‹ Les célebrités françaisesChapitre 33 sur 208 · VALENTINE DE MILAN · texte numérisé non relu

VALENTINE DE MILAN

toujours il voulait voir celle qu'il appelait sa chère sœur. Sans douhelle avait dans I»; regard, dans la voix, ce charme qui console, qui soulage, qui guérit.

Comment eussent-ils compris celle influence de la charité, cette puissance de la tendresse, tous ces hommes, toutes ces femmes de la cour qui abandonnaient si cruellemenlle malheureux roi pour suivre l'ingrate et infidèle Isabeau de Bavière dans ses fêtes criminelles? Charles VI était un délaissé; et voici pourquoi elle s'attachait tant à lui, celte sœur mélancolique qui, elle aussi, était une délaissée. Louis d'Orléans n'avail pas tardé à sacrifier sa femme à toutes les héroïnes de ses aventures. Valenline avait souffert et s'était résignée, cherchant ses consolations dans la prière, le soin de ses enfants et la compagnie du pauvre fou.

Louis d'Orléans fut souvent dur et cruel pour sa femme. Non conlenl de la désoler par son abandon, il ('éloigna de sa présence. Quelque temps il la relégua à Neufchàtel. Plus la ni , cependant, tout en persévérant dans sa folle conduite, il rendit à sa femme un peu de sa sollicitude et de sa confiance. Vers la fin de son existence, ce prince consultait Valentine sur ses projets si incertains, si périlleux, et qui devaient aboutir au subit renversement de sa fortune et de sa vie.

Un jour on rapporta à Valentine le corps inanimé de Louis d'Orléans, assassiné par les hommes de Jean sans Peur, au coin de la rue Vieille-du-Temple. Devant ce cadavre Valentine oublia tout, excepté le serment religieux qui avait lié son existence à celle de Louis. Elle n'eut plus qu'une pensée, celle de faire punir les assassins de son mari. On la vit, avec ses enfants, pâle et désolée, se jeter aux pieds du roi et demander justice. Elle pleurait à toucher tous les cœurs. On l'écoula, on s'attendrit; mais, comme le meurtrier était puissant et populaire, on ne fil pas droit à la pauvre veuve. Elle dut subir la vue de l'assassin, entendre les échos des acclamations qui saluèrent son retour, apprendre que dans la chaire chrétienne on avait prononcé son éloge et que le roi lui avait accordé des lettres de l'émission « pour avoir fait mettre hors de ce monde son frère le duc d'Orléans. » Ses enfanls furent obligés à feindre une réconciliation avec le vainqueur.

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Veuve deux l'ois, frappée par le crime et l'impunité du coupable, transfigurée par son rôle de vengeresse impuissante, Valentine se désespéra, et bientôt tomba dans une triste et douloureuse langueur qui la conduisit vers la mort. Tout esjioir lui était ravi. Qu'avait-elle à faire en ce monde, où elle ne pouvait pas môme obtenir un tombeau pour son mari? La faiblesse, la timidité de ses cnfanLs, lui faisaient craindre que jamais le crime n'eût son expiation. Elle n'espérait pas de vengeurs dans sa famille. L ue seule consolation lui restait, c'était de voir grandir, ardent et courageux, ce fds de son adoption qui devait s'appeler Dunois et qu'elle avait élevé comme ses propres enfants. Elle le serrait souvent contre son cœur en lui disant : « Ah ! tu m'as élé dérobé! c'est toi qui vengeras ton père! »

Mais, malgré la tendresse de cet enfant, qui l'aimait comme si mère, lasse, découragée, aspirant à la vie des bons et des purs, captive dans le momie des traîtres et des parjui'es, Valentine s'éteignit avec bonbeur, et celle qui avait élé grande un moment et douce à toute heure disparut en redisant une fois encore : « Hien ne m'est plus, plus ne m est rien ! »

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