‹ Les célebrités françaisesChapitre 27 sur 208 · LE SIRE DE J0INV1LLE · texte numérisé non relu

LE SIRE DE J0INV1LLE

Mais elle s'arrête, recueillie dans le sentiment le plus touchant, celui de la vénération. Le serviteur ne voit plus dans son maître que le saint qui, du haut des cieux, veille sur la France :

« Encore escriprai-je quelque chose en l'onneur du bon roy Loys. C'est assauvoir, que moy estant en ma chappelle à lonuille, il me fut aduis à certain jour, qu'il estoit deuant moy tout joicux. Et pareillement estois bien à mon aise, de le veoir en mon chastel. Et lui disoie : Sire, quand vous partirez d'icy, je vous mènerai logier en vne autre mienne maison, que j'ay à Cheuillon. Et il m'estoit aduis, qu'il m'auoit respondu en riant : Sire de lonuille, foy que dois à vous, je ne me partiray pas si toust d'icy, puisque je y suis. Quand je m'esueillay, je pensay en moy que c'estoit le plaisir de Dieu et de lui, que je le herbergeasse en ma chappelle. Ce que je fis incontinent après. Car j'ay fait faire" vng autel en l'onneur de Dieu et de lui; et là y ay estably une messe perpétuelle par chacun jour, bien fondée en l'onneur de Dieu, et de monseigneur saint Loys...

« Et foys assauoir à tous les lecteurs de ce petit Liuret, que les choses, que je dis auoir veuës et sceuës de lui, sont vraies, et fermement le doiuent croire. Et les autres choses, que je ne tesmoigne que par oir, prenez-les en bon sens s'il vous plaist. Priant Dieu que par la prière de Monseigneur saint Loys, il lui plaise nous donner ce qu'il sceit nous eslre nécessaire, tant au corps que aux ames. Amen. »

Tout entier à ses regrets, à ses souvenirs, le sénéchal de Champagne vit passer plusieurs rois de France. Cependant sa vieillesse était verte; et bien qu'il eût atteint sa quatre-vingt-douzième année, le bon sire se rendit avec un chevalier et six écuyers au camp que l ouis X (le Hutin) réunissait en Artois.

Il vécut encore trois ans après cette expédition.

Le manoir de Joinville n'existe plus; il a disparu, comme tant d'autres monuments qui étaient l'histoire vivante de l'ancienne France. Du moins le livre du chroniqueur restera-t-il, de plus en plus vénérable et précieux.

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