CLÉMENCE ISAURE
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\Mi France n vu dans le même siècle, à peu d'années de distance, deux femmes célèbres, qui furent, à des titres bien différents, l'honneur de leur sexe et la gloire de leur pays. C'est d'abord l'héroïne du Nord, la vierge guerrière appelant, le glaive au poing, un grand peuple à sa délivrance. Puis apparaît la douce vierge du Midi : des fleurs d'or à la main, elle vient ranimer par son exemple et ses bienfaits les arts de la paix et le génie des poètes. Aussi, de même que les villes d'Orléans et de Reims consacrèrent le souvenir des exploits de Jeanne d'Arc; de même Toulouse s'honore d'avoir donné le jour à Clémence Isaure sa bienfaitrice, celle que ses contemporains reconnaissants et enthousiastes surnommèrent « Reine de la poésie. »
Issue, dit-on, de l'antique race des comtes de Toulouse, elle naquit vers l'an 1450. La légende raconte que la noble et riche fi I le aima un jeune chevalier, qui fut tué dans une bataille; que, fidèle il eu premier et unique amour, la triste fiancée se consacra au célibat; et que, livrée à une douce mélancolie, elle exhala sa douleur dans des chants tendres et pieux. En cherchant les consolations de la Muse et de la charité, elle rencontra la gloire.
Le luth des troubadours avait rendu la ville de Toulouse aussi célèbre que l'épée de ses comtes l'avait faite puissante. Au commencement du quatorzième siècle, il se forma dans cette noble cité une institution littéraire, un concours poétique, appelé Collège de la gaie science. Sept poètes, « les mainteneurs, » étaient les patrons de cette académie. Ils enseignaient, fixaient les lois d'amour, « leys (Canton,» aux « poursuivants du droit sentier, » et distribuaient les fleurs du gai savoir, que se disputaient une foule de rivaux.
Au premier concours des poêles de la langue d'Oc, ce fut Arnaud Vidal qui obtint la « joie de la violette d'or. » Le poème couronné
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a été conservé. On ajouta ensuite deux autres prix : l'églantine cl le souci d'argent.
La célébrité de ces jeux littéraires sourit à la poétique Espagne J Barcelone et Torlose firent demander des jioëles languedociens pour fonder chez eux de semblables collèges.
La fêle des Fleurs fut plusieurs fois suspendue, par suite des calamités qui désolèrent le pays à diverses époques, et elle allait périr lorsque Clémence Isaure la releva par ses dons et en fut la seconde fondatrice.
Par sa volonté, les femmes y furent désormais admises; Clémence elle-même fut au nombre des juges de la lutte. On choisit pour cette fête le mois de mai, le mois des fleurs et de la Vierge, et la cérémonie s'ouvrit par une messe, un sermon, des aumônes. Douce foi de nos pères, qui faisaient toujours de la piété la compagne du génie et du plaisir! Ces concours prirent dès lors le nom de Jeux floraux. Des fleurs plus riches, qu'on appela nouvelles, ranimèrent l'émulation des concurrents.
La noble Toulousaine mourut en \ 5 1 3. Les registres des capitoiils, magistrats municipaux, parlent à cette époque de « feue dame Clémence, de bonne mémoire. » Sa statue de marbre blanc fut placée dans la salle du grand consistoire, où se célébrait chaque année, le 5 mai, la fêle littéraire. C'était au pied de cette statue qu'on prononçait l'éloge de cette femme illustre, après avoir été jeter «les roses sur sa tombe.
Il ne fallut rien moins qu'une révolution sanglante et la grossièreté républicaine pour effaroucher la Muse craintive et interrompre la célébration de ces jeux de l'esprit. Ils ne furent rétablis qu'en 1806.
Tous les poètes ont chanté à l'envi la rénovatrice des Jeux floraux. Quelques savants, froids analystes, ont voulu contester son existence. Les esprits forts de 95 l'ont traitée d'aristocrate, et ont condamné a être fondue la table de bronze qui immortalisait ses bienfaits. Mais le culte voué à Clémence Isaure par ses compatriotes, partons les esprits d'élile, est une tradition sacrée, et comme un symbole charmant de l'inspiration méridionale.