infortuné M. de Beaubarnais : il va en Bretagne rejoindre le général Hoche. L'honneur n'existait plus que dans les camps.

Mais Eugène apprend que sa mère a recouvré la liberté ; aussitôt il renonce aux avantages que lui promettait sa position, et il vole dans les bras de sa mère. Le ciel allait récompenser la piété filiale.

Un décret de la Convention venait de prescrire rigoureusement aux habitants de la capitale de remettre aux autorités les armes de toute nature qui se trouvaient en leur possession. Eugène frémit de douleur : il avait conservé le sabre de son père... C'était sou unique, son précieux héritage! Se séparerait-il de ce souvenir qui lui retraçait une noble existence tranchée par la main du bourreau ? Il eut l'idée de courir chez le général BonajKirle; et, quand le jeune homme fut en présence du héros, la prière fut aisément comprise par le génie.

Non-seulement Bonaparte embrassa Eugène et lui accorda ce qu'il demandait, mais encore il alla dès le lendemain féliciter madame de Beauhamais d'avoir un tel fils. On sait combien il fut louché des manières exquises de cette noble femme; il ne tarda pas à lui donner son nom, contre-signé par la victoire. Ainsi Eugène avait été en quelque sorte le trait d'union entre eux.

Dès ce jour Bonaparte se considéra comme le père d'Eugène, et il s'attacha à compléter son éducation, nécessairement un peu négligée au milieu de tant de secousses. Sur la lin de la merveilleuse campagne d'Italie, il appela auprès de lui Eugène, lui conféra le grade de sous-lieutenant, et le chargea d'aller notifier la prise de posse>-

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sion des îles Ioniennes, que le Irailé de Campo-Formio annexait à la République. Eugène s'acquitta de celte mission avec une gravité bien au-dessus de son âge. De môme, se trouvant à Home, au moment où le bas peuple venait de massacrer le général Duphol, il courut relever le cadavre de son malheureux compatriote, et, au milieu des vociférations et des menaces', l'emporta dans ses bras jusqu'au palais de l'ambassade.

Eugène ne fut pas oublié dans l'expédition d'Égypte : il s'y associa avec joie, avec ardeur. Dès l'attaque de Malle, il se signalait en enlevant un drapeau à l'ennemi. Tous les champs de bataille, toutes les élapes de triomphe, furent témoins de son courage : il était à Alexandrie, aux Pyramides, au Caire, à El-Arieh, à .lafla, à Aboukir. Après avoir si bien fait ses preuves, il n'avait encore conquis que le grade de lieutenant; comme si le général en chef voulait prouver qu'il demandait plus à Eugène qu'à tout autre, justement parce qu'il se l'était uni par le litre le plus cher. Mais Bonaparte, qui se connaissait si bien en mérite, avait dil : « Eugène se distinguera ; avant qu'il ail trente ans, il me fera honneur. » E' celte prédiction u'allendil pas le terme marqué pour se réaliser.

Après le 18 brumaire. Eugène fut nommé capitaine aux chasseurs à cheval de la garde consulaire.

Sur le champ de bataille même de Marengo, il obtint le grade de chef d'escadron.

Quand Napoléon, devenu emjMTeur «les Français, alla à Milan poser sur sa tête la couronne de fer des rois lombards, Eugène, qui l'avait suivi, apprit qu'il était colonel, prince impérial, et vice-roi d'Italie!

Pour n'être pas ébloui de lanl d'honneurs à vingt-quatre ans, il fallait avoir une trempe d'esprit peu commune; surtout Eugène ne devait pas oublier qu'en Italie il représentait la France et l'Empereur. Mais, d'autre part, il devait dans une certaine mesure se faire Italien et défendre avec prudence les intérêts de la nation confiée à ses soins. Sa tache demandait une circonspection qu'on ne trouverait pas toujours chez un homme blanchi dans les affaires. N'oublions pas non plus que l'Italie, agitée par les guerres précédentes, Ira-

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versée par la conquête, était à réorganiser presque entièrement. Eugène comprit, mesura ses devoirs, et fut aussi grand qu'eux : éclairé par les conseils que Napoléon lui adressait dans les circonstances difficiles, n'ayant pas, comme il arriva plus tard à Mural, le fol orgueil de ne vouloir accepter aucun avis, il sut imprimer une impulsion active à toutes les Branches de service administratif, intr<>duire partout de larges économies, mettre sur des bases meilleures les cours de justice, faire refleurir les universités, donner aux établissements de bienfaisance une utilité pratique, diminuer énormément le fléau de la mendicité, et réprimer avec vigueur les délits contre les personnes et les biens. Ajoutons que l'agriculture, l'industrie, le commerce, reçurent de notables améliorations; et enfin que les beaux-arts, qui, au dix-huitième siècle, avaient jienclié de plus en plus vers la décadence, reprirent l'éclat d'une véritable renaissance.

Que ne peut un homme lorsqu'il est animé de bonnes et loyales intentions!

Eugène songea aussi a la défense du territoire, et il créa une armée italienne qui, pour la discipline et le courage, pouvait soutenir le parallèle avec les troupes françaises.

Pendant les admirables campagnes qui valurent à Napoléon les lauriers d'Austerlitz, dléna, d'Eylau et de Friedland, Eugène dut rester à Milan pour consolider son œuvre et observer l'Autriche : mais de loin il se rendait aussi utile à l'Empereur que s'il avait combattu à ses côtés. Napoléon savait que fa fidélité veillait.

C'est à cette éj>oque que, par les soins du prince Eugène, s'élevaient les arcs de triomphe de Marengo et du Simplon, et ce cirque immense qui est tour à lourd à volonté une naumachie et un hippodrome.

Uni à Amélie de Bavière, le prince Eugène n'avait dans son existence que des sujets de bonheur, lorsque plusieurs événements de la plus haute importance l'arrachèrent au calme laborieux de sa vice-royauté.

La guerre d'Espagne venait d'enhardir l'Autriche à reprendre l'offensive et envahir la Bavière. Le poids des premières hostilités

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lornha sur Eugène, qui fui vaincu d'abord, mais qui ensuite s'ouvrit les mules de la monarchie autrichienne par les brillantes affaires de la Piava, de Saint-Daniel, de Tarvis et de Saint-Michel. A la bataille de Raab, baptisée par l'Empereur du nom glorieux de petilc-fille de Marengo, Eugène vainquit les archiducs réunis; puis il alla prendre sa part de Wagram.

La seconde circonstance grave qui vint agiter le prince, ce fut le divorce. Jamais Eugène ne fut plus admirable que dans cette occasion, où il accorda ce qu'il avait de tendresse pour son incomj»rable mère, et oo qu'il devait de reconnaissance à son père adoptif. Il resta le (ils des deux époux que le divorce politique allait séparer.

Au moment du second mariage de l'Empereur, Eugène eût pu devenir roi de Suède. Il refusa par abnégation, et ce fut assurément un malheur pour la France.

Dans l'expédition de Russie, il reçut le commandement du quatrième corps, et se fil remarquer à tous les combats. Pendant la re, traite, il culbuta les Russes à Malojaroslawitz.

Napoléon en convint noblement : s'il eût écouté le sage conseil «l'Eugène, il n'eût pas prolongé son séjour à Moscou, et combien de désastres eussent été évités!

Il est à remarquer qu'après les rigueurs de la retraite, Eugène, avec des forces peu considérables, se maintint quatre mois sur les bords de l'Elbe.

A la bataille de Lulzen, il s'avança de lui-même au bruit du canon et contribua puissamment au gain de la journée.

Tandis que l'Empereur faisait en France la plus belle de ses campagnes, le prince Eugène tenait énergiquement en Italie. Mural, Bernadotte, IcroideUavière, avaient fait défection; l'Europe coalisée offrit à Eugène une couronne qu'il repoussa.

Voici comment il raconta lui-môme le fait dans une lettre adressée à la reine Horlense. Nous transcrivons ce chef-d'œuvre de loyauté.

« Ma chère sœur,

« Depuis longtemps j'ai le projet de l'écrire, et sans cesse une occupation nouvelle vient m'en détourner. J'ai pourlanl besoin de

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l'informer de ce qui m'est arrive la semaine dernière. Un parlementaire sollicite avec instance de pouvoir me remettre des papiers du plus haut intérêt. J'étais justement à cheval : je me rends aux avantpostes, et je trouve un aide de camp du roi de Bavière qui avait été sous mes ordres dans la dernière campagne. Il était chargé de me faire les offres les plus belles, et engageait sa parole que les souverains coalisés approuveraient que je m'entendisse avec mon beaupré pour m'assurcr la couronne d'Italie. Tout cela eut été bien séduisant pour un autre que moi !... J'ai ré|iondu à ces propositions comme je le devais, et le jeune envoyé est parti, rempli, disait-il, d'admiration pour ma loyauté, mon désintéressement, etc., etc. J'ai cru devoir rendre compte de cela à l'Empereur, en supprimant toutefois les compliments qui ne s'adressaient qu'à ma personne. J'aime à penser, ma bonne sœur, que tu aurais approuvé ma conversation si tu avais pu l'entendre. Ma plus douce récompense, c'est de voir que si ceux que je sers ne peuvent me refuser leur confiance, ma conduite a su gagner l'estime de nos ennemis.

« Adieu, ma bonne sœur, ton frère sera, dans tous les temps, digne de toi et de sa famille. »

Au prince de Taxis, qui porta à Eugène, de la part des souverains, une proposition formelle, il répondit :

« L'Empereur a reçu mes serments; tant qu'il ne m'en aura pas dégagé, je lui demeurerai fidèle. J'ignore le sort qui m'est réservé, mais je connais mon beau-père, et, quoiqu'il arrive, je suis sûr qu'il aimera mieux retrouver son gendre simple particulier, mais honnête homme, que de le savoir assis sur un trône acheté par la trahison et le parjure. »

Cette loyauté fut appréciée par l'em|)creur Alexandre, qui, lors du débarquement de Napoléon, s'opposa vivement à l'arrestation du prince Eugène, qu'on voulait envoyer dans une forteresse de Hongrie. . Retiré à Munich auprès du roi Maximilien, le prince gagna bientôt l'affection du jn'uple bavarois. Son beau-père lui avait conféré le titre de duc «le Leuchlemberg.Mais, quand Eugène pouvait espérer encore une longue suite d'années heureuses et paisibles, il sentit les atteintes

<Jcln maladie qui remporta, le 21 février 182i, le prenant dans le» bras d'une épouse adorée. Sa fin fui ealme et religieuse.

Il ne pouvait pas finir autrement, celui qui avait pris pour devis*' :

« Honneur et fidélité. »

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Nf'l VKRS n»3 — MORTE ES t«7

La biographie que nous venons d'écrire doit avoir pour corollaire crlle do la femme éminemment gracieuse, distinguée et spirituelle, qui a le mieux représenté son époque. La reine Hortensc a conservé dans les souvenirs de la France celte popularité qui s'attache aux noms vraiment illustres. Elle fut le meilleur type de son sexe au temps du premier Empire; et ce qu'il y eut surtout de remarquable en elle, c'est ce mélange de dignité et do naturel, ce grand air princier qui lui seyait si bien, tempéré parmi secret éloignemenl pour l'étiquetle; on aimait aussi ce goût déclaré pour les arts qui corrigeait un peu ce que l'époque avait de trop belliqueux et violent : en sa compagnie, l'esprit trouvait des trêves charmantes entre deux guerres. Elle avait l'éloquence du beau, le goût 'de l'idéal, el elle aurait fait aimer la peinture, la musique et la poésie à des gens qui ne connaissaient que la famée des batailles, ne savouraient que le tonnerre du canon, et ne chantaient d'hymnes qu'au farouche Mars.

Il ne faudrait pas croire cependant que cette existence, où les arts tinrent tant de place, manqua d'agitations et de douleurs. La reine Horlense devait, au contraire, par son exquise sensibilité, par l'ardeur toute loyale de son âme, ressentir plus vivement (pie personne le contre-coup des grandes péripéties du drame immense qui se joua sous ses yeux, et auquel elle se trouva mêlée à plusieurs reprises.

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Toutes sos affections In mil pour elle autant d'épreuves douloureuses.

Devant les souvenirs de celle vie qui fui si agitée, si h;iltue pur l'orage des événeinenls, on jh'uI se prendre à méditer sérieusemenl le mol de Bossue! sur les larmes que eonliennent les yeux des rois.

Nous avons dit l'enfance du prince Eugène; celait dire celle d Ho rieuse, qui devint, comme son frère, l'objet de l'alTeclion el des soins paternels du glorieux Bonaparte Mise dans le pensionnat de madame Campan, elle en fui bientôt l'élève la plus remarquable : son esprit, sa facilité à tout apprendre, en faisaient un modèle pour ses jeunes compagnes. I n biographe dit même que celles-ci la considéraient comme une «souveraine; » nous n'admettons ce mol qu'au point de vue de la supériorité intellectuelle qu'on lui reconnaissait : l'enfance ne sait pas flatter.

Ilorlense alla rejoindre sa mère aux eaux de Plombières, landis que Bonaparte était en Egypte; et jusqu'à son mariage elle ne quitta plus Joséphine. A dix-sept ans, elle jetait un charme tout particulier sur la cour consulaire; on jieul dire qu'elle excellait en toute chose; elle donnait à ses perfections l'atlrail irrésistible de l'enjouement el de la bonté.

I n premier projet de mariage d'Hortense avec le général Duroc échoua. Au reste, la famille trouva beaucoup plus de convenances à unir mademoiselle de Beau harnais à Louis Bonaparte. La cérémonie religieuse eut lieu le 7 janvier 1802, dans l'hôtel de la rue de la Victoire. Les fêtes qui la suivirent furent de loute magnilicence. Le premier-né' de celle union, Napoléon-Louis-Charlcs, fut tenu sur les fonts de baptême par Bonaparte, qui ne se proposai! rien moins que de l'adopter, el qui, disons-le tout de suite, témoigna la plus profonde tendresse à col enfant. \m second (ils, Na|>oléon-Louis, et le troisième, Charles-Louis-Napoléon, eurent également l'Empereur pour parrain. De ces trois princes, venus au monde sous les plus beaux .inspires, le premier mourut en 1 807; le second, dans son exil en Il die; le troisième, après avoir subi les leçons du malheur, après avoir fortifié' s«.n âme, agrandi le cercle de ses connaissances, appris en quelque sorte l'héroïsme patient dans les leçons si profitables de

LA REINE HOUTKNSI-: .V2:>

l'expérience, est devenu le type du souverain des temps modernes, — le général, — le politique, — le savant, — l'écrivain, — l'homme qui était né pour occuper un Irène, et qui a su le conquérir.

Ilortense n'avait pas connu encore les tristesses de son rang; elle n'avait pas suhi le contre-coup des agitations publiques. Elle recevait une véritable ovation au camp de Boulogne. L'année suivante, elle devenait reine de Hollande; mais tous les contemporains sont d'accord pour reconnaître qu'elle eût préféré un royaume en Italie, « avec la mission d'y rallumer la flamme des beaux-arts, » à ce pays méthodique, brumeux, peuple « de bourgmestres pesants et épais. » « Le soleil et la société', disait-elle, sont les premiers biens d'une âme comme la mienne. *> Il est certain qu'on ne saurait comprendre la reine Ilortense à Amsterdam; et que plus lard, dans sa retraite, soit à Rome, soit à Arenenberg, elle exerça plus réellement la royauté pour laquelle elle était née, la royauté de l'intelligence.

La douleur immense que la reine avait ressentie de la perte de son premier enfant lui rendit le séjour de la Hollande encore plus désagréable. Elle n'y revint qu'en 1800. Son existence se partageait entre son hôtel de la rue Cérulli et quelques excursions à Sainl-Leu et à la Malmaison. I n cercle choisi et très-restreint l'entourait; elle était l'arbitre de la mode et du goût; et déjà, par la protection qu'elle accordait aux peintres Richard et Révoil, elle donnait à l'art cette impulsion qui a faitéclore l'école romantique. On admirait ses dessins de paysage et de fleurs; partout on chantait ses romances; nul n'a oublié les airs : Partant pour la Syrie, et : Repose; -i om, bon chevalier.

On sait quels dissentiments éclatèrent entre l'Empereur et le roi Louis, et comment ce dernier dut cesser d'exercer une souveraineté difficile et précaire. Ilortense en conçut d'abord beaucoup de chagrin; mais à ses yeux l'art valait une couronne. «J'aurai maintenant, disait-elle, le loisir de faire de la musique. Ce rôle de reine honoraire a bien son agrément. »

Les tristes conséquences des désastres de Russie ne devaient pas tarder à troubler ces loisirs artistiques : un accident déplorable en fut comme le signe précurseur. La reine s'était rendue aux e.iux

d'Aix, en Savoie. LA, elle cul la douleur de voir sa meilleure amie, la générale de Broc, tomber dans un précipice et périr sans qu'on put lui porter secours. En souvenir tic son amie, Horlense fonda à Aix un hospice pour les malades pauvres, et elle confia le soin de cet utile établissement à des Sœurs joséphistes qu'elle fil venir tout exprès. Le 15 août de celte même année (1815), elle célébra la fêle de l'Empereur en donnant à quatre cenl> indigents de la ville un dîner, avec autorisation d'emporter les ustensiles qui avaient servi à préparer le repas. Ce sont tous ces détails qui montrent combien son cœur élail ingénieux dans la charité. C'est elle encore qui, compatissante pour une noble infortune, avait obtenu, en 1805, une pension de six mille francs en faveur de la vieille duchesse de Gèvres, dernière descendante de du Guesclin.

Au retour, elle trouva la France envahie par l'étranger, et elle se consacra au soin de faire de la charpie pour nos blessés. Décidée à rester à Paris malgré le danger, elle blâma la faiblesse de carac- 1ère qui fit sortir Marie-Louise de la capitale. « Je voudrais être, disait-elle, la mère du roi de Rome : je saurais, par l'énergie que je montrerais, en inspirer à tous. »

Cependant, sur les instances de Hegnaull de Saint-Jean-d'Angély, elle dut se résigner à s'éloigner de Paris. Elle n'alla que jusqu'à Rambouillet, et elle revint auprès de sa mère à la Malmaison.

L'empereur Alexandre témoigna à l'ex-impératrice et à sa fille une sympathie et une bienveillance notables. Par la convention de Fontainebleau il fut stipulé que le roi Louis aurait un revenu de deux cent mille francs, tandis que la reine Horlense et ses deux enfants recevraient à part quatre cent mille francs. La Restauration érigea, en outre, son apanage en duché de Saint-Lcu. Ces faits ont de l'importance historique, car ils marquent une sorte de reconnaissance par le gouvernement des Bourbons de l'étal de choses qui avait précédé.

Après la perle de sa mère, la reine Horlense alla joindre son frère à Bade; elle y fut reçue avec de grands honneurs. Quand elle revint à Paris, où elle était plus que jamais le point de mire des espérances de l'opposition, sa sûrelé fut compromise par la nouvelle du

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débarquement tle l'Empereur au golfe Juan. La reine dul écouler des eonseils prudents et accepter une retraite chez une créole dévouée. Le 20 mars arriva : Napoléon, heureux dose retrouver aux Tuileries et d'entendre les acclamations de la foule, accueillit avec tendresse les enfants d'Ilortense, et les montra au peuple. Ilortense se souvint des égards dont elle avait été l'objet de la pari de la famille royale, et ce fut sur son instante recommandation que l'Empereur autorisa la duchesse douairière d'Orléans et la duchesse de Bourbon à rester en France1. La reine s'enivrait de l'enthousiasme des Parisiens; elle avait écrit un air se terminant ainsi :

Il faut détend.»- sa |«itrio.

Lorsque, après Waterloo, Napoléon se retira à la Mal maison, il trouva encore Horlense fidèle à sa mauvaise fortune. Jusqu'au dernier moment, elle refusa de fuir; elle fut témoin de l'entrée des souverains alliés, et elle resta, comme un témoignage de tant de grandeur déchue, debout parmi les ruines de la veille, sans se préoccuper des dangers que pouvait lui faire courir l'effervescence • des passions politiques.

Enfin M. Decazes, alors préfet de police, se décida à charger M. d'Arjuzon de notifier à la reine un ordre de départ. M. d'Arjuzon refusa noblement «le s'associer à cette mesure «le rigueur. Heureusement pour l'honneur français, ce fut un étranger, le baron de Muflling, commandant de Paris pour les alliés, qui signifia de lui-même cette injonction à la reine. Il lit plus, il donna en tout deux heures pour le départ. Sa condescendance, il est vrai, offrit à l'exilée une escorte de troupes; mais Horlense n'accepta pour raccompagner que le comte de Voyna, officier autrichien, un vrai gentilhomme, qui témoigna à son infortune les égards les plus parfaits.

Genève lui refusa l'hospitalité et ne lui permit même pas d'habi 1er une propriété qu'elle avait à Prégny : l'antique Hclvétie avait

' A la première Napoléon (ixa qualiv cent nulle liaiio de rente, à la seconde) deux icnt mille.

;»2<*. LA REIN fi HOHTBNSE

peur de se compromettre. « Je n'ai donc qu'à me jeter dans le lac ! s'écria la pauvre reine, car enfin il faut bien que je sois quelque part. »

Klle se relira à Ai\-lcs-Bains; mai» les autorités sardes ne lui lirait pas meilleur accueil que le gouvernement genevois. A la sollicitation du comte de Voyna, les ministres des puissances alliées avaient décidé qu'elle pourrait habiter la Suisse; mais c'était la Suisse qui ne le voulait pas; et, lorsque la reine témoigna le désir de se fixer à Constance, dans l'Étal de Bade, celte même Suisse lui opposa des diflicullés inouïes pour le passage. Sa santé était devenue déplorable, à la suite de tant de chagrins; des suffocations continuelles menaçaient sa vie. Et cependant il fallait partir, et elle allait être en butte à foules les tracasseries policières. A IVégny, sa maison fui cernée de nuit par des gendarmes; à Moral, elle fui retenue prisonnière durant deux jours ; à Berne, on lui |>osa un interrogatoire. Enfin, elle arrive à Constance pour s'entendiv déclarer que le séjour de la ville lui est interdit!

Assurément c'était contre son gré que le grand-duc de Bade laissait ses agents tenir ce langage, lui qui aimait tendrement sa femme, Stéphanie de Beauharnai>, et qui avait pour Hortense l'affection d'un parent dévoué. Croirait-on que l'ancienne reine de Hollande dut se confiner dans une auberge sans aucun moyen de distraction ! Mais ces mauvais jouis passèrent : Hortense put louer une maison convenable au boni du lac, reprendre ses occupations favorites et recevoir quelques visites. Elle revit son frère, ce fut un adoucissement à ses peines.

Nous ne nous étendrons pas sur ecs difficultés, qui durèrent jusqu'à 1817. Obligée de quitter Constance, la duchesse (h- Saint-Lcii se décida à acheter le château d'Arenciiberg, dans le canton de Thurgovic. Elle eût pu enfin trouver dans ce séjour, sinon le bonheur, du moins le calme, si ni quelques années la morl ne lui avait ravi la plupart des êtres qu'elle chérissait : Napoléon, Eugène, madame Campan, madame de Caulaincourl, et enfin madame Coehelel, sa lectrice, devenue madame Parquin.

l'Italie seule pouvait la distraire : «Ile pril l'habitude d aller

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pisser chaque hiver à Rome', où son salon réunissait toutes les illus- Iralions. Là revivait la conversation avec les charmes et le naturel d'autrefois; on pouvait y parler de tout, sauf de politique. La reine était si heureuse de garder quelques intimes pour causer France!... Que d'artistes de notre nation furent encouragés par elle et lui durent leur avenir !...

La Révolution de 1830 vint encore troubler ce calme. La duchesse de Saint-Leu et ses fils s'étaient flattés de l'espoir de rentrer dans leur patrie, ne pensant pas qu'une révolution qui avait détruit le principe de 1815 en conserverait les arrêts de proscription.

Nous touchons à un des moments h» plus cruels de cette existence si agitée. Pic VIII est mort; des mouvements insurrectionnels se déclarent en Italie. La duchesse quitte Rome pour aller rejoindre ses lîls à Florence ; «die apprend qu'avec l'ardeur de leur âge et leurs injures à venger, ils se sont joints à la jeunesse en armes...

Cette révolte ne pouvait tenir contre les forces autrichiennes. Bientôt les deux princes durent chercher à se soustraire aux poursuites dirigé** contre eux. Le roi Louis, Jérôme, le cardinal Fesch, étaient au désespoir. La duchesse de Saint-Leu conçut alors un plan hardi, celui de les conduire en Angleterre en passant par la France. Tout était prêt : soudain son (ils aîné, qui avait négligé les premiers symptômes d'une rougeole, tomhe mortellement malade; et, quand la duchesse arriva à Pesaro, elle ne trouva plus que Louis- Napoléon !.. Ah! celui-là du moins elle le sauvera ! Plus elle ressent de douleur, plus elle a d'énergie.

Après avoir réussi à traverser l'Italie, elle dot redoubler de précautions depuis la frontière française jusqu'à Paris, où elle lit connaître son arrivée à I/ouis-Philipj>c. L'accueil qu'elle reçut au château fut honorable; on dit même qu'il fut empresse. Mais le gouvernement d'alors s'elTrayait facilement, et comme précisément U 5 mai arriva et (pie le peuple se porta en foule autour de la colonne avec «les couronnes d'immortelles, le ministre, Casimir Périer, exigea le départ de la duchesse de Saint-Leu et de son lils, qui était

' Kilc y Imln'uit ht vil ta hiolnin, h|>|>bi Itnunl ii si t>t*ll» — ii-ur. lu primosc IUh^Ih'-m.'

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rétabli à peine d'une lièvre violente : maladroit abus de la force qui, dégageant le prince de toute obligation, le laissa libre de revendiquer plus tard le droit napoléonien '.

La duchesse de Saint-Leu était à Arenenbergen 1856, lorsqu'elle apprit l'affaire de Strasbourg, qui avait eu lieu le 50 octobre. Bien que souffrante, elle partit immédiatement pour la France; elle s'arrêta à Viry, chez madame la duchesse de Ragusc: c'est de là que, par l'intermédiaire de madame Salvage', elle dirigea ses démarches pour que son fils lui fût rendu.

Heureusement le comte Mole, l'un des hommes les plus distingués de notre époque, était président du conseil.

lie prince partit pour l'Amérique sur un bâtiment de l'État. A un an de dislance, il devait revenir en toute hàle pour recueillir le dernier soupir, pour recevoir l'adieu suprême de cette mère si tendre, si dévouée, qui mourut dans les plus admirables sentiments de piété".

Son testament, d'une grandeur et d'une simplicité touchantes, contenait ces lignes, dont le sens est profond : « Je n'ai point de amxeilx politiques à donner à mon fils; je snix qu'il connaît sa position et tous les devoirs que son nom lui impose. »

Elle n'oublia aucune des personnes qui lui avaient témoigné de rattachement; mais le plus beau legs qu'elle ait fait à son pays, c'est Napoléon 11J.

• Casimir Périer, interpellé dans la Chambre par M. Maiiguin. exposa les faits et «lit qu'on avait offert des secours à la duchesse. Iks secours'.... ce mot sent l'ancien banquier.

• Qui fut depuis son exécutrice testamentaire.

• Le Ti octobre 1837.

DUMONT D'UUVILLE

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