‹ Les célebrités françaisesChapitre 72 sur 208 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

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Heureux les hommes qui passent sur la terre en pratiquant la vertu et semant des bienfaits; leur souvenir laisse ici-bas une trace lumineuse et ineffaçable, tandis qu'ils recueillent au ciel une récompense éternelle!

Tel fut Vincent de Paul, le père des pauvres, Y intendant «le la Providence, comme on le surnomma de son temps. S'il ne remjwrta |>as des victoires comme les grands capitaines, s'il n'eut pas comme (an! d'autres le don des arts, son génie fut bien plus élevé encore. Vincent de Paul fut le héros de la charité ; c'est pour cela que l'humble prêtre mérite une place parmi les plus illustres. Se dévouer à ses semblables, les consoler dans leurs douleurs, les soulager dans leurs souffrances, consacrer à ce noble but tout ce qu'il avait de forces et d'intelligence, marquer presque toutes les années de sa vie par quelque fondation utile, ce fut là l'élude constante de ce bienfaiteur de l'humanité.

On se demande où et comment il put trouver des ressources suffisantes pour opérer tant de merveilles pendant une longue période de guerres et de troubles, à travers des dillicultés sans nombre. Ce fui dans son coeur embrase de l'amour du prochain jusqu'à l'oubli de soi-même. La charité, a-t-on dit justement, transportera il des montagnes.

Cette noble vertu de la bienfaisance semblait être née avec Vincent.

Son père, Guillaume de Part, et sa mère, Berlrande de Mora3, habitaient le petit hameau de Ranguines près Pouy, au diocèse d'Acqs : c'étaient d'humbles cultivateurs, malgré l'apparence nobiliaire «le leurs noms. Vincent eut jusqu'à l'Age de douze ans la garde du troupeau. Déjà il s'exerçait à la charité en partageant avec le pauvre du

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chemin son morceau de pain ou quelques petites pièces «le monnaie. Sérieux et réfléchi, le pâtre landais sentait si vocation. Il entra chez les cordeliers d'Acqs.

Dès l'âge de seize ans", il pouvait cesser d'être à charge à ses parents et s'acquitter envers ses maîtres en professant à son tour. En 1604, il achevait de prendre tous ses degrés en théologie. Nommé à une cure importante, il se relira par esprit de paix devant un compétiteur. Une petite succession à recueillir l'ayant appelé à Marseille, il eut l'idée de s'embarquer pour revenir à Narbonne. Malheureusement, trois brigantins turcs, qui guettaient, dans le golfe de Lyon, les barques revenant de la foire de Beaucaire, aperçurent le navire de Marseille, lui donnèrent la chasse, le capturèrent après une défense désespérée, mirent à la chaîne passagers et matelots, et les allèrent vendre sur la côte de Barbarie. Vincent fut conduit ainsi au marché de Tunis et exposé comme une bète de somme. 11 appartint successivement à divers maîtres, jusqu'à ce que la Providence le conduisît chez un renégat de Nice qui l'emmena à sa ferme, dans la montagne.

Tout espoir de délivrance semblait perdu pour le-jSauvre esclave. Mais le salut lui vint par une musulmane, l'une des femmes du renégat. Elle lui commanda un jour, par pure curiosité sans doute, de chanter les louanges de son Dieu. Vincent, les larmes aux yeux, entonna le psaume: Super flumina Babylonis1... Puis, se raffermissant pour sa foi, il chanta le Salve, Regina!... La musulmane fut touchée... Un miracle s'opéra.

Quelques mois après, le renégat, sa femme et Vincent s'échappaient sur une petite barque de la terre infidèle, et prenaient terre à Aigues-Mortes. Ils se rendirent de là à Avignon, où le vice-légat réconcilia publiquement le renégat avec l'Église.

Vincent, emmené par le vice-légat à Borne, fut recommandé par sa qualité de Fiançais et par ses souffrances récentes à la bienveillance du cardinal d'Ossat, ambassadeur d'Henri IV. Le cardinal le chargea d'une mission confidentielle pour le roi de France, et celui-ci

' Au bord des fleuves de Babjlonc nous nous sommes assi*. et nous avons pleuré.

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