‹ Les célebrités françaisesChapitre 83 sur 208 · MATHURIN RÉGNIER · texte numérisé non relu

MATHURIN RÉGNIER

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Encore que Malhurin Régnier ait mené une vie dissolue el que son nom éveille la pensée d'un génie cynique, on ne peut méconnaître que ce fut un poêle d'une verve prodigieuse, ni surtout qu'il ait créé un genre en Franc»', le genr<> de la satire.

Dans un livre où Roileau el Molière trouveront nécessairement leur place, il serait injuste de passer sous silence le |M>ëte qui fournil lanl «le traits à ce» deux hommes célèbres. Il y a tel passage de Régnier, soit le Festin ridicule, soil la satire contre Y Hypocrisie, que l'auteur de Wirt poétique et celui de Tartuffe ont textuellement copié, « prenant leur bien là où ils le trouvaient. » — Régnier, le neveu de Philippe Desjiortcs, el, par conséquent, l'ennemi «le Malherbe, contre qui il lança sa fameuse satire ;

lUpio, le favori «l'Apollon <•! il<^ Wn-cs:

Régnier ne s'asservit jamais à la |M>étique du despote des syllabes. Il lut primesaulier, familier, hardi, incorrect tout à l'aise, mai» plein de rondeur, de bon sens, d'observation et d'originalité. I n critique judicieux l'appelle avec raison le « Montaigne de la jHiésie. » En effet, il y avait chez Régnier du tempérament créateur el insouciant de l'auteur des Fssaix; mais surtout il y avait du Villon.

Malhurin, né à Chartres, avait ét«'' tonsuré dès l'âge de onze ans; s«'s parents lorgnaient pour lui les beaux el bons bénélices qui rapportaient à l'oncle Desportes plus de quarante mille livres de revenu. Or le neveu, qui ne s'embarrassait guère de l'ambition, n'eul pas plutôt quinze ans qu'il se partagea entre la débauche el h rè-

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verie, tantôt courant les rues avec île mauvais com|>a<>nons. tantôt s'égarant loul seul clans les bois,

I . 1 1 1 ii ■ biiarreniciit de vapeurs occupée. Comme un poêle qui prend des vers à la pipée.

Jacques, le père de Malhurin, ne s'accommodait pas de celte existence de fantaisie. Que fit notre Mathurin? Il s'enfuit et tomba dans Paris au plus fort des troubles de la Ligue. Il est probable que Malhurin alla tout d'abord trouver son oncle Desportes; mais il est à présumer aussi que l'oncle accueillit froidement le neveu. Ce dernier connut donc les rigueurs de la pauvreté dans un temps où la Ivre se taisait forcément et où l'on n'entendait que

Les lifres, les tambours, le canon el le fer, l/oncerl extravagant des musiques d'enfer.

Mais il se consolait par celte maxime de philosophie, que Réranger a copiée dans une tic ses chansons les plus célèbres :

Car en quelque façon les malheurs sont propices ; l'uis les pieux, en guensant. trouvent maintes délires. Un repos qui s'esgaye en (pielque oysiveté.

Régnier, obligé de sacrifier enfin sa chère indépendance, s'attacha au cardinal de Joyeuse et le suivit en Italie. Il ne paraît pas que le prélat l'ait avancé beaucoup dans sa fortune. Au bout de dix ans d'atlenle inutile, il s'en revint retrouvera Paris ses amis du cabaret de la Pomme de pin, son insouciance, sa verve qui s'élail éteinte à Rome.

Au moment où il y songeait le moins, la fortune le visita; il lui tomba un canonicat de la cathédrale de Chartres. Desportes mourut, et Henri IV octroya au neveu une pension de deux mille livres sur l'abbave des Vaux deCernay, dont l'oncle avait joui. Régnier n'avait encore qtte trente-huit ans, mais ses excès l'avaient vieilli avant l'«ige. Sa santé était perdue ; la Muse seule lui restait fidèle et venait docilement à son invocation. Troublé de pensers contraires, il se laissait

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aller au vice, toul en envisageant sa fin prochaine avec un certain effroi ; car, s'il avait été trop souvent licencieux, i) n'était pas immoral de parti pris; si, négligent de ses devoirs religieux, il n'eul jamais le malheur d'être athée. Plus jeune, il avait composé son épitaphe, dans un moment où il se croyait près de trépasser; l'épilaphe est digne de l'homme :

J'ai vescu sans nul pensemeiit .

Mo laissant aller doucement h la bonne loy naturelle ; Kt si m'estonne fort |iourquoy La mort osa songer à mos Oui ne songeai jamais en elle.

Pour l'honneur de Régnier, on ne doit pas ouhlier que ses dernières inspirations, qui furent des Poésies spirituelles, annonçaient un vrai chrétien, un pécheur repentant.

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