‹ Les célebrités françaisesChapitre 65 sur 208 · LES DU BELLAY · texte numérisé non relu

LES DU BELLAY

Le poêle Joachim du Bellay' appartenait à une famille illustre : ee fui au château de Lire, près Angers, qu'il vit le jour en 1524. Il eut pour lulcur son frère aîné, qui lu lint dans une sorte de servage, hors de ses goûts dominants, les armes et les lettres. Devenu libre par la mort de eu frère, il fut obligé, à son tour, de servir de tuteur à son neveu, Claude du Bellay, et les soucis qu'il en eut le jetèrent dans une longue et cruelle maladie. Ce fut pendant ce temps qu'il étudia les poètes grecs et latins; et ses vers, qui furent tant estimés .de François I", de Henri H et de la reine de Navarre, prouvèrent que Joacbiin avait cherché chez les anciens, non une imitation absolue et frivole, mais l'esprit et le secret des beautés.

Il y eut entre lui et Ronsard une amitié étroite et sans jalousie, qui les honora l'un et l'autre. Vu reste, ils se ressemblaient par plus d'un côté, voire même par la surdité, triste souvenir que Joachim avait apporté d'Italie, où l'avait appelé, en 1540, son parent le cardinal Jean du Bellay*. Desservi auprès de ce dernier, il encourut sa disgrâce; et, au moment où le cardinal, détrompé sur le compte du poète, que cet événement avait rempli de douleur, venait de lui rendre son amitié et songeait à se dessaisir en sa faveur de l'archevêché de Bordeaux'', Joachim mourut à trente-sept ans, frappé d'apoplexie. '

Quand on lit son II lustra lion de la langue franroixe, ce livre paré, de toutes les grâces du style et où il a si bien développé ses principes sur la poésie, on regrette tout ce que sa mort prématurée l'a empêché d écrire.

1 Ne en \ h-H, mort en iôôl).

* Né en ..... mort à Home en t5ti0.

"• Joachim du Bellay élait chanoine de l'église de Paris.

LES DU DELLAY Uo

Ses œuvres furent réimprimées et dédiées au roi Henri III. L'éditeur fit de lui ce portrait, qui mérite d'être eité :

« Joachim du Bellay étoil prompt et aigu en inventions, discret et modeste en paroles, subtil en ses discours, doux en sa conversation, prévoyant en choses soupçonneuses, ouvert en celles qui étoient assurées, et entier en ses promesses. Il étoit autant difficile aux mauvais de le tromper, comme aux Iwns chose facile de s'en aider. »

Au reste, avec sa parole franche et nette, il s'est peint admirablement lui-même dans le sonnet qui se termine ainsi :

Je no sçais comme il faut entretenir son lnaislro.

Comme il faut courtiser, et moins ce qu'il faut estre four vivre cuire les grands, comme ou vit aujourd'hui. J'honore tout le monde, et ne fasdic personne : Oui me donne un salut, quatre je lui eu donne ; Oui ne fait cas de moi, je ne fais cas de lui.

Ce nom de du Bellay avait retenti si haut dès le commencement du seizième siècle, que Joachim eut peu de chose à faire pour ajouter à la renommée de ses cousins, Jean, Guillaume cl Martin. La part que les Irois frères prirent dans les affaires dù temps fut considérable. Étroitement unis, dès l'année 1515, à François Ier, qui avait tout de suite jugé leur mérite, ils lui rendirent les services les plus constants. Martin combattit à Marignan; Guillaume, plus connu sous le nom de Langey, fut à Pavie, et l'on sait qu'il traversa toute l'Espagne, au risque de sa vie, pour voir quelques moments son roi prisonnier. A son tour, Jean du Bellay, après s'être préparé à un rôle actif par la vie de l'érudit et du |>cnseur, fut chargé de l'ambassade de Londres; en même temps, il était placé dans l'épiscopat, à Bayonne d'abord, puis à Paris.

Lors de son second séjour en Angleterre, il lit des efforts inouïs auprès de la cour de Borne pour amener une entente entre le pai>e et Henri VIII, qui aspirait, avec son impatience despotique, à renvoyer Catherine d'Aragon, sa femme, et à épouser Anne Boleyn. Les courriers de l'ambassadeur, munis des pouvoirs de Borne, arrivè-

AMRROISE l'A RÉ

rent deux jours trop tard : la première sentence rendue en faveur de Catherine d'Aragon, sur la demande du puissant Charles-Quint, était déjà connue de Henri VIII, et l'Angleterre fut perdue pour la papauté.

Pendant l'invasion de la France, Jean du Bellay, nommé lieutenant général , organisa si bien la défense à Paris, que cette ville, qui avait été d'abord pleine d'épouvante, se trouva ravitaillée comme par enchantement et put envoyer des détachements renforcer l'armée de Picardie. Il donna jiour la seconde fois ees preuves d'énergie après la désastreuse campagne d'Italie, qui avait commencé par la brillante affaire de Cérisoles.

Mais avec François 1" tomba la fortune politique du cardinal. Un nouveau règne produisait des hommes nouveaux.

Jean se retira h Home, où il fut nommé évoque d'Ostie, et siégea comme doyen du sacre Collège. Son palais devint le centre des artistes et des savants : mais plus d'une fois il dut, dans son superbe isolement, songer au temps heureux de sa jeunesse, où, entouré de ses frères chéris, il étudiait paisiblement dans le manoir paternel de Glatigm.

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