‹ Les célebrités françaisesChapitre 202 sur 208 · DU MO NT D'URVILLE · texte numérisé non relu

DU MO NT D'URVILLE

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Lo 8 mai 1812, un train considérable, attelé de ileux locomotives, ramenait tic Versailles, par la rive gauche, une de ces mulliludes joyeuses qui, le dimanche, vont respirer le grand air et se délasser des travaux de la semaine par l'oubli d'un jour de fêle. C'était vers six heures du soir. Soudain le bruit se répand dans Paris qu'une épouvantable catastrophe a eu lieu ; la part de l'exagération faite, on acquit la triste conviction que, si tout le monde n'avait pas péri, du moins il y avait à pleurer de nombreuses victimes.

Un essieu de la première locomotive s'étant rompu, les roues s'étaient détachées; la locomotive était sortie de la voie et avait verse par le choc de la seconde machine. Jl s'était fait un amoncellement de voilures brisées ; puis le feu, courant le long des rails, n'avait pas lardé à envelopper les wagons et les voyageurs dans le cercle horrible de l'incendie.

A travers la stupéfaction générale, on apprit avec un redoublement de douleur que Dumonl d'Urville, l'intrépide marin, le savant si honorable, avait péri dans ce désastre avec sa femme et son lils. Iaî deuil fut universel. Chacun se sentait frappé dans ce .sentiment profond et sacré qui fait d'un grand citoyen un membre de chaque famille. C'est à peine si de ces êtres, qui s'étaient tant aimés, il restait quelques débris reconnaissantes.

Ainsi, se disait-on, Dumont d'Urville a fait trois fois le tour du inonde, s'exposant courageusement aux périls, aux maladies, aux fureurs des tempêtes : et quand, dans la force de l'Age et la maturité du talent, il pouvait rendre encore tant de services à la France, il a misérablement trouvé la mort dans une simple promenade à Versailles !

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HliMONT D'URVILLE

Joignons notre souvenir aux hommages qui fuient rendus à celte noble existence trop tôt tranchée.

C'est à Condé-sur-Noireau (Calvados) qu'était ne Julcs-Sébastien- César Dumont d'Urville. Il appartenait à une ancienne famille. Son oncle, chanoine de la cathédrale de Cacn, s'appliqua à le diriger de bonne heure vers les études sérieuses, à lui inspirer l'amour des immortels écrivains de l'antiquité. Ces débuts eurent une influence marquée sur l'esprit de Dumont d'Urville, qui conserva toujours une vive admiration pour les auteurs grecs et latins, au point de ne chercher ses délassements que dans leur lecture.

Sa vingtième année était accomplie quand il se présenta à l'Écule polytechnique : le chiffre d'âge, inexorable comme tous les chiffres, l'écarta du concours. Cette circonstance détermina son choix pour la marine; après l'examen le plus brillant, il fut immédiatement nommé aspirant de première classe.

Il fit, comme enseigne de vaisseau, deux des campagnes scientifiques du capitaine Gaultier dans la mer Noire. ta résultat de ses voyages et de ses études se traduisit dans un Mémoire géologique sur l'île volcanique de Santorio, puis un Mémoire archéologique sur les ruines d'un temple à Melos.

Ce sont là, du reste, des travaux tels qu'en peut faire tout enseigne de vaisseau un peu instruit. Mais il est une dette immense que le |ki\s a contractée envers Dumont d'Urville : ce fut lui qui, avec un goût excellent, conquit la valeur de ce chef-d'œuvre appelé la Vénus de Mih; il le signala à l'ambassade française de Conslantinople : nous pouvons donc dire que son jugement nous a valu un trésor.

Arrivons à l'année 18122. Là, notre marin commandait en second la corvette la Coquille, lorsqu'il fil le tour du monde avec le capitaine Duperrey. Il avait été chargé de la pnrlie botanique. I* cabinet d'histoire naturelle reçut de lui une riche collection d'insectes et plu sieurs centaines de plantes nouvelles.

A son retour, Dumont d'Urville publia une Flore des Malouincs qui est très-estimée. Il y avait, comme Érasme et Scaliger, employé la langue de Cicéron.

Tous ces travaux furent récompensés par le grade de capitaine de

DIMONT D'URVILLE

frégate. Il allait rédiger la partie descriptive et botanique du voyage, quand il fut appelé au commandement d'une nouvelle expédition de découverte qui s'éloigna de Toulon le 20 avril 1826.

Il monta la corvette V Astrolabe, pour aller à la recherche du lieu exact où périt la Pérouse.

Cette expédition comprit trois années. La relation qu'en a faite Dumont d'Urville n'a pas moins de onze volumes in-8" de texte, avec un atlas de 5 volumes in-folio.

En embrassant par la pensée ce travail si instructif, si pittoresque, et qui a fait avancer la science, on se sent saisi de vénération. Dès le discours préliminaire, le lecteur est mis parfaitement au courant de l'histoire des voyages et découvertes. En quelques pages, on suit les Magellan, les Garcia de Loaysa, les Sébastien del Cano, les Juan Gaétan, les Cowlcy, lesDampier; mais surtout on s'intéresse à Carleret, à Bougainville, à Cook, à Vancouver, à d'Entix'casteaux. L'auteur puise dans soli noble caractère une sympathie et une équité parfaites pour ses illustres devanciers. Il les raconte, il les résume ; son livre eût pu être intitulé : Annales du génie maritime.

Laissons parler cette voix tant regrettée. V Astrolabe a mouillé, entre des récifs dangereux, à Vanikoro, l'île inhospitalière où, selon toute présomption, vint se briser l'expédition de la Pérouse.

« A cet aspect , dit Dumont d'Urville, nos cœurs furent agités par un mouvement indéfinissable d'espérance, de douleur et de satisfaction. Enfin nous avions sous les yeux ce point mystérieux qui mil caché si longtemps à la France, à l'Europe entière, les débris d'une noble et généreuse entreprise; nous allions fouler ce funeste sol, interroger ses plages et questionner ses habitants. Mais quel allait être le résultat de nos efforts? Nous serait-il possible seulement de payer notre tribut de larmes à la mémoire de nos malheureux compatriotes? Telles étaient les tristes réflexions qui nous laissèrent plongés dans une morne rêverie... »

Les féroces indigènes, craignant que les Européens ne veuillent tirer vengeance du massacre de leurs compatriotes, refusent d'abord toute explication. Enfin, un chef les conduit à un endroit où se trouvent, à la profondeur de dou*e à quinze pieds, des ancres, des

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