‹ Les célebrités françaisesChapitre 92 sur 208 · PAUL DE G ON · texte numérisé non relu

PAUL DE G ON

On a bien jugé Paul de Gondi en disant qu'il avait la soif des grandeurs et l'amour du pouvoir; ce furent les seuls mobiles de sa révolte, qui fut ridicule. Si le cardinal de Retz avait eu le caractère de Richelieu, la révolution s'accomplissait. Quand on se rappelle les barricades, la fuite de la cour, l'épée de Turenne et de Condé engagées dans la lutte, on peut admettre cpie cette lutte ne fut pas seulement un carnaval politique.

Ce fut malgré lui que Paul de Gondi entra dans l'Église, par suite de la mort d'un de ses frères tué à la chasse. Il ne négligea rien pour contrarier les vues de sa famille, l'épée était légère dans sa main, et il s'en servit fréquemment. En même temps, il soutenait en Sorbonne une thèse d'où il sortait vainqueur; il écrivait l'histoire de la conjuration de Kiesque; il se rendait à Venise, puis à Rome, où il étalait un luxe prodigieux; revenait à Paris pour conspirer contre le cardinal de Richelieu; puis, afin de dissiper l'ombrage qu'il avait causé au redoutable ministre, il se mit à fréquenter les dévots.

Après la mort de Richelieu et de Louis MU, Gondi se trouva avoir vingt-neuf ans et être en appétit déjouer un rôle; il obtint le titre de coadjuteur de Paris. Pendant ce temps, Mazarin recueillait l'héritage de Richelieu. Ses hésitations, son système de bascule, encourageaient la résistance de la bourgeoisie, qui était devenue de plus en plus forte par l'abaissement de la noblesse. Celle-ci se groupait autour du prince de Condé, qui marchait avec une escorte de huit cents gentilshommes.

Le coadjuteur avait d'abord servi loyalement la cour; il rencontra la jalousie ombrageuse de Mazarin. On le contraria dans les réformes épiscopales qu'il préparait ; on le noircit aux yeux de la régente. Rientôl Mazarin se mit en lutte avec le parlement, dont il fit enlever les principaux membres, tandis qu'on chantait, à Notre-Dame, un Te Deum pour la victoire de Lens. Le peuple se soulève; Gondi offre avec empressement à la reine son intervention. Il ne reçoit que des railleries, et quand, après une chaude journée, où il a empêché le pillage de Paris, il revient au Palais-Royal, tout ce qu'il obtient d'Anne d'Autriche, ce sont ces paroles sarcastiques : n Allez vous reposer, monsieur; vous avez bien travaillé. »

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Le lendemain, Paris était en feu ; le coadjuleur avait donné le signal d'une révolte qui fut générale. Il traverse avec calme ce volcan d'hommes en délire pour se rendre à l'appel de la reine; il obtint la mise en liberté des parlementaires prisonniers.

Lors de la fuite de la cour à Saint-Germain, le ministre joua le coadjuteur; ce ne fut pas avec lui, mais avec Matthieu Mole, qu'il signa la paix ; de plus, il déçut l'espoir qu'avait eu Gondi d'être nommé au gouvernement de Paris.

La guerre recommence; la cour fuit de nouveau. Gondi est admis à siéger dans le parlement; il lève un régiment à ses frais. Il organise la rébellion des parlements provinciaux , il gagne à la Fronde Beaufort et Conti. Il reçoit en plein parlement l'envoyé d'rispagne, et cependant il ne voulait pas le renversement de la royauté. La cour ne lui en sut pas le moindre gré; Mazarin ne songea qu'à perdra le prince de Condé par le coadjuleur, et Gondi parCondé. Coudé, furieux de s'être vu arrêté, allait diriger en personne la guerre civile.

Dès lors, le rôle du coadjuleur, devenu cardinal, commence à s'effacer. Quand le parlement fatigué signa une jiaix définitive, ce fut sur Gondi que tomba tout le ressentiment de Mazarin. Arrêté au Louvre, le coadjuleur fut conduit à Vincennes et de là transféré à Nantes, d'où il s'échappa d'une façon presque miraculeuse; une barque l'e i porta en Espagne. De là, Gondi promena sa vie errante en Italie, en Hollande, dans les Pays-Bas. A la mort de Mazarin, il se donna le triste plaisir de se démettre de toutes ses dignités. Il ne parut qui» deux fois à Versailles; il ne vécut plus que pour payer honorablement ses dettes et écrire ses Mémoires. Le factieux d'autrefois finit en anachorète.

m LA ROCHEFOUCAULD, LES FEMMES DE LA FRONDE

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