‹ Les célebrités françaisesChapitre 67 sur 208 · JEANNE D'ALBRET · texte numérisé non relu

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reste, Charles avait comblé Ronsard de libéralités; ce dernier, devenu vieux, n'avait qu'à choisir entre les résidences que lui assuraient ses bénéfices. Sa préférence était pour le prieuré de Saint- Cême, près Tours, où il mourut en 1585.

Déjà Malherbe allait écrire et commencer à détruire un monument, qui fut cependant défendu jusque vers le milieu du dixseptième siècle. Ensuite, comme nous l'avons dit, ce monument s'écroula, et si de nos jours il n'a pas été relevé avec les dimensions exagérées qu'on lui avait données jadis, du moins est-ce un honneur pur notre époque d'avoir su le restituer en grande partie.

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Avec des différences qui tiennent à leur époque, à leur caractère, à leurs croyances, Jeanne d'Albrel et Blanche de Caslille appartiennent à la même famille. Il y a dans la nature des espèces et des genres d'esprits comme il est une classification pour les êtres et pour les types. A ce point de vue moral, Jeanne d'Albret est vraiment de la descendance et de la race de Blanche de Caslille ; car toutes deux dans notre galerie représentent la Mère, comme Marguerite de Valois eût pu nous offrir l'image de la Sœur ; la Mère revêtue du caractère royal et destinée à concilier ses devoirs de reine avec ses obligations maternelles, et avant tout la Mère chrétienne.

Jeanne d'Albret était la fille de cette aimable et compatissante Marguerite de Valois qui avait été l'enchantement de son siècle. Nulle enfant ne fut plus aimée, mieux soignée dè*son berceau ; son oncle, François I", s'en était affolé. C'était aussi h sa mignonne. » Nulle enfant ne fut aussi mieux élevée. Simple, ingénue, elle fut habituée, cette fille de roi. à une vie modeste et presque rustique. Elle

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se promenait sans cortège dans ses ehers sentiers des Pyrénées, et bien souvent elle s'arrêtait pour causer avec les paysannes qui, leurs cruches sur la tôte, suivaient d'un pas agile le même chemin.

On voulut marier de bonne heure la jeune princesse ; elle n'avait que douze ans lorsque François 1" la promit au duc de Clèves. Quatre ans après, celte union fut rompue comme elle avait été contractée, par des raisons politiques. Jeanne n'en témoigna aucun déplaisir. « Mon oncle, disait-elle au roi, j'accepterais plus volontiers pour mari un simple gentilhomme de France qu'un roi d'Espagne ou un prince des Marches. » Ce vœu devait se réaliser; Jeanne épousa Antoine de Bourbon, qui devait régner avec elle sur la Navarre.

Faible, inconstant, l;\che parfois, Antoine de Bourbon était bien inférieur à sa femme, dont il ne comprit jamais toute la grandeur d'àme. Plus d'une fois il devait blesser son cœur et faire pitié a sa haute intelligence. Soit qu'il délaissât la reine de Navarre pour s'attacher au frivole éclat des grandes dames de la cour, soit qu'il fît plier sous ses terreurs on sous son ambition sa foi religieuse, Antoine de Bourbon se montra toujours indigne d'avoir épousé une princesse qui ne faillit jamais à aucun de ses principes. Jeanne d'Albret souffrit bien souvent de cet abandon et de ces faiblesses ; mais elle se retrempait dans la prière, dans la pratique de tous ses devoirs, dans ses espérances de mère.

Elle avait perdu deux enfants j^in troisième (ils lui vint, celui qui devait être Henri IV. Les légendes se sont groupées autour de ce berceau comme si l'heure où cet enfant royal était né avait été pour le monde en souffrance une heure bénie et miraculeuse. L'enfant fut élevé par sa mère, comme on avait élevé Jeanne, dans les fortes habitudes de la vie simple et naturelle; on lui lit un corps de fer, une Ame intrépide. La reine de Navarre sentait son fils destiné aux grandes choses, et elle l'y préparait par une vigoureuse éducation ; elle voulait façonner en lui, selon l'expression de d'Aubigné, « un ferme coin d'acier aux nœuds endurcis de nos calamités. »

Le jeune Henri habitait un château perdu sur le sommet d'une montagne, dans une situation sauvage et pittoresque. Point de cour; rien qui rappelât les villes et leur tumulte. La nature de tous cèles,

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rude et grandiose, 1rs rochers abrupts, la végétation effrénée, les oiseaux de proie traversant l'étendue, et le bruit incessant des gaves à travers le silence et la solitude. Au dedans des murailles sans tentures, un ameublement sévère, un régime des plus sobres, des visages francs el ouverts. Henri n'était jkis distingué des autres enfants par sa manière de vivre ; il ne se plaçait pas au-dessus d'eux. Au contraire, il se mêlait volontiers aux jeux des jn't ils montagnards, et, indifférent aux chaleurs de l'été comme au froid de l'hiver, il se formait aux plus pénibles exercices. La reine sa mère, sa gouvernante Suzanne de Miossens, le laissaient faire; elles savaient bien qu'ainsi, en vivant parmi les hommes, il serait un homme el non un de ces princes qu'on élève dans l'ignorance des sentiments et des besoins de leurs sujets.

En fortifiant ainsi le corps el l'esprit de son enfant, la reine de Navarre avait un autre but que celui que se proposent toutes les mères. Non contente de vouloir faire de son fils un homme honnête et brave, elle voulait encore, comme y avait réussi Blanche de Castille, en faire un prince agréable au Seigneur. Elle faisait reposer sur l'éducation de son lils les destinées de sa foi religieuse, et elle l'élevait moins pour elle que pour Dieu. Jeanne d'Albrel était calviniste; elle avait continué à ouvrir l'asile de ses Etats aux réformés persécutés, comme sa mère lui en avait donné l'exemple. Mais, plus résolue que sa mère, elle s'était déclarée pour la foi nouvelle, et elle dévouait au triomphe de sa cause toutes les énergies de son Ame. Nul doute qu'elle ne vît dans son lils grandissant un futur défenseur de la confession de Genève, et qu'elle ne fondât sur lui les espérances trompées tant de fois par son mari.

En dernier lieu, Antoine de Bourbon, oublieux de ses serments, oublieux des affronts qu'il avait subis et des dangers qu'on lui avait fait courir, s'était rapproché des ennemis de sa maison, les Guises, Montmorency et Saint-André. Il reçut une blessure mortelle au siège de Rouen, et mourut comme il avait vécu, au milieu de fluctuations de toutes sortes, passant d'un prêtre catholique à un ministre protestant.

Son fils n'avait alors que neuf ans. Jeanne d'Albret comprit la né-

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