BAYARD
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Pierre du Terrail, si connu sous le nom de « chevalier Bayard, » naquit en 1i76, au château du Terrail, près Grenoble, en Dauphiné. Son trisaïeul et son bisaïeul étaient morts en combattant pour la France, le premier à la bataille de Poitiers, le second à celle de Crécy. Son grand-père était resté sur le terrain, à la journée de Montlhéry; enfin, son père avait été si grièvement blessé à Ouinegate, qu'il n'avait jamais pu depuis remonter à cheval. Le descendant de tant de héros était digne de recueillir ces glorieuses traditions de famille.
Ce fut un grand jour que celui où le jeune du Terrail prit congé de ses parents pour se rendre, en qualité de page, à la cour du due Charles de Savoie. Quand vint l'heure du dépari, il parut monté sur un vigoureux cheval qui « tentant si petit faix sur luy, » se cabra à plusieurs reprises, de manière à désarçonner son écuyer? mais celui-ci se tenait aussi ferme en selle qu'un homme de trente ans et, à la grande satisfaction du vieux seigneur de Bayard et de tous les spectateurs, deux coups d'éperon le rendirent maître de sa monture. Pendant ce temps, « la pauvre dame de mère, dit le vieil historien, étoit en une tour du château, qui tendrement ploroit. » Toutefois, lorsqu'on lui eut annoncé que son fils était prêt à partir, elle le fit venir près d'elle, et après l'avoir exhorté d'abord à accomplir fidèlement ses devoirs de chrétien et de gentilhomme : « Soyez humble etserviable à toutes gens, lui dit-elle ; ne soyez ni médisant ni menteur; fuyez l'envie, car cesl un vilain vice; tenez votre parole. Soyez secourable aux pauvres veuves et aux orphelins, et Dieu vous en récompensera. »
' Celle notice est due ;i I» plume distinguée de M. Auguste ttulicrl, auttmr île lu Ih'forme en Allemagne et du Connétable de Bourbon. (A. FM
mourant reproche au Connétable de Bourbon sa trahi son envers la France
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Ces instructions, qui résument la morale de tous les siècles, se gravèrent profondément dans l'âme du jeune Bavard, et elles le dirigèrent toute sa vie...
Notre but n'étant point de suivre ce héros pas à pas dans sa glorieuse carrière, mais seulement de le montrer dans les situations qui mettent le mieux en relief ses vertus dominantes, nous ne parlerons pas de ses débuts dans le noble mélier des armes. Il nous suffira de rappeler que Bayard, après avoir quitté le service du due de Savoie pour celui du roi de France, se trouvait à la fameuse journée de Fornoue, où il marcha de pair avec les plus braves gendarmes, puisqu'il eut deux chevaux tués sous lui, et qu'il présentai! Charles VIII une enseigne prise à l'ennemi. Quelques années plus tard, la guerre s étant rallumée dans le royaume de N'aples, Bayard se vil plus d'une fois face à face avec le grand capitaine espagnol Gonzalve de Cordoue. C'est pendant eelte campagne qu'il se signala par un fail d'armes semblable à celui d'Horatius Coclès. Il défendit à lui seul le pont du Garigliano, qu'un gros de cavaliers espagnols se disposait à franchir, et, grâce à cette héroïque résistance, les Français, qui allaient être surpris dans leur camp, purent en sorlir et" prendre l'ofTcnsiveà leur tour.
Au siège de Brescia, blessé grièvement à l'attaque d'une barrière, Bayard fut porté dans la maison d'un gentilhomme vénitien qui s'était réfugié au fond d'un cloître, laissant sa femme et ses deux filles exposées aux mauvais traitements de la soldatesque. La pauvre mère, épouvantée en entendant heurter à sa porte, descendit et se jeta aux genoux du chevalier; mais aux douces et rassurantes paroles qu'il lui adressa, elle reconnût bientôt qu'au lieu d'un ennemi, c'était un prolecteur que Dieu lui envoyait.
En effet, tandis que le reste de la ville subissait les horreurs du pillage, des archers veillaient sur la maison de la noble dame, avec l'ordre de n'y laisser entrer que les personnes désignées par Bayard. Grâce à l'habileté de maître Claude, chirurgien du duc de Nemours, le blessé fut sur pied au bout d'un mois, et à peine eut-il la force de se tenir à cheval qu'il se disposa à rejoindre l'armée.
La veille de son départ, son hôtesse entra dans sa chambre, et,