‹ Les célebrités françaisesChapitre 90 sur 208 · MAT II II.L M OU · texte numérisé non relu

MAT II II.L M OU

Alors commencèrent les grands combats tic la Fronde. La minorité de Louis XIV occasionnait ces troubles. Le cardinal Mazarin en fournissait le prétexte, le fameux coadjutcur de Paris, le cardinal de Retz, les excitait, el la Providence, dans ses nobles desseins, avait apjielé Matbicu Molé, cet homme de roche, à les contenir. Mazarin avait fait mettre à la Bastille les membres du parlement qui résistaient et ne voulaient pas enregistrer ses édits. Les barricades s'élevèrent dans la ville au nombre de douze cent soixante. Ce fut alors qu'on vit le premier président Molé, revêtu des insignes de sa charge, sortira pied dans cette ville soulevée, poursuivre sa route d'un pas lent et ferme au milieu des menaces des factieux. Un homme de la roule l'arrête par le bras, et, appuyant un pistolet sur son front :

— Tourne, traître, lui dit-il, si tu ne veux être massacré!

Le cardinal de Retz (ce noble ennemi de Mathieu Molé qui, dans ses Mémoires, lui rendit une justice si généreuse) dit que le premier président demeura ferme dans ce péril et conserva dans ses paroles et dans ses démarches la dignité de la magistrature. Il arriva ainsi jusqu'à la reine, el parla si bien et si haut, qu'il obtint la liberté des deux magistrats arrêtés.

Plus tard, quand la discorde divisa les ordres et la cour, Mathieu Molé, placé entre le grand Condé, ce prince du sang nu caractère si impérieux, et le cardinal Mazarin, ce ministre lin cl subtil, les tint en équilibre tous deux. Le parlement étail le foyer de toutes les intrigues; les assemblées devenaient de plus en plus tumultueuses. Les chef» de la Fronde siégeaient en armes parmi les magistrats, en même temps que l'orage populaire grondait au dehors. Tous les jours on essayait d'ébranler la fermeté du premier président, et, tous les jours, le sang-froid et l'intrépidité de ce dernier triomphaient de ses ennemis. Un factieux, le voyant venir au milieu de la foule, lui appliqua un mousquet sur la poitrine. Molé, sans écarter cette arme, sans détourner la tête, lui dit :

— Quand vous m'aurez tué, il ne me faudra que six pieds de terre. l)ans ce moment son visage, dit encore le cardinal «le Retz, fut le

seul sur lequel il ne parut aucune altération; au contraire, on y Voyait resplendir quelque chose de surnaturel.

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LTn autre jour qu'il travaillait dans .son cabinet, sa demeure fut assiégée par une multitude irritée qui demandait la diminution des impôts. On vint lui dire que le peuple allait enfoncer sa porte et menaçait sa tète :

— Laissez entrer, dit-il; la maison d'un premier président doit être ouverte à tout le inonde.

En même temps, il va au-devant de l'émeute, la dissipe d'un regard, puis rentre pour continuer son travail.

Ce grand homme, après une vie si agitée, tour à tour vainqueur ou fugitif, ministre ou exilé par une reine ingrate, applaudi ou menacé, fut nommé garde des sceaux pour prix de ses services incontestables. Il mourut trois ans après, au commencement du règne de Louis XIV, heureux du bonheur général, du repos, de la gloire de la France, dont il pressentait les belles destinées qu'il avait si bien préparées. 11 avait alors soixante-douze ans, et il travaillait encore.

On peut dire de Mathieu Molé que toute sa vie fui consacrée au bien public, au maintien de Tordre. En lui le magistrat avait remplacé l'homme. Il est peint tout entier dans la devise inscrite au bas delà belle gravure de sou portrait en pied. Un rocher, au milieu d'une mer agitée par une tempête furieuse, est surmonté de ces mots : Stut mole immolux.

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