SAINT VINCENT DE PAUL
eut bientôt reconnu à quel homme il avait affaire. Marguerite de Valois voulut prendre Vincent pour son aumônier ordinaire : c'était une pénitente qui eût fort exercé la patience du digne homme; mais l'humide prêtre préféra bientôt à la cour une retraite à l'Oratoire, auprès du P. de Bériille, et c'est là qu'il rencontra le curé deClichy. qui lui résigna son bénéfice. A Clichy, tout tombait en ruines, l'église, le presbytère et la foi du troupeau : Vincent releva tout, puis il remit à d'autres mains l'œuvre redevenue florissante, et il entra chez Emmanuel de Gondi, général des galères, pour élever ses enfants. Vincent de Paul précepteur de celui qui devait être le cardinal de Retz, quel rapprochement !
Nommé par Louis XIII, en 1619, aumônier général, il travailla activement à transformer et soulager les condamnés qui attendaient, à Paris, leur départ pour Marseille. Dans ces lieux d'expiation, parmi ces hommes dépravés, il apparaît comme un ami, comme un ange consolateur. Il compatit à leurs peines, allège leurs misères, et par sa douceur leur rend une conscience.
Kn 1624, il institue la congrégation des Missions religieuses. C'est là que se formèrent ces apôtres zélés qui ont parcouru le monde en évangélisant et produisant partout des fruits merveilleux. Il ouvrit ensuite, à Saint-Lazare, des conférences ecclésiastiques pour l'instruction des prêtres, et des retraites spirituelles pour leur édification. Les docteurs les plus savants du dix-septième siècle firent partie de ces saintes réunions. Bossuet, se rappelant les sermons de Vincent de Paul, disait qu'il croyait avoir entendu parler Dieu luimême; Fénelon à son tour le proclamait son maître.
Dans cette même année il faut placer l'institution admirable des filles de la Charité, des humbles sœurs grises, « qui ne devaient avoir, selon les propres paroles de leur fondateur, pour monastère que les maisons des malades, pour chapelle que l'église paroissiale, pour cloître que les rues de la ville, pour grille que la crainte de Dieu, et pour voile qu'une sainte modestie. » Ces épouses de Jésus- Christ, infatigables sœurs de tous les déshérités, étonnent par les services qu'elles ont rendus et rendent encore à l'humanité. Sur les ehamps de bataille, au milieu de la contagion, chez les peuples infi-