‹ Les célebrités françaisesChapitre 31 sur 208 · JEAN GERSON · texte numérisé non relu

JEAN GERSON

mées Fêtes des fous. Si l'on songe qu'il luttait ainsi |x>ur la cause do la vérité et mémo du progrès dans le teni|is malheureux où Charles VI était presque constamment livré à la démence et où l'étranger avait envahi la France avec le concours de l'indigne reine Isabcau, l'on admirera la fermeté du chancelier.

Mais un événement terrible vint exercer une influence bien grave sur l'existence de Gerson. Nous voulons |tarler de l'assassinat commis dans la rue Barbette sur la |>ersonne de Louis d'Orléans par les ordres du due de Bourgogne, son cousin. Après une courte absence, .lean-sans-Peur osa reparaître; et il trouva un apologiste dans le docteur Jean Petit, qui eut l'impudence de démontrer, par une accumulation de textes sacrés, qu'il est licite de tuer un tyran. Jean Petit résuma sa doctrine en neuf propositions.

C'était avec douleur, avec indignation que le chancelier avait entendu ces monstruosités. Entre st conscience et le |»éril il n'hésita pas , cl non-seulement il prononça l'oraison funèbre du prince assassiné, mais encore il lit condamner par l'Université et l'évèque de Paris les neuf propositions de Jean Petit.

Les Bourgui gnons, furieux, coururent dévaster la maison du chancelier, et celui-ci n'échappa à la mort qu'en se tenant caché durant deux mois dans l'église Notre-Dame.

La vérité était si chère à Gerson, qu'il la disait toujours, au roi comme au |>euple. Sa jiensée ardente lui suggérait sans cesse des remèdes aux maux publics; il avait quelque pressentiment du système représentatif lorsqu'il conseillait au souverain « de faire venir des principaux points du royaume des personnes, tant nobles que clercs et bourgeois, pour entendre de leur bouche le libre exposéde la situalion misérable de leurs contrées. »

Nulle part nous ne le voyons aussi grand, aussi pratiquement chrétien, que lorsqu'il se mesure avec le schisme d'Occident.

Vers la fin du quatorzième siècle, deux papes avaient été nommes presque en même temps, l'un à Avignon, l'autre à Rome. De là une anxiété cruelle pour les nations qui, se partageant entre les deux antagonistes, avaient lieu de se demander de quel côté se trouvaient l'infaillibilité et le droit d'excommunication.

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Envoyé en ambassade auprès de Benoit XIH, Gerson, que le schisme remplissait de douleur, s'efforça d'obtenir l'abdication de ce pape. Il n'y réussit point et proclama, au retour, la doctrine de la suprématie des conciles généraux. Il ne se borna pas à émettre ces principes dans un traité sj>écial, il les soutint encore victorieusement au sein du concile de Pise, lequel prononça la déchéance des deux papes, qu'il remplaça par Alexandre Y. — La résistance des jh. utiles supprimés nécessita la tenue d'un autre concile, celui de Constance, où, comme on sait, furent jugés et condamnés au feu Jean Huss et Jérôme de Prague, ces malheureux précurseurs des informateurs du seizième siècle. Gerson avait été chargé par le roi et l'Université de poursuivre la condamnation des neuf projjositions de Jean Petit. 11 ne faillit pas à ce devoir. Mais la haine du duc de Bourgogne était trop vigilante pour lui permettre de revenir dans sa patrie. Ainsi, au sortir des travaux du concile, Gerson, proscrit, prit à pied le chemin des montagnes de la Bavière. Il n'était pas à plaindre, car il avait combattu pour la cause immortelle de la vérité. De retour en France, il se retira à Lyon, dans le couvent desCélestins, dont son frère était prieur. Ia*s dix années qu'il passa dans cette sainte retraite furent peut-être les plus douces de sa vie : enfin il jouissait des joies pures de l'ascétisme, il entendait de loin la vaine rumeur du monde et, tout en aimant comme par le passé, les jeunes enfants et se faisant petit avec les petits, il ajoutait de nouveaux chapitres à cette immortelle Imitation dont Fontenelle a écrit : « C'est le plus beau livre qui soit sorti de la main de l'homme; car l'Évangile n'en est pas. »

Il s'était toujours surnommé, le pèlerin, jugeant avec raison qu'il n'était que dans un lieu de passage. Ainsi, la veille de sa mort, il pressentit que son rude voyage allait être terminé; et ayant rassemblé les petits enfants dans l'église où il les instruisait d'ordinaire, il leur adressa une dernière et touchante allocution, puis leur fit réciter cette prière : «Mon Dieu, mon créateur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Jean Gerson ! »

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YALENTLNE DE MILAN

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