AMBROISE PARÉ
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On l'a répété mille fois, ce seizième siècle abonde en grandes ligures. Peut-être l'époque de I>ouis XIV offrit-elle un ensemble plus harmonieux qui flatte davantage nos regards : mais comme, au seizième siècle, les types sont plus francs, plus originaux, plus vigoureux ! Que de séve couvait dans cet arbre social dont les branches étaient ee|iendanl si rudement secouées par la guerre et la discorde civile !
AMBROISE PAR fi
Ambroise Paré, qu'on peut appeler le père de la chirurgie française, naquit à Laval en 1509. Selon la sage habitude de nos aïeux, il adopta la profession qu'il voyait exercée dans sa famille, et fut chirurgien, à l'exemple de son frère Jehan, qui exerçait à Vitré. Le meilleur parti, à cette époque, était celui de la guerre. Ambroise se détermina à le suivre. Dès 1556 il accompagnait en Italie le maréchal de Montjcan, colonel général de l'infanterie.
Un hasard, fortifié par son merveilleux esprit d'observation, le mil sur la voie du traitement convenable à appliquer aux plaies d'armes à feu, qui, par leur nouveauté, déroutaient les médecins.
Il acquit bientôt tant de réputation, que Henri II voulut se l'attacher, lui promettant une faveur qui ne se démentit pas et qui continua de subsister sous les trois rois ses successeurs. Au siège de Metz notamment, on vit quelle influence merveilleuse Ambroise Paré exerçait sur le moral des troupes.
La ville était investie par cent vingt mille Impériaux, commandés par Charles-Quint en personne. Une fois Metz pris, ce torrent eût inondé la France. Six mille gentilshommes se jettent dans la place, que foudroyait une formidable artillerie. Henri II sait que, si Ambroise peut être introduit dans Metz, le courage des assiégés se ranimera. Sur son ordre pressant, les maréchaux de Saint-André et de Vieille-Ville gagnent, moyennant une somme de quinze cents éeus, un capitaine italien qui tint parole. A minuit, et non sans avoir couru de grands dangers, Ambroise Paré j>énèlre dans la ville. Le lendemain, il était sur la brèche, et c'était à qui l'embrasserait : personne n'avait plus peur d'être blessé. On sait que l'héroïsme de la défense fit lever le siège.
Ambroise Paré était huguenot; il fallait que l'estime dans laquelle le tenait Charles IX fût bien grande, puisque, le soir même de la Saint-Barthélémy, le roi « envoya quérir maître Ambroise Paré, son premier chirurgien et le premier de la chrétienté, et le lit venir dans sa chambre et garde-robe, et disoit qu'il n'esloil raisonnable qu'un qui pouvoit sauver tout un petit monde feusl ainsi massacré '. w
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AMBROISE l'A RÉ
Ce fut le seul cas d'exception. La longue existence d'Ambroise l'are continua au milieu de travaux immenses, dont les écrits si judicieux de ce grand homme nous ont conservé le souvenir exact ; car Ambroise Paré mania aussi bien la plume que le scalpel, et ce qu'il y a d'admirable dans ses œuvres, au témoignage des docteurs Malgaigne et Richerand, ses deux illustres biographes, c'est que jamais il n'émit aucune proposition sans l'appuyer sur l'expérience des faits.
Une dernière fois nous le rencontrons dans sa vie publique ; celte fois encore il agit en homme de bien. C'était à l'époque où la Ligue régnait dans Paris assiégé et réduit à toutes les horreurs de la famine. M. de Lyon, un des chefs ligueurs, passant au bout du pont Saint-Michel, y fut entouré d'une foule de malheureux qui demandaient du pain ou la mort. Ambroise Paré, qui se rencontra là, fit une très-sincère exhortation à ce seigneur en faveur du pauvre peuple consumé « de maie rage de faim. » « A quoi, dit Pierre de l'Estoile, qui rapporte ce fait, M. de Lyon ne répondit rien ou quasi rien, sinon que, contre sa coustume, s'estant donné la patience de l'ouïr tout du long sans l'interrompre, il dit après que ce bonhomme l'avoit tout cslonné, et qu'encores que ce fust un langage de politique que le sien, toutes fois qu'il l'avoit conseillé et fait penser à beaucoup de choses. »
Le courage de l'illustre octogénaire n'étonnera personne si l'on songe qu'Ambroise Paré était soutenu par le plus admirable sentiment religieux, et qu'il n'aeheva jamais le récit d'une cure remarquable sans glorifier aussi la Providence. « Je le pansay, Dieu le guarit. »
RONSARD
Xl.VI
RONSARD
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Il y a eu dans la destinée de ce grand poêle le plus étrange contraste : la gloire, puis le discrédit et presque le ridicule. Chef d'école, entouré d'une pléiade qui respectait en lui un modèle, honoré de l'amitié des souverains, Ronsard semblait avoir fondé un monumen à jamais durable; mais, contrairement h tant d'autres poètes qui ont grandi après leur mort, et pour qui la justice n'a apporté de couronnes que sur leur tombe, Ronsard fut assez brusquement détrôné, d'abord par Malherbe, puis par les préceptes de Boileau.
Par un retour qui aurait lieu d'étonner si notre siècle éclectique n'était celui des réparations, Ronsard revit aujourd'hui plus glorieux que jamais ; on peut dire que celte résurrection équitable a été en grande partie l'œuvre d'un des princes de la critique, de M. Sainlc- Reuve.
Pierre de Ronsard appartient au Vendômois; sa naissance précéda de peu de temps la funeste bataille de Pavie. Ses panégyristes ont fait de cette bataille cl de cette naissance un rapprochement à l'honneur du poëte. Celui-ci cependant ne s'annonçait guère; car, au collège de Navarre, Pierre ne sembla avoir de goût que pour le métier des armes. Il fut successivement page du duc d'Orléans et de Jacques Stuart. Un accident terrible lui ferma soudainement la carrière des armes ; il était devenu sourd.
Ce fut pour les lettres et la postérité un véritable bonheur. Ronsard n'eût été qu'un capitaine de plus, à une époque où la noblesse rivalisait de bravoure et de dévouement. Il fut un poëte, et sa surdité même le servit en lui donnant cette opiniAtrelé qui l'attacha à ses idées.
Tousses contemporains lui firent une véritable royauté; Antoine
RONSARD
de Baïf, Joaehim du Bellay, Remy Belleau, ne furent que les satellites entraînés dans la marche de l'astre.
Nous n'avons pas à énumérer ici les œuvres qui valurent tant d enthousiasme à Ronsard; ce serait dans ses pièces détachées, et dans les plus courtes surtout, que nous le trouverions plus original. Mais, selon l'usage, il attacha le plus de prix à son poème héroïque de la Franciade. Ce poëme, dont la lecture est maintenant impossible, produisit un tonnerre d'applaudissements; il n'y eut que Mellin de Saint-Gelais qui eut le courage de s'en moquer. Ronsard avait, comme les rois, ses courtisans et ses flatteurs, et l'on imposa silence au critique. Combien nous aimons mieux retrouver Ronsard lorsque, rimant, à l'imitation d'Horace, les stances les plus élégantes, il dit à une jeune fille :
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin a voit desclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu, cette vesprée.
I < - plis de sa robe pourprée Et son teint au vnstre pareil.
Ou encore, lorsqu'il conseilla une cruelle et lui dit :
Cueillez des aujourd'hui les roses de la vie.
Le Bocage royal, les Hymne*, et surtout les Discourt tur le* misère* du temps, foisonnent de traits sublimes. Qui ne sait par cœur cette imprécation contre les Vandales qui abattaient la forêt de Gastine, si souvent chantée par lui?
Quiconque aura premier la main embesongnée A te coupper, forest, d'une dure congnée, Qu'il puisse s'enferrer de son propre baston Et sente en l'estomac la faim d'Erisichthon...
. ..Escoutc, bûcheron (arresle un peu le bras), Ce ne sont pas des bois que tu iettes h bas, Ne vois-tu pas le sang lequel dégoûte à force Des nymphes qui vivaient dessous sa dure escorce?
RONSARD
Sacrilège meurdrier, si on pond un voleur Pour piller un butin de bien peu de valeur. Combien de feux, de fers, de morts et de destresses
Forcft, haute maison des oiseaux bocagers. Plus le cerf solitaire et les chevreuls levers Ne paistront sous ton oinluv, et ta verte crinière Plus du soleil d'esté ne rompra la lumière.
...Adieu, chesnes, couronne aux vaillants citoyens, Arbres de Jupiter, germes dodonéens.
Oui premiers aux humaiiu donnastes h repaistre. Peuples vraymcnl ingrats, qui n'ont sçu recognoistre Les biens m eus de v<ms, peuples vraiment grossiers Ile massacrer ainsi leurs pères nourriciers.
Que l'homme est malheureux qui au monde se lie !
(I dieux, que véritahle est la philosophie,
Oui dit que toute chose à la lin périra
El qu'en changeant de forme une autre vestira !
De Tempe la v allée un iour sera montagne. Et la orne d'Athns une large campagne Neptune quelquefois de blé sera couvert ; La matière demeure et sa forme se perd.
Est-il vrai que Charles IX ait été réellement l'auteur des vers admirables qu'on lui attribue, et qu'il aurait adressés à Ronsard? S'ils sont de lui, combien il est à regretter que ce jeune et déplorable roi se soit arrêté dans cette voie si belle, et qu'il n'ait pas laissé la Muse adoucir l'âprelé de son caractère bouillant ! Rien ne peut être eilé qui soit plus à la louange de Ronsard :
L'art de faire des \<t>, dust-on s'en indigner, Doit estre à plus haut prix qge celui de régner. Tous deux également nous portons des couronnes ; Mais roi je les reçois, poète tu les donnes.
Il n'est pas impossible que Ronsard ail pris part, avec l'Hospilal et Amyot, à l'éducation de Charles IX, el que la reconnaissance, autant que l'admiration, ait dicté cet hommage au royal élève. Au