PAUL DE GOND
« On a de la peine à comprendre comment un homme, qui passa sa vie à cabaler, n'eut jamais de véritable objet. Il aimait l'intrigue pour intriguer; esprit hardi, délié, vaste et un peu romanesque, sachant tirer parti de l'autorité que son état lui donnait sur le peuple, et faisant servir la religion à sa politique, cherchant quelquefois à se faire un mérite de ce qu'il ne devait qu'au hasard, et ajustant souvent après coup les moyens aux événements.
« 11 fit la guerre au roi ; mais le personnage de rebelle était ce qui le flattait le plus dans sa rébellion. Magnifique, bel esprit, turbulent, ayant plus de saillies que de suite, plus de chimères que de vues ; déplacé dans une monarchie, et n'ayant pas ce qu'il fallait pour être républicain, parce qu'il n'était ni sujet fidèle ni bon ci toyen ; aussi vain, plus hardi et moins honnête homme que Cicéron; enfin plus d'esprit, moins grand et moins méchant que Catilina.
« Ses Mémoires sont très-agréables à lire; mais conçoit-on qu'un homme ait eu le courage, ou plutôt la folie, de dire de lui-même plus de mal que n'en eût pu dire son plus grand ennemi? Ce qui est étonnant, c'est (pie ce même homme, sur la fin de sa vie, n'était plus rien de tout cela, et qu'il devint doux, paisible, sans intrigues, et l'amour des honnêtes gens de son temps, comme si toute son ambition d'autrefois n'avait été qu'une débauche d'esprit et des tours de jeunesse, dont on se corrige avec l'âge, ce qui prouve bien que, en effet, il n'y avait en lui aucune passion réelle. »
Ce qui a lieu de surprendre, quand on se reporte à la turbulence d'esprit de Paul deGondi, c'est qu'il ait eu pour précepteur notre Vincent de Paul. Au reste, la famille d'Emmanuel de dondi, général des galères, était « une famille juste et craignant Dieu : une mère dont le saint homme allait calmer la conscience toujours effrayée, guider les pas tremblants vers le salut, et dont il devait enfin recevoir le dernier soupir et sanctifier les derniers moments ; des enfants nés pour toutes les grandeurs de ce monde, et dont le plus illustre, s'il fit depuis bien des blessures au cœur de son maître, garda toujours pour lui, néanmoins, la foi que l'on a aux saints'. »
1 S. de Nogrnl.