‹ Les célebrités françaisesChapitre 41 sur 208 · JACQUES CŒUR · texte numérisé non relu

JACQUES CŒUR

A l'aillant cœurs rien impossible.

Celle belle et noble devise se lit encore sur une balustrade en pien-e découpée à jour qui décore l'hôtel de ville de Bourges, l'ancienne demeure de Jacques Cœur, laquelle passait pour la plus belle maison du royaume en 1 440. L'opulent argentier avait choisi celle héroïque maxime pour former son blason, et il nous dévoile ainsi le secret de sa fortune colossale : audace et naïf orgueil.

Par la grande aptitude qu'il développa dans les affaires commerciales, Jacques Cœur, sous le tilre modeste d'argenlier du roi, devint tour à lour ambassadeur el maître des monnaies de Charles VU. Il fut le bienfaiteur de son pays, l'homme le plus riche de son siècle, également célèbre par sou patriotisme et son savoir. Sa vie pleine d'aventures elde mystères nous présente un triste exemple, du néant des grandeurs humaines. Malgré toutes les difficultés qu'il dut éprouver dans ces temps de barbarie et de destruction, il était arrivé à la plus haute fortune. Il faisait un trafic considérable sur terre et sur mer. lin pied en Orient, un pied en France, seul il luttait contre le génie industriel des républiques de Gènes cl de Venise. Familiarisé avec les haules idées, il sentit de quelle importance serait pour sa patrie l'acquisition de la Normandie, el il prêta au roi le nerf île la guerre, l'argent nécessaire pour la reconquérir. Il entretint quatre

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armées à ses (rais, rétablit les monnaies, et fui le vrai fondateur du commerce en France et de l'ordre dans les finances.

Nous avons dit que Jacques Cœur avait rempli des missions pour son roi. En effet, il appuya Fregose dans une expédition sur Gênes; mais ce même Fregose qui, grâce à lui, avait dépouillé de la dignité do doge son compétiteur Barnabas Adorno, refusa de reconnaître la suzeraineté du roi de France, en disant : « J'ai conquesté le pays cl la ville à l'espée, et à l'espée les garderai contre tous. » Réponse lière, mais qui témoignait d'une bien mince gratitude.

Jacques Coeur fut plus heureux dans son ambassade auprès d Aniédée Mil, duc de Savoie, qui avait accepté la tiare sous le nom de Félix V et qu'il décida à abdiquer et à reconnaître Eugène IV, le pape légitime.

Il obtint aussi du sultan d'Egypte, qui faisait aux chevaliers de Itliodes une guerre acharnée, de cesser des hostilités accablantes pour l'ordre. Son nom et ses présents eurent plus de poids que la lance des chevaliers.

Après tant de services rendus, Jacques Cœur fut anobli, el parvint au faîte des honneurs. Quand Charles VII vint prendre possession de la Normandie, il voulut que son habile et modeste conseiller à qui il reconnaissait devoir une partie des succès de la guerre, parût en cette circonstance avec distinction. Sire Jacques Cœur, l'argentier, figura dans celle marche triomphale sur le même rang et dans le même équipage que le beau Danois.

C'eût été un miracle si de telles faveurs, de si grandes richesses surtout n'avaient pas excité la haine des uns, la convoitise des autres. Un parvenu, un homme sorti du peuple marcher à côté des premiers seigneurs du royaume! quelle audace! D'autant plus que la plupart de ces seigneurs étaient ses débiteurs, el que le |>oids du bienfait leur semblait lourd.

Une circonstance vint donner un chef à ce complot tacite des aniniosités cupides.

Georges de la Trémouille avait acheté, moyennant vingt mille écus d'or, divers domaines au marquis dcMonferrat. Il ne put acquilter sa dette el vil avec rage tous ces biens passer enlre les mains de

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Jacques Cœur qui solda le prix d'acquisition. La Trémouille associa le seigneur de Chabannes à sa vengeance, el il mil du complot Jeanne de Vendôme. Une circonstance imprévue les rendit maîtres de l'esprit du roi qui avait résisté à tous leurs efforts.

Agnès Sorel fut frappée d'une mort presque subite à l'abbaye de Jumiéges où elle était venue rejoindre Charles VII. Les ennemis de l'argentier travaillèrent à aigrir la douleur du roi et à faire j»asser Jacques Cœur pour l'empoisonneur d'Agnès Sorel.

Un ordre est arraché au monarque; et le fidèle servi leur se voit jeté dans un cachot. On lui enlève tous moyens de justification, on lui défend toute entrevue avec son fils, l'archevêque de Bourges, on le dépouille «le ses biens qui sont partagés entre ses accusateurs, et ce >onl ceux-là mêmes qu'on lui donne pour juges. Cependant les commissaires chargés d'instruire l'affaire ne purent se soustraire à l'évidence de la vérité : ils déclarèrent mal fondée l'imputation de complot el condamnèrent Jeanne de Vendôme à faire, comme calomniatrice, amende honorable à Jacques Cœur.

Mais les ennemis ne se décourageaient pas : le procès fut recommencé. On appela en témoignage des gens perdus d'honneur, et l'on refusa d'entendre les hommes honorables qui eussent justifié Jacques Cœur; on exigea qu'il produisît des papiers utiles à sa défense, el il n'avait aucun moyen de se les procurer. Enfin pour vaincre sa résistance on étala devant lui les instruments de la torture... Alors cet homme que l'énergie et la conscience avaient soutenu, faiblit devant la question et avoua les crimes qu'on lui imputait!

Le but était atteint. On transmit au roi les aveux de l'accusé, el le chancelier Guillaume Jouvenel desUrsins libella longuement l'arrêt par lequel Jacques Cœur, déclaré atteint et convaincu de concussion, exaction, lèse-majesté, etc., était condamné à faire amende honorable au roi, nu-tête, une torche à la main, el de plus banni à perpétuité.

Cinq jours après, il subissait sa sentence, en présence d'une foule innombrable accourue pour assister à ce spectacle.

Mais si les vautours de la cour s'étaient acharnés à la perte de l'homme opulent dont ils convoitaient les trésors, en revanche, on

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vil briller le dévouement de serviteurs reconnaissants, de marins lidèles qui devaient à Jacques Cœur leur fortune et restèrent ses amis dans le malheur. La fidélité est une vertu trop peu commune pour qu'il ne soit pas toujours opportun de la glorifier. C'est ainsi que l'histoire nous a conservé avec admiration le nom de Jean de Village, l'un des facteurs ou commis de Jacques Cœur. Non-seulement il refusa bravement de remettre aux gens du roi les navires de son maître, mais encore il parvint à le faire échapper du couvent des Cordeliers de Tnrascon chez lesquels on l'avait conduit. Avec l'aide d'une vingtaine de compagnons de guerre, il conduisit Jacques Cœur à Marseille, puis à Nice, d'où il se rendit heureusement à Pisc.

Jacques Cœur alla se réfugier auprès du pape Nicolas V, qui accueillit avec une bonté toute paternelle le proscrit ruiné, se rappelant qu'il l'avait déjà reçu dans la ville éternelle lorsqu'il y était venu, heureux et puissant, à la tète d'une magnifique ambassade.

Conslanlinople était tombée au pouvoir des Turcs en i 455. Ce grand et sinistre événement avait attristé toute la chrétienté. Le pape Caliste 111 tout animé de l'ardeur des croisades confia à Jacques Cœur le commandement d'une Hotte avec le titre de capitaine général des troupes de l'Église. C'est ainsi que dans l'abandon des princes chrétiens, cet homme généreux répondait à l'accusation d'avoir fourni des armes aux infidèles. Dans le cours de cette expédition lointaine Jacques Cœur, en traversant l'Archipel, tomba malade et mourut à Chio où il fut enterré. C'est et! que rappelle à Bourges la chapelle funéraire des Cœurs. Dans de magnifiques vitraux, Jaeques paraît transfiguré sous le costume de saint Jacques, patron des pèlerins. On voit dans ses armes trois coquilles noires, emblème de son triste et dernier pèlerinage, avec trois cœurs rouges, le triple cœur du héros marchand'.

1 Louis XI ajanl rèliabiliui fui t honorablement la mémoire «le Jacques Cœur, ses enfants i entrèrent en possession d'une partie des biens et seigneuries usurpés si injustement par les ennemis de l'argentier du roi.

RENÉ D'ANJOU

RENÉ D'ANJOU

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L'histoire fournit sans cesse les contrastes les plus frappants. Il n'est pas tic grand homme, de conquérant, par exemple, qui n'ait eu son antagoniste. Si l'on parle do Louis XI, le plus dissimulé, le plus astucieux de tous les rois, on ne manque jamais de lui opposer la fougue, la violence de Charles le Téméraire, son implacable rival. Mais une dissemblance bien autrement marquée exista entre Louis XI et René d'Anjou qui, pour son malheur, régnait à la môme époque que le fourbe habitant de IMcssis-lès-Tours.

Nous n'avons pas besoin de rappeler ce que fut Louis XI, quelques mots suffiront pour faire saisir la dissemblance. René d'Anjou, roi de Sicile, était fastueux, courtois envers les dames, ami des lettres, écrivain lui-même à ses heures de loisir, brillant chevalier, brave sur les champs de bataille. Il se plaisait à ordonner des tournois, et il composa même a ce sujet un traité spécial; il s'entourait volontiers d'artistes et de troubadours. I,c bonheur, le bien être du peuple était son rêve favori, son soin principal; il était, grand aumônier, et. jamais un pauvre ne le quitta les mains vides. L'approcher, c'était l'aimer. Tout ce qu'il y avait de guerriers illustres et d'érudits se pressaient à sa cour, où l'on ne savait pas ce que c'était que la haine, la dissimulation et la peur.

Fendant ce temps, Louis XI ordonnait des supplices, à l'instigation d'Olivier le Daim, son barbier, et il les faisait exécuter par son compère Tristan l'Ermite...

René naquit en 1408, dans le vieux donjon du chAlcau d'Angers : il était le second fils de Louis II, roi titulaire de Sic ile cl de Jérusalem, duc d'Anjou, comte du Maine et de Provence. Il n'eut «l'abord pour tout apanage que le comté de Guise : mais son grand-oncle maternel, le cardinal Louis de Rar, le prit en une telle amitié, qu'il

xfi HE NÉ H\\.\Jor

lui légua son (lucli<; cl, de plus, lui assura l'expectative de la Lorraine en le (lançant à Isabelle, fille aînée et héritière île Charles II, connétable de France. René eut pour compétiteur le comte Antoine de Vaudcmont, seul prince du nom lorrain qui, avec l'assistance de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, gagna la bataille de Bulgreville. Fait prisonnier, après une résistance désespérée, René fut conduit à la tour du palais de Dijon. Cette captivité, bien que consolée par les égards de Philippe, dura un assez long temps; si bien que le pauvre René peignait, par symbole, des « oblies d'or » sur les murs qui le renfermaient. Cependant, son épouse dévouée Isabelle ne négligeait aucune démarche pour lui faire rendre .sa liberté. Au moment même où René semblait le plus en butte aux rigueurs du sort, la mort de son frère aîné lui conféra le vaste héritage paternel, et en outre le royaume de Naples lui fut dévolu, par l'adoption de la fameuse Jeanne II.

Redevenu libre, il court rejoindre à Naples Isabelle qui l'y avait devancé, et s'était fait proclamer régente au nom de son époux. L'inconstance des Napolitains fit tourner les chances en faveur d'Alphonse, roi d'Aragon. Il fallut quitter la belle Campanie...

De retour à Nancy, René mit son épée au service de Charles YH, unit sa fille Marguerite à Henri VI, roi d'Angleterre, donna la Lorraine à son 'fils aîné le duc dcCalabre, cl transporta sa cour à Angers, où il institua l'ordre religieux et militaire du Croissant avec, cette devise : « Loz en croissant. » Ce fut l'époque où il multiplia las tournois dans ses États.

Mais les plus rudes épreuves lui étaient réservées. La mort faucha autour de lui; le malheur frappa sa fille bien-aiméc Marguerite; il vit son fils lutter péniblement en Italie contre des rivaux nombreux et déterminés; lui-môme, il fut soudain dépouillé de l'Anjou par Louis XI, qui avait feint d'aller faire visite à son vieil oncle et qui mit dans Angers une garnison écossaise. A la nouvelle de cette félonie, René se contenta de dire : « Je ne offensay le roy de France par quoy il me dust faire ung tel tour; mais le vouloir Dieu soit faict, qui m'a tout donné et me peult oster a son plaisir. »

René se réfugia en Provence, et Louis XI lui prit encore son du-

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ché de Bar. Il le fit môme citer devant la cour des pairs comme accusé de haute trahison et d'intelligence avec « le Bourguignon. » La perspective de l'héritage de Provence put seule désarmer le Ivran.

A Aix, où il acheva sa vie en 1480, il renouvela les bienfaits qu'il avait semés autour de lui à Angers. Jamais la Provence ne fut aussi heureuse que sous le « bon roi René, » dont la sollicitude éclairée s'étendait à toutes choses et qui, tour à tour guerrier, poète, musicien et peintre, mil partout l'empreinte de sa vivacité et de son goût. Les divers livres qu'il avait composés smTt ornés de miniatures précieuses qu'il exécuta lui-même; et s'il a écrit le Mortiftement de raine Plaisance, traité mystique, il a fait aussi une satire piquante des déceptions des courtisans et des siennes.

Lorsque la majesté de son trône ne réclamait jus une pompe convenable, René se montrait ennemi du luxe. Sa campagne ou bastide, située sur les bords de l'Arc, aux environs d'Ail, n'était meublée que de coffres grands et propres à s'asseoir et de bancs de bois reinbourrés, couverts en cuir, ou de grossiers tapis. Les salles et les chambres n'en avaient pas d'autres, les murs étaient ornés de tapisseries de laine, et les rideaux du lit de René étaient en toile bleue, comme à son palais d'Aix. A Marseille, dont le séjour était si attrayant pour lui, on le rencontrait souvent seul sur le port pendant l'hiver, causant familièrement avec les patron.-, pêcheurs et leurs prudhommes. Il accorda au port de très-grands privilèges. Ses promenades favorites, qu'il faisait dans les lieux exposés au soleil, portent encore le nom de cheminée du bon roi René. La ville d'Aix lui dut une foule d'embellissements. Il aimait à aller s'asseoir dans la campagne sous quelque olivier et rendre la justice en plein air, comme autrefois saint Louis. René n'avait nullement besoin de recourir à ses officiers, pour appeler les parties intéressées qui invoquaient sa décision : doué d'une mémoire extraordinaire, il connaissait presque toute la population de sa capitale.

Malgré ses malheurs, il avait conservé une légère teinte de sa première gaieté. \\ se plaisait à voir danser la morisque, a entendre les quolibets de son bouffon Phellipeaux, et à assister à la représen-

NARGUfilUTE D'ANJOU

lation de mystères, tels que la Moralité de l'homme mondain, pièce à quatre-vingt-deux personnages. Mais le plus grand plaisir qu'il se donnât, c'était de faire le bien ; jamais il ne se sentait plus heureux que lorsqu'il avait à expédier des lettres de grâce ou de commutation de peine, à récompenser «les services ou à distribuer quelque bienfait. Aussi, répétait-il souvent : « La plume des souverain* ne doit pas être paresseuse. » Comme rien ne paraissait plus pénible aux yeux de Hcné, que d'être obligé de refuser, il lui arrivait d'être importuné par des solliciteurs qui abusaient de sa bonté; alors il en plaisantait lui-même. C'est ainsi qu'un de ses barons le tourmentant à plusieurs reprises, pour en obtenir une nouvelle faveur : « Vous verrez, dit en souriant René, qu'il me demandera à la lin mon comté de Provence. »

Sa mort fut belle comme sa vie : « Priez seulement |K»ir l'àme! » disait-il. Et il fit celte recommandation à Charles du Maine, son successeur : « Aymez vos peuples comme je les ay aymez. Dieu venlt que les roys luy ressemblent bien plus par la débonnaireté que par la puissance. »

Croirait-on que malgré le profond souvenir que les Provençaux avaient gardé de René, ce fut seulement sous la Restauration qu'une statue fut élevée au « bon roi! »>

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Personne n'eut jamais plus de titres de souverain que René d'Anjou : mais en même temps René, entouré de voisins puissants et dépouillé successivement de la plupart de ses possessions, était si pauvre qu'il se trouvait fort empêché de marier sa fille Marguerite. Il n'eût assurément pas trouvé un sou de dot dans ses trois royaumes de Sicile, d'Aragon et de Jérusalem. Tout à coup, une occasion ines-

pérée s'offrit à lui : la belle Marguerite, la princesse la plus accomplie de l'Europe, allait monter sur le trône «l'Angleterre en épousant Henri VI !

; Quelques mots sont nécessaires pour expliquer la position toute particulière de ce roi :

Édouard 111, de trop glorieuse mémoire, avait eu sept fils. L'aîné, le prince de Galles, surnommé le Pritice noir, à cause de la couleur de son armure, devança son père dans la tombe. Richard II, le fils du prince Noir, succéda à son aïeul ; mais il fut dépossédé par le comte de Derby, fils du duc de Lancaslre, quatrième fils d'Edouard . Ce duc de Derby régna sous le nom d'Henri IV et légua son trône à Henri V. C'était, on le voit, un trône usurpé, mais le génie avait éfé une excuse que ne pouvait faire valoir le faible Henri VI, qui passa sa vie dans une imbécillité rarement lucide. Le duc de Glocesler, oncle du roi, le tenait sous une tutelle despotique.

Pour mettre fin à celle autorité, un parti se forma, ayant à sa tète le comte de Suffolk. On chercha une princesse au caractère énergique, et c'est ainsi que Marguerite fut choisie.

Ah ! lorsque pour ce mariage il se célébra des fêtes si brillantes à Nancy, où u furent les roys réunis el autres en moull grants et somptueux estais el très-riches habillements, » la fille de René se doulait-elle des douleurs qui l'altcndaient !

A peine couronnée à Londres, elle s'aperçut de la complète incapacité d'esprit du monarque anglais. Dès lors son parti fut pris : elle résolut de gouverner virilement. Son premier acte d autorité, acte trop violent, fui l'arrestation de (ilocester qu'on trouva mort dans sa prison.

(let événement et diverses autres causes produisirent un mécontentement que Richard, duc d'York, héritier légitime par les droits de son père, Edouard Morlimer, s'empressa de mettre à profit.

De là celte terrible guerre des Deux-Rose$\ qui déchira si longtemps l'Angleterre el coûta la vie à tant de princes; car on ne s'y

1 La rn«» roujje «le Lanrastre la rw blanche d'York

faisait pas de quartier, et la hache «1 n bourreau fonctionnait à côté île l'épéc du chevalier.

La première rencontre des deux années eut lieu à Saint-Alban's. Marguerite perdit la bataille. Henri VI, ce spectre royal qu'elle (rainait à sa suite, fut blessé et tomba au pouvoir de l'ennemi.

Le duc d'York eut la générosité de se contenter du titre de Protecteur. Marguerite indignée profite d'un moment de lucidité du roi et. le mène au Parlement où il déclare être en étal de ressaisir le pouvoir.

La guerre se rallume. Cette fois, le duc d'York s'est assuré du concours de Warwick le faiseur de rois. Ils marchent sur Londres; Marguerite vole à leur rencontre; elle est vaincue à Northampton. Henri VI devient encore le prisonnier du duc d'York.

Prenant son fils dans ses bras, Marguerite parcourut le nord de l'Angleterre. Son courage, ses infortunes, sa constance lui gagnèrent de nombreux partisans. Suivie de forces considérables, elle arrive près Wakefield et détermine à une bataille le duc d'York, qui n'avait que cinq mille hommes. Victime de son imprudence, le duc est vaincu et tué. Sa tète, surmontée par dérision d'une couronne de papier, est plantée sur les murailles d'York. Le père de Warwick, le comte de Salisbury, est pris et mis à mort. Le deuxième fils du duc d'York, le jeune comte de Kutland, est égorgé sans pitié. Il n'avait que douze ans, et il demandait grâce à genoux !

Malgré ce succès, malgré une victoire remportée sur Warwick à Saint-Alban's, Marguerite fut obligée de se réfugier de nouveau dans le nord.

Le fils aîné du duc d'York entra à Londres où il se lit proclamer sous le nom d'Kdouard IV, le 3 mars 1461 .

Mais Marguerite revenait avec soixante mille hommes. Le choc dit lieu le jour de Pâques fleuries; la lutte dura depuis le matin jusqu'à la nuit ; il y avait trente-six mille cadavres sur le champ de bataille dont Edouard IV resta maître.

L'Écosse donna asile à Marguerite, mais ne put rien faire de plus. Louis XI, que l'infortunée reine alla solliciter, était trop prudent pour s'engager dans une guerre contre l'Angleterre. Tout ce

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qu'il accorda à sa parente, ce fut un corps de deux mille hommes, commandé par Henri deBrézé, sénéchal de Normandie, dont il n'était j«s fâché de se débarrasser.

La reine, battue par la tempête, aborda enfin à Harwick. Son rival l'attaqua aussitôt, et la victoire qu'il remporta à Exham, dans le Northumberland, força Marguerite de fuir à travers l'épaisseur d'une forêt. Là, elle tomba au milieu «l'une bande de voleurs qui la dépouillèrent. Ces misérables se disputèrent bientôt leur riche butin. Marguerite profita «le cette circonstance pour s'échapper. Au détour d'un sentier, elle se trouva face à face avec un autre bandit. Sans s'effrayer, elle marche droit à cet homme : « Sauve le fils de ton mi ! » lui dit-elle, en lui présentant le jeune prince. La pitié saisit le cœur du bandit; par des chemins détournés, il conduit la reine jusqu'à un petit port de mer où elle réussit à s'embarquer.

Elle arriva à l'Écluse. Le «lue de Bourgogne l'accueillit avec les égards dus à ses malheurs.

Au bout de six ans, Marguerite, dont rien n'avait épuisé le courage, put espérer que la fortune allait enfin tourner en sa faveur. Warwick s'était brouillé avec Édouard IV, et avait entraîné dans son parti Clarence, le propre frère du roi.

Warwick organisa une expédition, marcha sur Londres, en chassa Edouard, relira Henri VI de la Tour et convoqua un nouveau parlement.

Mais Edouard qui s'était sauvé auprès du duc de Bourgogne son allié, ne tarda pas à reparaître. Warwick ne voulut pas attendre Marguerite, dont il connaissait l'humeur altière. Le jour même où la reine débarquait à Weymoulh avec des troupes françaises qu'elle avait obtenues de Louis XI, une bataille terrible s'engagea dans la plaine de Barnett. Par une de ces méprises qui arrivent si souvent à la guerre, Warwick vit ses troupes se charger mutuellement. Il se précipita en désespéré dans la mêlée où il succomba glorieusement.

Quelques jours après, la reine qui s'était avancée dans le Devonshire, fut attaquée vivement et prise avec son fils. Le jeune prince de Galles, conduit devant Edouard IV, dit avec fierté au vainqueur, qui lui demandait comment il avait osé entrer à main armée dans le

royaume : a J'y suis venu réclamer les droits de mon père et venger ses injures. »

Cette noble réponse fut le signal de sa mort. Edouard, inité, lui jeta son gantelet au visage, et aussitôt le jeune prince fut égorgé par trente épées. Cette fois on voulut se débarrasser de Henri VI pour no plus laisser de prétexte à la révolte. Le malheureux roi fut tiré de la Tour, promené dérisoiremenl dans les rues de Londres, puis mis à mort. Marguerite eût subi le même sort sans la crainte qu'inspirait Louis XI. Ce ne fut cependant qu'après avoir langui quatre ans dans les fers, qu'elle fut rachetée parce souverain, moyennant une rançon de cinquante mille écus. Il est vrai que Louis XI, qui ne donnait rien pour rien, s'était fait céder par Marguerite ses droits éventuels sur la Lorraine, l'Anjou, le Barrois et la Provence.

La lin de la vie de Marguerite fut vouée à la retraite la plus triste et la plus austère. Durant sept années, celte femme, la plus malheureuse peut-être qui soil jamais montée sur un trône, put repasser dans sa mémoire les actes du drame horrible qui s'était joué autour d'elle et dont son caractère implacable n'avait que trop multiplié les sanglantes péripéties.

>t n UtS — mort rs tus

On ne connaît généralement Louis XI qu'avec le dos voûté, l'extérieur sordide et son vieux chapeau orné d'une Notre-Dame en plomb, tel que Walter Scott l'a dessiné dans son immortel roman de Quentin Durward. C'est ne voir qu'un côté de sa figure.

Il y eut d'abord le dauphin, hardi chevalier, ami des lettres comme des combats, aventureux à l'excès, et si impatient de porler la couronne, qu'il entra dans tous les complots contre son père.

Les temps durs qu'il avait traversés en venant au monde à l'époque

lOUlS Al

Louis XI Olivier if Daim

des grands désastres de la royauté, durent sans doute déposer et fortifler en lui la pensée qui traversa tout son règne. Mais au lieu de prendre l'épée, comme Philippe-Auguste et Charles VII, il préféra employer la ruse et s'appuyer sur le bourreau ; ce fut par la hache qu'il frappa la féodalité. Ses moyens furent vils et méprisables; cependant son œuvre fut utile, et le but a fait excuser les moyens, puisque en réalité l'ensemble de la France et l'avènement de l'ère moderne datent de Louis XI.

Il eut pour mère la vertueuse Marie «l'Anjou, pour parrain le perfide duc d'Alençon, qui passa sa vie à trahir tout le monde ; malheureusement il ne ressembla qu'à son parrain.

Sa première révolte contre son père eut lieu au lendemain de la restauration de Charles VII. Elle éclata à Niort, sous le nom de la praguerie. Il avait pour complices les principaux vassaux, et il feignit d être leur otage. Le roi dispersa les confédérés et pardonna.

Louis mérita sa grâce en allant prendre Dieppe aux Anglais. De nouvelles menées le firent reléguer dans son gouvernement de Dauphiné, où il joua à la royauté en traitant avec plusieurs souverains. Ses intrigues devinrent si notoires, que Charles VII ne put les supporter davantage. En conséquence, il ordonna au sire de Dammartin de se saisir des domaines et de la personne du dauphin. Mais déjà l'avisé prince s'était enfui sous prétexte d'aller en pèlerinage, cl il arriva ainsi chez le duc de Bourgogne qui tenait à Arras une cour plénière et y agitait un projet de croisade. Le dauphin feignit de vouloir se croiser. Qu'aurait pensé saint Louis de celle mascarade sacrilège?

C'est à Cennape, ville du Ilainaut, que Louis apprit la mort de son père. Il se hâta d'aller se faire sacrer à Reims, tandis que Tanneguy- Duchàlel payait de ses propres deniers les funérailles du feu roi. Son premier acte fut de menacer les membres du précédent conseil, de destituer le chancelier Juvénal des Drsins, de rétablir en leurs honneurs et prérogatives tous ceux qui avaient conspiré contre Charles VII, notamment Jean d'Armagnac elle comte d'Alençon. Sa duplicité ne tarda pas à lui créer partout des ennemis, car elle avait fomenté des troubles de tout coté. La ligue dite du Bien public se

forma, ayant à sa tête le duc de Bretagne. La bataille de Montlhéry où Louis donna d'aussi beaux coups de lance qu'au, temps où il était dauphin, décida la fortune en sa faveur. Cette victoire n'empêcha cependant pas le roi d'être obligé de traiter à des conditions assez désavantageuses. Mais il se fiait à sa maxime : Divixer pour régner, et il se flattait de venir à bout des confédérés en les accablant l'un après l'autre.

Pour commencer sa lutte contre la noblesse, il travailla à se rendre populaire auprès des bourgeois et marchands de Parts, dînant chez eux, tenant leurs enfants sur les fonts baptismaux, renouvelant leurs privilèges, allant même jusqu'à les haranguer ou place de Grève.

Kl pourtant ce roi si cauteleux, qui marchait toujours les yeux fixés sur son but, fut pris lui-même comme la mouche dans la toile d'araignée, le jour où il entra à Péronnc pour y conférer avec le duc de Bourgogne, sans jienser que la révolte des Liégeois, par lui soudoyée, allait éclater au premier moment !

Ce ne fut qu'aux plus dures conditions que Louis XI sortit de Péronne. Ce qui dut lui être le plus sensible, c'est que sa réputation d'habileté y avait succombé, c'est que dans Paris les chansons et brocards couraient les rues, et qu'on avait enseigné aux pies à crier : Péronnel Péronnc! Ce qui fut cause de la mort de ces pauvres oiseaux, dont Tristan l'Ermite fit un massacre général.

Obligé par le traité de donner un gouvernement à son frère, Louis XI lui abandonna, bien qu'à regret, la Guienne. Un empoisonnement le débarrassa de ce rival incommode. Personne ne s'y méprit , malgré les protestations de Louis XI.

Celui-ci cessa de garder aucune mesure vis-à-vis de la noblesse. Il fit tomber la tête du connétable de Saint-Pol ; le sang du duc de Nemours rougit l'échafaud et, par un raffinement atroce, fut versé comme une rosée sur le front des enfants de la victime. Louis XI avait l'habitude d'écrire d'un ton familier, et de parler de supplices en termes plaisants; il y a de la potence dans toutes ses lettres.

Mais ce même homme qui semblait de sa main de fer délier la bourgeoisie aussi bien que la noblesse, éprouvait le contre-coup de

la terreur qu'il avait semée autour de lui. Retiré ou plutôt réfugié dans son triste château de Plessis, il en avait hérissé les abords de palissades, de chausse-trappes, de barreaux de fer, sans compter que ses arbalétriers avaient ordre de tirer sur quiconque approcherait de nuit.

Une bonne nouvelle arriva un jour jusqu'au sombre habitant de Plessis-lès-Tours : Charles le Téméraire avait péri sous les murs de Nancy!... Il ne laissait pour héritière de ses vastes États que sa fille Marie, Il y avait là pour Louis XI la plus belle occasion peut-être d'attacher, soit par un mariage, soit par la conquête, tant de provinces à la monarchie. 11 la négligea ; Marie de Bourgogne épousa Maximilien d'Autriche. Les Pays-Bas, l'Artois, la Franche-Comté et le reste du duché de Bourgogne furent perdus pour la France. Les conséquences de cette faute furent des plus funestes, puisqu'elle a créé la puissance de Charles-tjuinl. Mais Louis XI se préoccupait moins du dehors que du dedans; il était plus soucieux de discipliner son royaume que de l'agrandir. On en peut juger par les conquêtes vraiment utiles qui se firent à l'intérieur sous ce règne. La création des postes, 1'insljtution de l'université de Bourges, celle des parlements de Bordeaux et de Dijon, l'introduction en France d'ouvriers italiens habiles à tisser la soie, enfin l'installation à Paris des premiers imprimeurs deMayence, tels sont les bienfaits d'un règne qui, sans illustrer nos annales, a développé jusqu'à un certain degré la vie de la nation.

La jeunesse de Louis d'Orléans fut ardente, dissipée et pleine de pensées factieuses. A cette époque, si l'on était près du trône,

1 Né m 1462, mort en 1515.

* Née en 147fi, morte en 1514.

l'amorce était trop séduisante pour qu'on ne s'y 'laissât poinl prendre. D'ailleurs, Louis avait des ressentiments à satisfaire; il avait du obéir en frémissant à la volonté despotique de Louis XI, et épouser Jeanne la Boiteuse, la fille de ce souverain, pauvre créature laide et difforme, qui ne lui promettait aucune lignée. De plus, quoique le plus proche héritier de Charles VIII, il avait été exclu de la régence en faveur de la dame de Bcaujeu, sœur aînée du roi, femme d'un caractère allier et dominateur. Louis devint donc l'âme d'une ligue des princes contre l'autorité de la régente, ligue dont le foyer principal était en Bretagne.

Le duc François régnait alors dans celle province, depuis tant de siècles détachée du royaume, auquel elle avait fait de grands dommages par ses alliances perpétuelles avec les Anglais.

L'héritière unique de François était cette jolie et intelligente duchesse Anne, dont sa main et le duché étaient un objet de convoilise ardente pour bien des ambitions, à commencer par celle de Maximilien, roi des Romains. Mais nul plus que Louis d'Orléans ne j»ortait un fervent amour à la jeune duchesse, et il le prouva bien en s'enfermant dans Nantes, que l'armée française assiégeait, el en défendant celte ville à outrance.

L'année suivante (1188), une bataille décisive s'engagea àSainl- Aubin-du-Cormier, entre les troupes des confédérés et celles que commandait La Trémouille. La jalousie mutuelle des chefs coalisés avait préparé leur défaite. Louis d'Orléans fut vaincu el fait prisonnier. La dame de Beaujeu donna contre lui des ordres inexorables : de la prison de Lusignan il fut transféré à la grosse tour de Bourges, où il resta deux ans, el la nuit on avait la cruauté de le mcllrc dans une cage de fer !

Louis avait des amis fidèles : le comte d'Angouléme, père de François I", Georges d'Amboise, el jusqu'à la bonne Jeanne, ne cessèrent de solliciter sa grâce. Charles VIII, qui l'avait toujours aimé, le fil sortir lui-môme de prison, l'embrassa et ne voulut plus le quitter.

Par reconnaissance, Louis travailla au mariage d'Anne avec le jeune roi. Celte union élait d'une énorme importance, puisqu'elle rendait à la couronne une de ses plus belles perles.

A partir de ce jour, le duc d'Orléans, que la dame de Beaujeu, réconciliée avec lui, avait fait nommer au gouvernement de la Normandie, devint le plus actif serviteur de son beau neveu. 11 l'aida valeureusement dans sa guerre d'Italie, détruisit la flotte napolitaine, prii Novare et y soutint, durant six semaines, un siège des plus rigoureux.

Au retour d'Italie, il apprit soudainement la mort de Charles VIII, survenue par accident. Les marques de douleur qu'il donna, à ce sujet, ainsi que les témoignages de son repentir pour le passé, furent touchants.

Il était roi, et son premier soin fut de pardonner à ses anciens ennemis ; de dire tout haut que « le roi de France ne devait pas se souvenir des injures faites au duc d'Orléans, » et de répondre aux courtisans qui cherchaient à l'exciter contre le brave la Trémouille : « Si la Trémouille a bien servi le prédécesseur, il servira de même le successeur. »

Sa reconnaissance appela aussitôt Georges d'Amboise au poste de premier ministre, Georges d'Amboise qui fut « la langue et le bras de son maître. » Son amour pour le peuple éclata dans les réformes générales et l'allégement des subsides diminués d'un dixième, et réduits successivement à la moitié de ce qu'ils étaient sous le précédent règne. Ce fut grande rumeur parmi les courtisans, qui ne vivaient que du luxe et trop souvent des vices du souverain. Ils se vengeaient par des épigrammes. « Laissez-les se divertir, dit le bon roi; j'aime mieux voir les seigneurs rire de mon avarice que mes peuples pleurer de mes dépenses. »

La réorganisation de la justice témoigne, non-seulement de la bonté de cœur de ce monarque, mais encore de l'élévation de son esprit. Sans les excès des guerres de religion et les sombres fureurs des derniers Valois, Louis XII eût avancé d'un siècle la civilisation moderne. Il ordonne Vàgalité de tous devant la loi; il fait abréger les procédures; préside lui-même aux séances du parlement, |>our s'assurer qu'on y rend prompte cl bonne justice; donne au conseil d'Etal une assiette permanente; abolit les confiscations, le droit d'asile, les juges d'épée; institue des parlements en Provence et en

LOUIS XII KT ANNE flE BRETAGNE

Normandie; rétablit l'ordre dans les monnaies, dont il lixe le poids et la valeur; réprime la mutinerie de l'Université et fait cesser, parmi les troupes, les vieilles habitudes de pillerics.

Durant les sept ans de son union avec Charles VIII, Anne de Bretagne n'avait exercé aucune influence dans l'État, et elle avait dû s'effacer devant la dame de Beaujeu, se bornant à faire régner une étiquette minutieuse au palais des Tourncllcs et s'adonnant à des exercices de piété. A peine devenue veuve, elle avait repris le chemin de son cher duché et était rentrée en possession du patrimoine de ses aïeux. Ainsi le péril conjuré autrefois pouvait renaître, si Aime donnait sa main à un prince étranger. La raison politique, d'accord avec l'ancienne affection mutuelle de part et d'autre, amena Louis XII à solliciter du jwpc Alexandre VI l'annullalion de son mariage avec Jeanne. L'infortunée princesse se consola en fondant à Bourges l'ordre de l'Annonciadc'. Pendant que sa triste rivale s'éloignait, la veuve de Charles VIII remontait sur le tronc de France. Mais son rôle était changé : elle voulut avoir ses prérogatives, gouverner son duché à part, sans contrôle et souverainement; elle eut une garde composée de cent gentilshommes bretons; elle reçut les ambassadeurs; elle disposa des plus hautes charges du royaume Le bon Louis XII la laissait agir à sa guise, se contentant de l'appeler « ma Bretonne. » Il avait pour elle un respect et une tendresse inexprimables. Il permettait volontiers aux clercs de la basoche de le chansonner, mais il n'eût pas souffert une épigramme contre la reine. Durant l'expédition d'Italie, il ne cessa d'entretenir avec Anne un commerce d'épitres galantes, toutes parfumées de mythologie.

La seule faute d'Anne de Bretagne, ce fut l'acharnement qu'elle montra contre le maréchal de Gié, de qui elle croyait avoir à se plaindre. Quelque soin qu'on eût pris de chercher partout des accusateurs au maréchal, on ne parvint qu'à faire prononcer son ban-

« Jeanne, vénéra: dans l'Église sous le nom de sainte Jeanne de Valois, mourut en i.%04. après avoir pris l'habit de l'ordre qu'elle avait fondé. Les huguenots brûlèrent ses relique» en 1562. Le pape Clément XII In canonisa en 1758, mais elle était honorée h Bourges depuis sa mort.

nissement de la cour. Le maréchal voulait que la Bretagne ne fût pas séparée de la France; et sa politique prévalut par le mariage de Claude, fille de Louis XII, avec François, comte d'Angoulême.

Anne de Bretagne mourut à Blois en 1513. Ses funérailles se firent avec une magnificence inouïe jusqu'alors.

\jc \" janvier 1515, Louis XII, qui, pour plusieurs motifs, venait d'épouser Marie, sœur du roi d'Angleterre Henri VIII, mourait deux mois après ce dernier mariage; et les crieurs des trépassés disaient par les rues, en agitant leur clochette : « Le bon roy Loys, père du peuple, est mort! »

Nous n'avons pas essayé de suivre Louis XII dans ses expéditions en Italie; la liste de ces combats, de ces ligues sans cesse formées contre la France, sciait trop longue. Toujours dupe de sa bonne foi et de la perfidie des princes étrangers, Louis perdit toutes ses conquêtes, laissant à son successeur des droits, dont la revendication coûta bien cher à la France. Du moins, malgré les malheurs de ces guerres lointaines, mêlées d'autant de gloire que de revers et qui eurent pour seul effet utile d'initier notre pays au mouvement de la Renaissance; le règne de Louis XII fut, à l'intérieur, une ère de prospérité et d'abondance. Si les Étals généraux tenus à Tours en 1506, lui donnèrent par acclamation le litre de Père du peuple, la postérité a confirmé ce nom, « le plus beau et le plus honorable «pie jamais jwrta roi de France1. »

François I" allait monter sur le trône avec sa bouillante valeur, son amour du luxe et des aventures; François, de qui le prudent Louis XII, qui le connaissait bien, disait : « Las! las! ce gros garçon nous gaslera tout ! »

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