ALAIN CHARTIER
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On est trop disposé généralement à considérer Alain Charlicr comme le père- de la poésie française. Il fut glorieusement précédé dans ce domaine par Thibaut, comte de Champagne, Guillaume de Lorris, Jean de Me un et Jean Froissard. El même Christine de Pisan, (jui écrivait avant lui, tint la balance égale avec celui auquel ses succès firent décerner, dès sa jeunesse, les titres « d'excellent orateur, noble poète et très-renommé rhétoricien. »
Contrairement à l'usage qui a mené droit à l'hôpital tant de l imeurs el écrivains, Alain Charlier n'avait pas seize ans que déjà
ALAIN CHARTÏEH
il était nommé, par le roi Charles VI, clerc, notaire et secrétaire de sa maison, avec charge d'écrire l'histoire de son temps : à quoi il s'employa très-diligemment; et nous voyons que ses fonctions lui furent continuées par Charles VII. Sa douceur, son esprit, son inspiration naïve, lui avaient concilié toute la cour. La tradition dit que Marguerite d'Ecosse, femme du Dauphin, depuis Louis XI, tint le bon Chartier en grand honneur.
On pourrait dire : Heureux homme, dont la vie n'a pas eu d'autres événements que des ouvrages, si Alain Chartier n'avait été que le poêle s'amusant à des jeux «l'esprit, à des idylles et des ballades; mais son époque sombre et tourmentée déteignait sur lui, et le prosateur se mêla avec son inspiration honnête, avec ses appels à la foi et à la conciliation, aux tristes événements dont il fut le témoin. Dans le Livre des trois Vertus, il parla le langage de la religion ; celui de l'honneur, dans le Quadribque invectif. Ce dernier mol s'appliquait, |K)ur Alain, à la censure sévère, bien que paternelle, qu'il avait à infliger aux vices du temps. C'est un dialogue entre le Peuple, la Noblesse et le Clergé, formulant devant la France des plaintes réciproques, des accusations mutuelles. Quand la querelle a duré assez, la France invite ses enfants à se mettre d'accord, à s'unir contre l'ennemi commun.
C'est un tableau des plus saisissants, des plus exacts, et qui serait précieux pour l'historien.
Le Livre de* quatre Dames esl une touchante élégie sur le désastre d'Azincourt.
Mais le temps allait venir où Alain, reprenant courage, verrait la noblesse entière se rallier autour de Charles VII, presser les Anglais et peu à peu les chasser vers leurs vaisseaux. Dès lors il senlit vibrer en lui les cordes poétiques, et il put se donner les doux loisirs qui se sont traduits par ces titres gracieux : le Débat du Réveille-matin, le Lay de plaisance, la Belle Dame sans mercy, et surtout le Débat des deux Fortunes d'Amour.
Peut-être ne lira -t on pas sans intérêt une strophe que nous extrayons d une de ses poésies. La grâce du ton s'y unit à la gravité de la pensée, et ce vieux langage a du charme.
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O fui» des fol*, et les fols mortels homme* <.hii vous lier tant ci Liens .le fortune, Kn relie terre et pay.% où nous sommes, \ ïtci tous de chose propre aucune ?
Voua n'y avez chose vostre nessimc.
Fors les beaux dons de grke ci de nature. Si fortune donc par eau d'aventure Vous toull les bieus tpjc vostres vous laiKS, Tort ne vous fait, ainçois" vous fait droiture Car vous n'avira rien quand vous faites net.
La langue française — et surtout la langue |>oélique — t'hait dans un étal d'enfance barbait' lorsqu'Ahiin Charlier la prit, la mania et lui donna un tour aisé, préparant ainsi la voie à Villon el à Clément Marot. Mais, pour croire et dire qu'il exerça stir son siècle une influence sans jwrtage, il faudrait oublier qu'il fut précédé de quelques années par Christine de Pisan, el eut pour contemporain ce charmant poêle de sang royal qui s'appela Charles d'Orléans.