ANNE DE MONTMORENCY
des révélations à faire au roi, et il est voituré jusqu'à Paris, où il avoue en riant son stratagème. Nous ne répondrions pas de lauthcnticité de l'anecdote; car Rabelais eût couru le risque d'être jugé à Lyon même, et en ce temps-là, une fois qu'on était entre les pattes des grippeminauds, l'on n'en sortait pas aisément.
Ce qui est plus certain, c'est que l'amicale bienveillance du cardinal du Bellay ménagea à Rabelais une bonne petite retraite dans la cure de Heudon ; ce qui, joint à une prébende que maître François avait dans l'église collégiale de Saint-Maur-les-Fossés,lui permit, pour son goût, de boire, et, pour notre profit, d'écrire. G» fut dans cette douce retraite, visitée par de joyeux amis, qu'il composa le quatrième livre du Pantagruel, qu'il publia, et le cinquième, qu'il eut la prudence de garder à l'état de manuscrit, car le pape et le parlement y sont par trop clairement désignés.
Comme il était à l'article de la mort, il reçut la visite d'un page du cardinal, et voici le message dont il le chargea : «Dis à monseigneur l'état où tu me vois. Je m'en vais chercher un grand peutêtre... » Puis aux assistants : « Tirez le rideau, la farce est jouée. » C'est le cas de dire comme Hamlet : « Triste! triste! triste la Rabelais a donné lieu à beaucoup de controverses : on est généralement d'accord sur l'étendue de son génie, mais les meilleurs critiques, à savoir la Bruyère, Voltaire, le Clerc et Auger, ont été également unanimes pour blâmer la licence de son langage et la corruption de ses sentimenls, qui n'ont rien épargné de ce que l'homme doit respecter.