‹ Les célebrités françaisesChapitre 75 sur 208 · SAINT VINCENT DK PATI · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DK PATI

objectent que c'est un pays ennemi : « Le malheur a pour patrie le monde entier, et tous les cœurs généreux pur concitoyens. » Ces ainsi qu'il recevait les catholiques d'Irlande, forcés de quitter leur pays pour rester fidèles à leur foi. GrAcc à l'enthousiasme qu'il sut faire passer dans tous les cœurs, les ressources semblaient se multiplier dans ses mains, comme les pains et les poissons de l'Évangile dans celles du Sauveur; il ne distribua pas moins, dit-on, de cinq millions d'aumônes.

Pendant les misères de la guerre de Trente ans, le bon Vincent de Paul, navré des souffrances qui pesaient sur le royaume, disait, en s'asseyant à la table de ses frères de Saint-Lazare : « 0 Dieu ! si nous savions tout ce que chaque morceau de pain que nous mangeons coûte de larmes à ces pauvres gens de la campagne, nous n'oserions le porter à notre bouche ! »

Tant de vertus avaient élevé Vincent des derniers rangs de la société à la plus haute considération. Louis XIII voulut mourir dans ses bras; la reine régente l'appela à présider son conseil, dit de conscience. Vincent fil preuve en toute occasion d'une grande humilité, d'une fermeté cou rageuse et d'un désintéressement absolu. Ce saint homme s'imposait de rudes mortifications et se demandait, chaque fois qu'il se mettait à table : « 0 mon Dieu î ai-je gagné le pain que je vais manger? » Et pourtant quelle existence plus active, plus remplie? Sans cesse occupé à prier, à écrire, à donner des conseils, h aller et venir pour le service d'autrui, cet ouvrier infatigable mourut à quatre-vingt-cinq ans, au milieu de ses chers disciples. Il s'endormit dans le Seigneur en disant ces paroles : « Jhmine, ad adjt,vandum me fettina 1 . »

Par une permission singulière de la Providence, le nom de saint Vincent de Paul continue à servir la cause de la charité; c'est une bannière de bienfaisance, et tout ce qui se fonde de grand et de sublime s'organise et prospère sous l'invocation du saint prêtre qui fui l'honneur du sacerdoce et la gloire de la France. Toutes les nations ont compté des hommes de génie, des poètes illustres, de grands

• Seigneur, hàle-tni de me secourir.

capitaines; mais il n'y a eu qu'un Vincent de Paul, et il nous appartient'!

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La plupart de ces existences qui traversèrent une grande partie du seizième siècle pour aboutir au dix-septième semblent appartenir autant au roman qu'à l'histoire.

Telle fut celle du valeureux capitaine, du second Bayard, qui n'est guère connu aujourd'hui de la plupart de nos contemporains que par ce billet de Henri IV : « Pends-toi, brave Grillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étois pas. Adieu, brave Crillon, je vous aime à tort et à travers. »

Oui, bra\e Crillon; car celui qui. porta si haut ce nom représente non pas seulement le courage ordinaire, mais la témérité des temps chevaleresques; et, ce qu'il y eut, en outre, d'admirable chez lui, c'est que son humeur bouillante sut toujours s'accommoder au sentiment du devoir. Ainsi, à une époque où l'on prenait si facilement parti pour les Guises ou bien les prolestants contre les souverains, Crillon ne voulut que servir le roi de fait. Il estimait le Béarnais, et cependant il ne fut avec lui qu'après la mort violente de Henri III. S'il y avait eu plus d'hommes tels que Crillon, la France n'eût certainement pas été déchirée par les guerres civiles.

La bataille de Saint-Quentin venait d'être perdue quand le jeun»- Unis de Balbe, reçu chevalier de Malte dès le berceau, et qui, comme cadet, avait pris le nom de Crillon, Ot ses premières armes , ce fut au siège de Calais. L'intrépidité avec laquelle il monta à la

« Vincent d« Paul fui W-MiRt- en 172!» par IVnoil XIII, H ,-annnis»- par Ch-menl XII le 1(5 juin 1737.

brèche lui valut les félicitations de tous les officiers de l'armée; il n'avait encore que seize ans.

Au siège de Guines, il tint môme conduite. lie duc de Guise l'admira et le présenta à Henri II, qui lui conféra un bénéfice et le nomma capitaine de cinq cents hommes d'armes.

Avec le règne de François 11 commencent les guerres civiles. Grillon, malgré sa sympathie pour le prince de fondé, reste fidèle à la cause du roi; c'est à lui que revint en grande partie l'honneur du gain de la bataille de Dreux. Voyant le prince de Gondé abattu, il l'aida à se relever en disant : « Respectons le sang de nos rois! »

Mais, pour son propre sang, il n'en était pas avare; partout il le versait, à Saint-Denis, à Jarnac, au siège de Poitiers, à Monconlour Autant de batailles, autant de blessures pour Grillon.

Comme si sa valeur avait besoin d'un champ nouveau pour se déployer à l aise, nous trouvons, en 1570, Grillon en Italie. Il arrive de Malte; il a laissé l'Orient épouvanté par les progrès des Turcs, qui viennent de conquérir l'île de Chypre sur les Vénitiens. Aussi pieux que brave, il prêche la croisade, il secoue la torpeur des princes chrétiens. A sa voix, une flotte imposante est réunie, et les Turcs apprennent enfin, à Lépante, qu'ils ne sont pas invincibles.

Don Juan d'Autriche chargea Grillon de jwrler à Rome et à la cour de France la nouvelle de cette victoire, où le glorieux chevalier s'était signalé entre tous.

Charles IX ne crut pouvoir mieux le récompenser qu'en lui disant : « Vous êtes Grillon partout. »

Nommé gouverneur de Boulogne et du Boulonnais par Henri III, qu'il avait accompagné jusqu'en Pologne, Crillon se permit de secouer l'inertie du monarque efféminé et de lui rappeler les beaux jours du duc d'Anjou. Cette franchise fut incriminée par les courtisans, mais elle n'affaiblit pas l'estime singulière du roi pour son digne serviteur, qu'il nomma, en 1581, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, en lui donnant le régiment de ses gardes.

Grillon commandait avec d'Épernon l'armée qui fit rentrer la Provence sous l'obéissance royale.

Nous passons bien des événements pour retrouver Crillon à Tours,

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où, dans un combal acharné qui ne dura pas moins de six heures, il sauva Henri III, que le duc de Mayenne avail juré d'enlever; c'était le moment où le roi de Navarre s'était uni au mi de France, et où il fit cet aveu remarquable : « Je n'ai jamais craint que Cri lion. » Le premier acte de Henri IV, lorsque la couronne lui fui échue, devait être d'écrire à Grillon : « Parmy la presse de mille et mille affaires, si aurez-vous ce mot de ma main pour vous assurer combien je prise l'affection que vous m'avez toujours gardée. Vous aurez beaucoup de regret à notre commune perte; vous avez perdu un bon maistre, mais vous éprouverez que j'ay succédé en la volonté qu'il vous portoit. »

Il servit Henri IV avec une loyauté et une ardeur admirables, et termina sa carrière militaire par la conquête de la Savoie. Quand, accablé sous le poids de ses glorieuses infirmités, il se jugea inutile, son parti fut pris irrévocablement ; il se démit de ses diverses fonctions et se retira dans son pays natal. Ce fut là qu'il apprit avec une profonde douleur le crime monstrueux de Ravaillac.

Ses dernières années furent remplies par la foi et les bonnes oîiivres. Vn seul jour, il eut un éclair de son ardeur de jeunesse. C'était dans l'église de Saint-Agricol d'Avignon; on prêchait la passion. Au moment où l'orateur sacré peignait la constance du Christ et la férocité des bourreaux, le brave des braves se leva, au milieu de l'auditoire stupéfait, porta vivement la main à la garde de son épée et s'écria : « Oit étaix-ttt, Crillan? »

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ni. r.t ta* — nom ti ir.u

Au château de Villebon a été gravée l'épitaphe suivante sur le tombeau de Maximilien de Béthune, baron de Rosny, duc de Sully et maréchal de France :

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0 passant! resjierte h rendre fte l'homme en ces lieux endormi.

Le premier il «il nous apprendre Qu'un roi petit trouver un ami.

Deux siècles se sont écoulés depuis l'époque où vivait le grand ministre de Henri IV; sa mémoire n'a jwinl cessé de briller d'un éclat pur et vénéré. Henri IV — Sully — que réunit une généreuse amitié, un même génie bienfaisant, un même amour du peuple, sont restés inséparables aux yeux de la postérité. On ne sait qui il faut le plus admirer, du serviteur dévoué qui affronta tant d'orages de cour, du conseiller fidèle qui osa combattre les passions de son souverain, du ministre intègre qui releva les finances délabrées, ou du maître reconnaissant, du roi confiant et sincère. Ce fut entre eux une noble émulation du bien, après l'émulation de la bravoure et des prouesses.

Rosny n'avait que douze ans et étudiait à Paris, quand, une nuit , il fut réveillé en sursaut par des cris de mort et des lueurs de torche. Abandonné par son gouverneur et son valet, qui étaient sortis au bruit et ne revinrent pas, le courageux enfant imagina de prendre sous son bras un livre d'heures et de se rendre avec ce passe-poi l au collège de Bourgogne. I>e principal l'y tint caché trois jours.

Dès que le roi de Navarre se fut échappé de la cour de France, où il ne vivait que sous la pointe des poignards, le jeune baron de Rosny s'attacha à son service ; et, bien qu'il y eût entre eux sept ans d'intervalle, une familiarité réelle les attacha bientôt l'un à l'autre. Ils étaient ensemble au siège de Villefranche en Périgord, ensemble à Marmandc, à Lcctoure, partout où il fallait monter sur la brèche ; ensemble aux batailles de Goutras et d'Ivry, où Henri de Navarre déclara son jeune compagnon brave soldat, vrai et franc cheval ici-. Non-seulement, Rosny aida son maître dans les combats, mais il assista même de sa bourse le pauvre Béarnais, qui portait si gaiement un pourpoint percé au coude. Ce fut lui qui le détermina à abjurer, quelque atteinte que son propre crédit pût recevoir de cet événement, et il eût lui-même embrassé la foi catholique sans un scru-

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pule qui le retint ; car il craignit qu'on ne vît dans sa conduite des motifs d'intérêt et d'ambition.

A cette époque de calamités et de discordes que calma à peine l'édil devantes, il y avait tout à faire; Sully sauva tout. Nommé surintendant des finances, il sut diminuer la dette de l'Étal, qui montait à trois cents millions, concilier au roi les esprits par la remise «le vingt millions arriérés sur la taille, recouvrer quatre-vingts millions de domaines royaux usurpés ou abandonnés, réduire l'intérêt de l'argent, récoller en un mot une si belle réserve, qu'à la mort du roi l'on trouva en espèces, à la Bastille, près de quarante-deux millions, quoiqu'on eût fait d'immenses travaux et des approvisionnements de guerre. C'est que Sully, animé du double amour de son roi et de son pays, resta constamment par son labeur infatigable à la hauteur de ses devoirs.

Peut-être sa vue s'appliquait-ellc trop au détail des choses ; l'ensemble lui échappait. Mais il jugeait bien quand il disait ce mol devenu célèbre : « Labourage et pasturage sont les mamelles de la France. » Il fil bien lorsque, dans l'intérêt du commerce, il empêcha les grands de continuer à prélever des impôts sur la circulation des marchandises. Les capitales étaient, à ses yeux, la perle des États, |iaree qu'une cité ne prend d'importance qu'en dépeuplant les campagnes. Donc il voulait que les nobles habitassent leurs domaines, et il se moquail bâillement des seigneurs qui venaient étaler à la cour de riches habits, disant qu'ils portaient sur leurs dos leurs moulins et leurs bois de haute futaie. Il s'opposa le plus qu'il put à rétablissement des manufactures de soie, pensant que la conséquence en serait l'avilissement des étoffes de laine, et par suite la diminution des troupeaux.

Dans les précieux Mémoires qu'il fit rédiger par ses secrétaires (les Economies royales), il flétrit la mollesse et il pleure le dépérissement du vieil honneur. Aussi, quelle noble simplicité dans la vie de Sully! Sa table était connue pour sa frugalité. L'ordre et la paix régnaient parmi ses nombreux serviteurs, personne ne sut jamais mieux que lui se faire respecter et obéir. A cette époque, la subordination et le respect des enfants étaient poussés si loin, qu'ils ne

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se couvraient et ne s'asseyaient jamais devant leurs |»ère et mère, sans en avoir reçu l'ordre. Cet homme laborieux avait l'habitude de se lever de grand matin et travaillait sans cesse. Quand on songe aux nombreuses chargea qu'il remplit durant de longues années avec tant de zèle et de conscience, on est étonné qu'un homme ait pu suffire à une telle carrière. Cependant la vertu rigide de Sully fit souvent ombrage aux courtisans, et elle n'accommodait guère Gabrielled'Estrées; souvent Sully fut sur le point d'être disgracié... Mais quelle parole sublime que celle-ci: « Relevez-vous, Rosny; ceux qui nous regardent croiraient que je vous pardonne! »

Après la mort tragique de son maître, Sully, pénétré de douleur et voyant d'ailleurs d'un œil chagrin le nouveau train des choses, se démit de ses charges et se retira dans ses terres. Comme il avait du, pir ordre du roi, conserver la direction de l'artillerie et des fortifications, ainsi que le gouvernement du Poitou, comme, d'autre pari, il trouvait une occupation attachante dans la rédaction de ses Mémoires, sa retraite splendide de Villebon, où il avait des écuyers, des gentilshommes et jusqu'à des gardes, ne pouvait être le séjour de l'ennui. S'il était mandé à la cour, où l'on consultait sa vieille expérience, il y venait avec des habits dont la forme n'avait pas changé; et, comme les merveilleux du temps riaient de son costume, il ne se gêna pas pour dire un jour à Louis XIII : « Sire, quand le roi votre père, de glorieuse mémoire, me faisait l'honneur de m'appeler pour m entretenir d'affaires, au préalable il faisait sortir les bouffons. »

Sully atteignit l'âge avancé de quatre-vingt-un ans. Souvent on l'avait vu contempler avec attendrissement et baiser avec transport un médaillon suspendu à une chaîne d'or qu'il portait à son cou et ne quittait jamais. C'était le portrait de son maître et ami le bon roi Henri IV.

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