‹ Les célebrités françaisesChapitre 44 sur 208 · RA YARD · texte numérisé non relu

RA YARD

après l'avoir remercié avec toute l'effusion de la reconnaissance, elle le pria de recevoir à titre de présent, plutôt que de rançon, un coffre d'acier qu'elle prit des mains d'un serviteur, et qui était rempli de beaux ducats. Le bon chevalier se mit à rire et demanda à la dame combien il y avait de ducats dans la boîte qu'elle venait d'ouvrir. La pauvre femme, craignant qu'il ne fût courroucé d'en voir si peu, lui répondit : « Monseigneur, il n'y a que deux mille cinq cents ducats, mais si vous n'êtes pas content, nous en trouverons d'autres.

— Je vous remercie de vos ducats, madame, reprenez-les ; j'ai toujours beaucoup plus aimé les gens que les écus, et croyez que je m'en vais aussi content de vous que si cette ville était en votre disposition et que vous me l'eussiez donnée. »

Cependant, vaincu par les instances de la dame, Bavard se décida enfin à accepter son présent; mais il la pria de lui amener ses deux filles « qui étaient fort belles, bonnes cl bien enseignées, » et lorsqu'elles parurent devant lui, il les remercia de l'agréable compagnie qu'elles lui avait faite durant sa maladie, car elles avaient plus d'une fois calmé ses souffrances et abrégé ses heures d'insomnie en jouant du luth et en chantant à son chevet; puis il leur dit : «J'ai acceptf de madame votre mère les deux mille cinq cents ducats que vous voyei sur cette table; je vous en donne à chacune mille pour vous aider à vous marier, et, pour ma récompense, je ne vous demande que de prier Dieu j>our moi. » En même temps, et malgré leur résistance, il leur mil les ducats dans leurs tabliers, puis, s'adressanl à la mère: « Madame, je preiulr ai ces cinq cents ducats à mon profil, pour les répartir entre les pauvres religieuses qui ont été pillées durant le siège; et je vous en donne la charge, car vous savez mieux où est la nécessité que toute autre. Et sur cela, je prends congé de vous. » Alors il leur toucha à toutes dans la main, à la mode d'Italie, et les * pauvres dames pleuraient si fort qu'il semblait qu'on les voulût mener au supplice. « Fleur de chevalerie à qui rien ne se peut comparer, dit la mère en se retirant, le divin Sauveur Jésus-Chrùt, qui souffrit mort et passion pour tous les pécheurs , te veuille rénumèrer dans ce monde et dans Vautre! »

lia renommée de Bavard était si populaire, qu'ft-

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